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Etudes sur les Ordres des Hospitaliers, Malte et Rhodes
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Ordre Saint-Jean de Jérusalem

L’ANCIEN PÈLERINAGE DE N.-D. DE BERLANE
A MORLAAS (XIIIe SIÈCLE — 1790)

Notre Dame de Berlane
Département : Pyrénées-Atlantiques, Arrondissement : Pau, Canton : Morlaàs - 64

Berlane
Domus Hospitalis Berlane

Cette petite Étude est le résultat d’une conversation que j’eus naguère avec M. l’abbé Lartigue, curé-doyen de Morlaàs. Il me parut très étonné de voir, chaque année, dans le quartier de Berlane, une fête locale, le dimanche qui suit l’Assomption. Rien en effet ne semblait expliquer ces amusements populaires, puisque Sainte-Foi et Saint-André sont les patrons des deux églises de Morlaàs. Je répondis alors que ces réjouissances rappelaient l’ancienne fête patronale de Berlane, à cause d’un sanctuaire très célèbre dédié à Notre-Dame et qui subsista jusqu’en 1790. La Révolution le désaffecta ; il fut vendu à titre de bien national ; mais le peuple, qui ne raisonne pas toujours comme les légistes, conserva, lui, ses amusements profanes, et c’est ainsi que le
souvenir de cet ancien lieu de pèlerinage du Béarn, sanctifié jadis par la prière et glorifié sans doute par des prodiges, s’est perpétué par les seules réjouissances publiques que se donnent chaque année, au mois d’août, les rares maisons du quartier de Berlane.

Il ne faut pas s’en étonner outre mesure. Dans les pèlerinages les plus illustres des Pyrénées, ce côté peu chrétien des danses profanes se trouve toujours mêlé aux témoignages de la foi la plus vive.
On l’a vu en 1482 et au XVIIe siècle, dans notre Histoire de N.-D. de Sarrance ; une lettre de Saint Vincent de Paul et l’Histoire de N.-D. de Bétharram par M. Touton, en 1788, mentionnent de pareils désordres ; et le pèlerinage d’Abet à Lahontan était, il y a quelques années, l’objet d’une suspicion assez légitime, parce qu’un bal public joignait sa note discordante à la prière des foules pieuses. Ce qui semblait une objection pour plusieurs, était, en réalité, la preuve manifeste du concours permanent des fidèles dans des lieux jadis vénérés ; la contre-partie diabolique des choses de Dieu avait seule survécu aux vicissitudes de la Révolution.

Cette thèse, historiquement certaine, trouvera aujourd’hui sa preuve incontestable dans ce qui s’est passé pour Notre-Dame de Berlane.
Personne à Morlaàs ne se souvenait plus de ce sanctuaire. Il nous a fallu préciser par des titres authentiques l’emplacement de la chapelle pour en trouver enfin quelque vague réminiscence chez le propriétaire du champ où elle s’élevait jadis. Il savait en effet qu’il y avait eu là une petite église ; mais son antiquité, sa renommée, ses destinées, il les ignorait complètement.

A vrai dire, les habitants de Morlaàs sont fort excusables de n’en savoir pas davantage. Leurs archives sont absolument muettes sur ce point ; il ne subsiste aucun vestige, aucune trace de l’antique sanctuaire ; les ruines elles-mêmes ont disparu : Etiam periere ruinœ. Que dis-je ?

Les savants, et tous ceux qui se sont occupés de Morlaàs, ne mentionnent seulement pas le sanctuaire de N. D. de Berlane. Le regretté Léon Cadier, qui a publié avec beaucoup de soin le Cartulaire de Sainte Eoi de Morlaàs, dans le Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau (1), ne soupçonne pas, dans sa lumineuse Introduction, l’existence de la pieuse Chapelle. Il indique sommairement toutes les institutions religieuses qui ont fleuri au moyen-âge à Morlaàs et il ne dit mot de l’Ordre de St-Jean de Jérusalem ou de Malte, si célèbre jusqu’à la Révolution, et qui avait dans cette ville une Commanderie d’où dépendaient Berlane et son église.

Cependant, même aujourd’hui, il existe une preuve irrécusable de l’existence du vieux sanctuaire. On n’a qu’à prendre la carte géographique de Cassini, rééditée par le ministère de la guerre ; on y voit au N. E. du Luy, près du pont actuel, la forme d’une petite chapelle, gravée, sous la dénomination de Berlanne.

Si les documents relatifs à l’ancien hôpital de Morlaàs et à l’Ordre de Malte ne sont pas très rares, il n’en est pas de même de ceux qui concernent N.-D. de Berlane. Il faut remonter très haut pour trouver quelques brèves mentions de ce sanctuaire dans les testaments de nos souverains de Béarn ; plus tard, l’obscurité presque la plus complète plane sur cette église ; au XVIIe siècle quelques documents nous la rappellent de nouveau et nous aident à renouer la tradition et à prouver d’une manière incontestable l’existence du pèlerinage et le respect dont le sanctuaire était entouré avant et après la Réforme.
Nous allons essayer de les mettre en œuvre dans cette Etude.
Un résumé très sommaire sur le passé religieux de Morlaàs nous a paru indispensable pour mettre sous son vrai jour le récit des gloires trop oubliées de Notre-Dame de Berlane.
Sources : Dubarat, Victor, (abbé). Mélanges de bibliographie et d’histoire locale. BNF

CHAPITRE IV
ORIGINES ET DÉVELOPPEMENT DE L’ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM.
— SON ÉTABLISSEMENT A JÉRUSALEM, A CHYPRE, A RHODES ET A MALTE.
— SA DIFFUSION DANS LE MONDE CHRÉTIEN.
— ORGANISATION ET GOUVERNEMENT.

Commanderie de Morlaàs
Département : Pyrénées-Atlantiques, Arrondissement : Pau, Canton : Morlaàs - 64

Morlaàs
Domus Hospitalis Morlaàs

Il est certain que depuis les premiers jours du christianisme, de nombreux fidèles se rendirent au tombeau de Notre-Seigneur.

Il existe huit itinéraires de pèlerinages, antérieurs au IVe siècle. Le plus ancien est celui de Bordeaux à Jérusalem (333). La conclusion nécessaire à tirer de ce fait, c’est que les chrétiens avaient dû y construire des lieux d’asile, des hôpitaux pour les voyageurs et les malades.
Au VIe siècle, S. Grégoire-le-Grand envoya Probus, abbé, pour bâtir des hôpitaux à Jérusalem et au mont Sinaï.
Survinrent les triomphes des Perses (614) et des Sarrasins (636) ; la situation des chrétiens fut périlleuse ; cependant à la fin du VIIIe siècle, le nom de Charlemagne rayonnait jusqu’en Orient ; le calife Aroun-al-Raschid confia au grand empereur le patronage des Saints-Lieux. Celui-ci envoya dans l’hôpital de Saint-Grégoire des bénédictins français qui le desservirent pendant longtemps. Il y avait plusieurs hôpitaux en exercice dès 993, et l’on peut dire que ces établissements ne manquèrent jamais à Jérusalem. Ils furent toujours tenus par les Latins.
Arrivèrent, vers 1070 et avant la première croisade, des marchands d’Amalfi, au royaume de Naples ; ils bâtirent un hôpital et une église pour les pèlerins. Celle-ci fut appelée N.-D. de la Latine et desservie aussi par des bénédictins.
On ne sait pas à la suite de quelles circonstances, ces religieux durent se retirer. D’après les plus récents travaux (1), Gérard de Tenque, le fondateur des Hospitaliers, était, avant la première croisade, à l’hôpital de Jérusalem, se dévouant au soin des pèlerins et des malades, sous la règle bénédictine. Ce ne serait qu’après l’arrivée des chrétiens qu’il aurait eu la pensée de constituer un Ordre religieux, vivant sous la règle de Saint Augustin, pour le service des malades et des voyageurs.
1. De prima origine Hospitalariorum Hierosolymilanorum, par Jean Delaville Le Roulx. Thorin, Paris, 1885.

Nous savons qu’à la voix de Pierre l’Ermite et d’Urbain II, le peuple chrétien s’ébranla en Europe, pour voler à la délivrance du tombeau de Jésus-Christ. Le siège de Jérusalem eut lieu en 1099 et la première croisade réussit au gré des princes qui plantèrent l’étendard de la croix sur une terre arrosée du sang d’un Dieu.
Les blessés et les malades furent recueillis par Gérard, dans son hôpital. Godefroy de Bouillon visita cette pieuse institution et lui donna des biens de son domaine en Flandre ; d’autres seigneurs firent de pareilles libéralités et ainsi l’hôpital se trouva bientôt à la tête de revenus considérables, en Palestine et en Europe.

Avant la croisade, l’église de l’hôpital était connue sous le titre de Notre-Dame. C’est en 1126 que le nom de l’hôpital de Saint-Jean paraît pour la première fois dans les chartes ; et c’est seulement en 1130, que l’église de Saint-Jean fut bâtie, d’après l’opinion, dit un vieil auteur, « qui estoit lors, parmi les chrestiens que Zacharie, prophète, père de Saint Jean, faisoit ordinairement ses oraisons en ce lieu » (2).
Depuis lors, les hospitaliers furent connus sous le nom de l’Ordre de St Jean-de-Jérusalem.
2. Delaville Le Roulx. Ibidem, page 85. Hre des Chevaliers de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem, page Baudoin et Naberat. Paris, Jean d’Allin, 1659. In-folio, page 2.

Bientôt après la première croisade, d’illustres seigneurs, parmi lesquels on comptait Raymond Dupuy, Dudon de Camps, Canon de Montaigu, etc., voulurent se consacrer dans l’hôpital de Saint-Jean au service des pauvres et des pèlerins. Gérard leur proposa de prendre un habit religieux ; ils consentirent à revêtir une simple robe noire sur laquelle était attachée du côté du cœur une croix de toile blanche à huit pointes ; les nouveaux hospitaliers firent les trois vœux solennels entre les mains du patriarche de Jérusalem devant l’autel du Saint-Sépulcre.

Par une bulle de l’année 1113, le pape Pascal II approuva cette institution hospitalière, autorisa la profession religieuse de ceux qui s’y dévoueraient, et ratifia toutes les donations qui lui avaient été faites. Il ordonna qu’à la mort de Gérard, le recteur de l’hôpital serait élu et pris parmi ses religieux.

Gérard fonda des hôpitaux dépendant de celui de Jérusalem dans les principales provinces maritimes de l’Europe ; on y recueillait les pèlerins qui se rendaient aux Lieux-Saints et on facilitait leur embarquement. Telles étaient les maisons de Saint-Gilles en Provence, de Séville en Andalousie, etc. Gérard mourut en 1118 et eut pour successeur Raymond Dupuy.

Celui-ci rédigea les premiers statuts ; aux autres devoirs, il ajouta l’obligation de prendre les armes pour la défense de la foi et créa ainsi un corps militaire toujours prêt à lutter contre les infidèles. Des sœurs, religieuses, servaient aussi dans les hôpitaux auxquels elles étaient attachées.

Cet Ordre s’étant beaucoup multiplié en Europe, on le divisa en huit langues, savoir Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Castille, Allemagne et Angleterre. Cette dernière fut supprimée à la Réforme.

L’habit de tous les chevaliers consistait en une simple robe noire avec un manteau à pointe de la même couleur, auquel était cousu un capuce pointu. Ce vêtement, appelé manteau à bec, avait sur le côté gauche une croix blanche. Plus tard, les chevaliers
seuls eurent le droit de porter une cotte d’armes rouge avec la croix blanche.
Le jour de sa réception le nouveau chevalier devait jurer sur le Missel ouvert, en ces termes : « Je fais vœu et promesse à Dieu, à la B. M. toujours Vierge, Mère de Dieu, et à Saint-Jean-Baptiste, de rendre dorénavant, moyennant la grâce de Dieu, une véritable obéissance au supérieur qu’il lui plaira de me donner et qui sera choisi par notre religion, de vivre sans propriétés, et de garder la chasteté »
Au moment où il était revêtu de son manteau, on lui disait : « Prenez ce signe au nom de la T. S. Trinité, de Sainte-Marie toujours Vierge et de Saint-Jean-Baptiste, pour l’augmentation de la foi, la défense du nom chrétien et le service des pauvres.
C’est pour cela, mon frère, que nous vous mettons la croix de ce côté (3), afin que vous l’aimiez de tout votre cœur. Que votre main droite combatte pour sa défense et sa conservation. S’il vous arrivait jamais, en combattant pour Jésus-Christ, contre les ennemis de la foi, de leur tourner le dos, d’abandonner l’étendard de la croix et de prendre la fuite dans une aussi juste guerre, vous seriez dépouillé de ce signe très saint, suivant les statuts et les coutumes de l’Ordre, comme un prévaricateur du vœu que vous venez de faire, et retranché de notre corps, comme un membre pourri et gangrené »
3. Du côté gauche.

Il serait intéressant de donner tout le cérémonial de la réception des chevaliers, mais cela nous mènerait trop loin.
Les chevaliers de Saint-Jean, les Templiers et les chevaliers Teutoniques défendirent pendant deux siècles les royaumes chrétiens de l’Asie-Mineure. Cependant les infidèles s’emparèrent peu à peu de la Palestine.

Les chevaliers en furent réduits à se réfugier à Saint-Jean d’Acre, dernier boulevard des forces chrétiennes. Cette ville soutint un siège effroyable contre les Musulmans en 1291 ; ce qui restait d’Hospitaliers se réfugia dans l’île de Chypre dont le roi leur donna pour retraite la ville de Limisso, où ils attendirent de meilleurs jours.

Une quinzaine d’années plus tard, ils s’emparèrent de Rhodes (1306) où ils restèrent jusqu’en 1523. C’est pour cela qu’on les appela chevaliers de Rhodes. Après un très long siège, le grand maître, Villiers de l’Isle-Adam, dût se rendre aux Turcs d’Achmet, et le 1er janvier de cette année, il fit embarquer sur une flotte tout ce qui restait des chevaliers et des chrétiens de l’île, au nombre de 5000 environ. On débarqua à Candie. Après bien des péripéties, qu’il n’est pas dans notre plan de raconter, l’empereur Charles-Quint leur donna en 1530 l’île de Malte. Ils prirent depuis lors le nom de Chevaliers de Malte, sous lequel on les désigne encore.

Mais, en 1799, Bonaparte, comprenant l’importance stratégique de cet ilot, s’en empare ; le grand-maître passe sur le continent ; le rôle politique et militaire de l’Ordre Saint-Jean est fini à tout jamais, après avoir, pendant sept siècles, combattu le Croissant et formé un Ordre essentiellement français. Il subsiste encore aujourd’hui, mais ce n’est plus qu’un Ordre honorifique où le Pape nomme ceux dont il veut récompenser les mérites.

Les Archives de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem sont encore conservées à Malte. Elles ont été l’objet de plusieurs grands travaux. Actuellement M. J. Delaville Le Roulx qui a déjà donné « les Archives, la Bibliothèque et le Trésor de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte, » vient de mettre au jour le Cartulaire général de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, luxueuse et immense publication dont le 1er volume a paru et qui fera honneur à l’érudition française au XIXe siècle (4).
4. En 4 volumes in-8° chez Leroux à Paris ; il contient CCXXX - 201 page et va de 1099 à 1310.

Maintenant donnons, avant de terminer, quelques notions sur le gouvernement de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Il y avait :
1° — Les Chevaliers de justice, nobles de père et de mère, qui seuls pouvaient porter le titre de chevalier et aspirer aux dignités de l’Ordre.
2° — Les Chapelains ou prêtres aumôniers.
3° — Les Frères servants d’armes qui servaient à la guerre et aux hôpitaux, sans pouvoir recevoir les insignes de chevalier.

Nous avons dit que l’Ordre était partagé en huit langues. Chaque langue avait une dignité particulière :
La langue Provence possédait celle de Grand Commandeur.
La langue d’Auvergne celle de Grand Maréchal.
La langue de France celle de Grand Hospitalier.
La langue d’Italie celle de Grand-Amiral.
La langue d’Aragon celle de Drapier ou Grand Conservateur.
La langue d’Angleterre de Turcopolier ou Général de Cavalerie.
La langue d’Allemagne celle de Grand Bailli.
Et la langue de Castille celle de Grand Chevalier.

Chaque langue formait plusieurs grands prieurés. Celle de Provence en particulier formait les deux grands prieurés de Saint-Gilles et de Toulouse. Les dépendances des prieurés portaient le nom de Commanderies et les titulaires celui de Commandeur, parce qu’on leur confiait (commendare) le soin de ces biens pour le plus grand profit de l’Ordre ; dans les anciens titres on les appelait aussi précepteurs ; la somme qui était envoyée au trésor commun de l’Ordre se disait responsion.

Les commanderies n’étaient pas des bénéfices ; mais de simples administrations, révocables dans certains cas déterminés par les Statuts.
Il y avait en outre, les baillis, les uns représentant auprès du grand-maître les diverses langues, les autres placés à la tête de divers prieurés. Il existait une classe de baillis dont le titre était purement honorifique.
Au dessus de tous, se trouvait le Grand-maître, élu par un conseil de seize électeurs dont le choix paraîtrait un peu compliqué, et cela pour empêcher toute brigue. Les affaires des commanderies se discutaient d’ordinaire dans les chapitres ou conseils des grands-prieurés.

CHAPITRE V
L’ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM DANS NOTRE PAYS.
— LE GRAND-PRIEURÉ DE TOULOUSE.
— LES COMMANDERIES DE CAUBIN ET DE MORLAAS.
— LEUR ORIGINE.
— N. D. DE BERLANE.

Dès les premières années du XIIe siècle, il y avait à Saint-Gilles, en Provence, une importante maison de l’Ordre, régie par un lieutenant du prieur de Jérusalem, et dont l’autorité, complètement établie dès 1113, s’étendait à toutes les possessions hospitalières de l’Ordre, du Rhône à l’Océan.
Lorsque les Templiers furent supprimés par Clément V, en 1310, et leurs biens réunis, en grande partie, à ceux de Saint-Jean de Jérusalem, le Grand-Prieuré de Saint-Gilles se dédoubla et donna naissance au Grand-Prieuré de Toulouse, qui comprit tous les domaines situés dans le Sud-Ouest de la France et en Béarn (1315). Chaque maison conserva, comme par le passé, son titre de prieuré ou de commanderie.
Le premier Grand-Prieur de Toulouse fut Pierre de l’Ongle, chancelier de l’Ordre (1).
Les diocèses du Béarn, ceux d’Aire, de Dax et de Bayonne virent s’élever plusieurs maisons hospitalières. Nous allons simplement énumérer celles qui se trouvaient dans le diocèse actuel de Bayonne.
1. Du Bourg. Histoire du Grand-Prieuré de Toulouse, page 10.

1° — Commanderie de Saint-Esprit de Bayonne
Département : Pyrénées-Atlantiques, Arrondissement et Canton: Bayonne - 64

Bayonne
Domus Hospitalis Bayonne

Elle existait au moins dès le XIIIe siècle. Elle possédait une église et un hôpital. Nos archives conservent encore un Document original sur une « Transaction entre l’évêque et le chapitre de Bayonne, d’une part, et les frères hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, d’autre part, sur le partage des droits funéraires de ceux qui mouraient à l’hôpital de Saint-Esprit », de l’année 1206 (2). Faisant partie du diocèse de Dax, cette Commanderie avait de nombreuses possessions dans le département actuel des Landes (3).
2. Archives B.-P., H 193.
3. Du Bourg, Histoire du Grand-Prieuré, page 431.
— Société de Borda, 1894.


2° — Commanderie d’Irissarry et hôpital d’Aphat
Département : Pyrénées-Atlantiques, Arrondissement et Canton: Bayonne - 64


Domus Hospitalis Irissarry

On trouve dans les mêmes archives (4) une enquête de 1708 qui donne bien des renseignements sur l’ancienne Commanderie d’Irissarry. On voit encore sur l’hôpital une inscription et les armoiries de l’Ordre de Malte. Cette commanderie existait déjà en 1186 (5). Elle dépendait primitivement de la langue d’Aragon.
4. Archives B.-P., H 196.
5. Raymond. Dre topographie Haristoy. Recherches sur le Pays basque, tome 1, page 395.


3° — Saint-Jean de Berraute à Mauléon.
Cette commanderie est mentionnée, dès 1382, et elle existait certainement bien longtemps auparavant. On peut consulter sur cet hôpital les auteurs déjà cités, les Capitaines-Châtelains de Mauléon par M. de Jaurgain dans la Revue de Béarn de 1884 et un article de M. le Dr Larrieu, dans nos Etudes (6). Il dépendait, au moins en dernier lieu, du Grand Prieuré de Toulouse ; M. Du Bourg lui consacre trois pages sous le nom de commanderie de Saint-Blaise-des-Monts (7).
6. Etudes, 1892, page 569.
7. M. Raymond cite à tort Lespiau et Cescau parmi les commanderies de Saint-Jean de Jérusalem.
— A Barcus, dépendance de Saint-Jean de Berraute, il y avait une chapelle dédiée à N.-D. de Malte. Du Bourg, page 414.


4° — Commanderie de Caubin
Département : Pyrénées-Atlantiques, Arrondissement : Pau, Canton : Morlaàs - 64

Caubin
Domus Hospitalis Caubin

D’après le même auteur, Caubin, petit hameau d’Arthez, était, dès le XIIe siècle, le « centre des diverses possessions » de l’Ordre de Saint-Jean en Béarn. Toutefois, il y avait une réelle indépendance entre les commanderies de Béarn, car, au moyen-âge, nous trouvons des commandeurs à Caubin, à Sault-de-Navailles, à Noirrieu, à Sendets, à Luc-Armau et à Morlaàs ; mais il n’en est pas moins vrai de dire que les Commanderies de Caubin et de Morlaàs étaient les principales.
Un document de 1273 dit que Caubin était la « clef de la commanderie » (1).
1. Archives Haute-Garonne. Grand-Prieuré de Toulouse. Inventaire n° 57.

M. Du Bourg a cité des actes de 1180 et de 1210 en faveur de cet hôpital (2). Les dépendances de Caubin, d’après le dénombrement
du commandeur Gautier de Bourdeilles, étaient en 1538 :
La maison de Caubin.
L’église de Poylas.
Les biens de Castetvielh.
Castillon.
Noarrieu avec N. D. de Chaustins.
Eslourenties-Darré.
Gabaston.
L’hôpital de Sendetz (3).
Anoye.
Maspie.
Lalonquère.
Peyrelongue-Abos
Et Lombia (4).

Il faut y ajouter :
Saint-Justin dans les Landes et N. D. d’Usclades à Garos (5).
Sault-de-Navailles et la chapelle Saint-Jean.
Castétis.
Nérac.
Baleix.
Puget.
La Haderne.
Vieillepinte.
Saint-Pierre de Pompey.
Orthez.
Balansun (6).
Argagnon.
Saint-Léon (près d’Agen).
Lartigue.
Lembeye.
Momy (7).
Anoye (8).
Urdey.
Argelos (9), etc.
2. Archives du Grand Prieuré, page LII.
3. Gilbert de Puch-Auriol, commandeur de Sendets et de Caubin, 7 mai 1341. Inventaire n° 57. Archives Haute-Garonne.
4. Archives B.-P. B. 838.
5. Archives du Grand Prieuré page LII. Il y avait N. D. d’Escludes à Saint-Justin.
— Archives Haute-Garonne G. Prieuré. Inventaire n° 57. Il y a beaucoup de documents sur Saint-Justin, ibidem G. 5.
6. Archives Haute-Garonne. Grand Prieuré. G 2 et 3. Pièces nombreuses et curieuses.
7. Voir surtout G 3 ibidem. Procès-verbal de visite.
8. « Prieuré de l’hôpital Saint-Jacques d’Anoye » encore en 1749.
— Archives B.-P. G. 306. Le 9 septembre 1556, frère Balthazar de Callaus était commandeur de Caubin, Anoye et Sendetz.
— Archives B.-P. E 1995 folio 140 V°.
9. Archives des Castelnau par l’abbé Legé, tome 2, page 170.


L’église de Caubin existe encore. Elle est remarquable au point de vue architectural. On y voit la tombe d’un ancien commandeur.
Ce monument des Templiers mériterait qu’on s’intéressât à sa conservation.

Il faudrait aussi qu’un enfant du pays, épris des gloires trop oubliées d’un passé lointain, étudiât de plus près les phases si diverses de l’existence de cette institution hospitalière. Les archives de la Haute-Garonne à Toulouse sont extrêmement riches en documents sur la Commanderie de Caubin.

COMMANDERIE DE MORLAAS
À la fin du XVIe siècle, la Commanderie de Morlaàs comprenait la maison et l’hôpital de cette ville.
La chapelle de Notre-Dame de Berlane.
Escurès.
Bassillon.
Moncaup.
Mirepeix.
Monluy (?).
Luc-Armau avec un hôpital assez considérable (1).
Boeil-Boeilho (2).
Garlin (3).
Saint-Agne de Capcornau, entre Mont-de-Marsan et Aire (4).
Serres-Morlaàs.
Eslourenties.
Espéchède.
Ger.
Arriengosse.
Ouillon, etc.
1. Archives Haute-Garonne Grand Prieuré de Toulouse : G. 8. Plans du château de Luc-Armau.
2. Ibidem G 6. En 1764, le Commandeur de Morlaàs, de Lussan, fut condamné à faire les réparations de l’église de Boeil-Boeilho.
3. Ibidem G. 8. Nombreux documents.
4. C’est probablement Saint-Agnet entre Aire et Garlin. On trouve des pièces intéressantes sur cet hôpital aux archives de Toulouse déjà citées G 2., dès 1439. Il y eut même parfois un commandeur. Si notre hypothèse est vraie, il s’ensuit que Saint-Agnet n’avait pas Sainte-Anne pour patronne, mais Saint-Aignan d’Orléans, comme Saint-Agnet, près de Toulouse.


D’ailleurs, nous le répétons, comme les documents ne disent que rarement la dépendance de ces biens, il est possible que plusieurs fissent partie d’abord de la commanderie de Caubin.

Son origine
— Nous n’avons aucun texte précis qui nous renseigne à ce sujet. Il faut recourir à des inductions. Il n’y a pas grande difficulté, Gaston IV s’était croisé avec les princes français et le comte de Toulouse. Il se couvrit de gloire en Palestine.
Assurément, il fut aussi généreux que les autres seigneurs à l’égard du nouvel Ordre hospitalier de Saint Jean de Jérusalem. Il dût lui donner des biens dans son pays de Béarn ; ce qui nous le fait croire, c’est qu’à peine revenu dans ses domaines, il les couvrit d’hôpitaux.
Nous pensons donc que l’hôpital de Morlaàs existait déjà au commencement du XIIe siècle. Toutefois nous n’en trouvons la mention expresse qu’en 1154. Il est dit, dans un acte du 15 septembre de cette année, qu’Arnaud, évêque d’Oloron et moine de Cluny, prieur de Sainte-Foi, sur le conseil de Raymond, évêque de Lescar, et de Guiscarde, vicomtesse de Béarn, donna l’autorisation de bâtir une chapelle dans l’hôpital de Morlaàs « in Hospitali de Morlano » à la demande d’une noble femme, du nom de Julienne, qui s’y était dévouée au service des pauvres et des pèlerins.
Le prieur se réservait toute juridiction sur cette chapelle pour lui et pour ses successeurs. Les gens de l’hôpital et ceux qui seraient à sa tête, les pauvres et les pèlerins devaient recourir au prieur et aux moines de Cluny dans leurs besoins spirituels (1).
1. Cartulaire de Sainte-Foy, n° 9, 37 et 38.

Il n’est pas fait mention, dans l’acte, de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, mais il est très probable que l’hôpital de Morlaàs en était déjà une dépendance.
Ce qui nous le fait croire, c’est qu’il y avait dans cet asile une véritable communauté de « frères », de religieux, « fratres de hospitali »
Deux actes de la fin du XII ou XIIIe siècle, nous le prouvent absolument. Alors encore, au spirituel, les frères hospitaliers dépendaient du prieur de Sainte-Foy ; mais, au temporel, ils n’en relevaient que pour certaines dîmes ; et on les voit traiter pour la possession des terres d’égal à égal, avec les religieux de Sainte-Foi.

Enfin, ce qui nous paraît un argument sans réplique, c’est la qualité donnée au chef de la maison hospitalière : on l’appelle un
prieur « priore hospitalis », titre que portaient ceux qui se trouvaient à la tête des maisons de l’Ordre de Saint-Jean.
M. Cadier n’a pas soupçonné l’importance de ces textes et ne mentionne même pas cette institution charitable.
Il reste donc établi que l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem était fixé à Morlaàs dans la première moitié du XIIe siècle. Il y avait des frères, et même une pieuse femme, comme en Palestine et dans presque toutes les maisons de l’Ordre ; ces femmes soignaient les personnes de leur sexe et prenaient souvent le nom de donates, parce qu’elles s’étaient données ou vouées à l’Ordre. Cet hôpital sera aux mains des chevaliers de Malte jusqu’à la Révolution ; la chapelle était dédiée à Sainte-Lucie ; mais il n’est pas encore question de Notre-Dame de Berlane.
Il serait inutile d’émettre trop de conjectures sur l’établissement précis de ce sanctuaire. Voici, d’après nous, quelle fut son origine.

Notre-Dame de Berlane
Département : Pyrénées-Atlantiques, Arrondissement : Pau, Canton : Morlaàs - 64

Berlane
Domus Hospitalis Berlane

L’emplacement de Berlane aux portes de Morlaàs dût être donné à l’Ordre de Saint-Jean par les souverains de Béarn. Il est même possible que ce fut là un legs testamentaire, avec la clause d’élever une chapelle pour le repos de l’âme du donateur. Aucune légende ne s’est formée autour de ce sanctuaire. Il ne doit guère remonter au delà du XIVe siècle, car il figure pour la première fois dans le testament de Marguerite de Béarn (21 mars 1318). On peut assigner son origine à la fin du XIIIe siècle ou au commencement du XIVe siècle.

Desservie par des religieux, l’humble chapelle ne tarda pas à attirer les foules. Des miracles ou au moins des faveurs précieuses furent accordés par le ciel à ceux qui y allaient prier ; de là, une réputation croissante et un empressement qui ne se démentit pas jusqu’à la Révolution.

Notre-Dame de Berlane était située sur la route, à droite, en allant de Pau à Morlaàs, entre le 5e et 6e kilomètre à quelques 100 pas du pont construit sur le Luy et qui traverse la route. Elle figure, comme nous l’avons dit, dans la carte de Cassini ; nous verrons qu’il y avait tout à l’entour quelques granges au siècle dernier. Aujourd’hui, il ne reste plus pierre sur pierre de l’édifice sacré et ses matériaux ont servi à bâtir les deux ou trois maisons qui se trouvent à quelque distance.

S’il y avait une étymologie à proposer, nous accepterions celle de bern, aulne, lane lande (lande couverte d’aulnes) ; les aulnes et les vernes aiment en effet les terrains humides et marécageux ; c’est bien l’état du quartier de Berlane.

Nous ne savons pas, avons-nous dit, à quel moment précis commença la dévotion à la Sainte-Vierge dans ces lieux.
Le meilleur moyen, le seul peut-être pour les temps anciens, de connaître l’existence, sinon l’origine, d’un sanctuaire, consiste à recourir aux testaments des grands personnages et aussi parfois des simples particuliers. Les princes et les seigneurs laissaient des obits, pour le repos de leur âme, aux sanctuaires alors célèbres, aux hôpitaux, aux Ordres religieux. Lorsque ces legs se continuèrent à travers les siècles, cela prouve que le sanctuaire, qui en est l’objet, a conservé son antique réputation et son renom de sainteté ; s’il n’en est plus fait mention, c’est que l’église aura disparu dans quelque tourmente, ou que les grâces du ciel ne s’y manifestant plus, les peuples ont porté ailleurs leurs hommages et leur vénération.
De ces sanctuaires tombés dans l’oubli, il y en a beaucoup en Béarn et au Pays basque ; ils mériteraient certainement un travail spécial qui les remettrait en honneur ; et plusieurs, nous en sommes sûr, renaîtraient de leurs cendres. Pourquoi n’y a-t-il rien aujourd’hui qui rappelle :
N.-D. de Berlane.
N.-D. de Muret, à Lagor.
Saint-Antoine, à Navarrenx.
N.-D. de Geintein, à Ordiarp, etc. ?
Voici à ce sujet les principales dispositions du testament de Gaston VIII, vicomte souverain de Béarn, du 22 avril 1290.
Nous n’y trouverons pas encore mention de N.-D. de Berlane, mais il y est question de l’hôpital de Morlaàs et des autres institutions charitables d’alors :
— Il désire être inhumé dans le couvent des FF. Prêcheurs d’Orthez et que son cœur soit porté dans l’église des FF. Mineurs de Morlaàs.
— Il laisse 50 sous Morlaàs à l’église Sainte-Marie d’Oloron.
50 sous à l’abbaye de Lucq.
30 sous à l’abbaye de Sauvelade.
50 sous à l’hôpital de Lespiau.
50 sous à l’abbaye de Larreule.
50 sous à la cathédrale de Tarbes.
20 sous à l’abbaye de Saint-Léger.
50 sous à l’abbaye de Saint-Pé.
50 sous à la cathédrale de Bazas.
1,000 sous à l’hôpital de Gabas.
1,000 sous à celui d’Aubertin.
500 sous à celui de Noirrieu.
300 sous à celui de Mifaget.
200 sous à celui de Capbis.
1,000 sous à celui de Ger, de l’ordre du Temple.
1,000 sous aux filles et veuves à marier de la ville d’Orthez.
1,000 sous à celles de Sauveterre.
500 sous à celles de Morlaàs.
500 sous à celles de Monein.
500 sous à celles d’Oloron.
500 sous à celles de Navarrenx.
500 sous à celles de Rivière-Gave,
500 sous à celles de Gavardan.
30 sous à l’hôpital de Caubin.
20 sous à celui d’Ouillon.
20 sous à celui de Morlaàs.
20 sous à celui de Diusabou.
20 sous à celui d’Ordios.
10 sous à celui de Peyrehorade.
20 sous à celui du Pont de la Faderne.
100 sous aux lépreux de Béarn.
100 sous à l’hôpital d’Orion.
20 sous à celui de Sauvelade.
20 sous aux sœurs de Saint-Sigismond d’Orthez.
20 sous à l’hôpital de Poylas.
20 sous à celui de Capcornau.
100 sous à celui de la Trinité d’Orthez.....
Parmi les témoins figurent Arnaud Garcie d’Araux, prieur des FF. PP. d’Orthez, Guilhem de Poey, prieur des FF. PP. de Morlaàs, etc. (1).
1. Archives B.-P., E 293.

Ce testament ne parle pas de lieux de dévotion ; on ne saurait croire cependant qu’il n’en existait aucun à cette époque.
Les testaments de Constance, vicomtesse de Marsan, et de Gaston IX, en 1310, ne sont pas plus expressifs à ce sujet. Mais celui de Marguerite, vicomtesse de Béarn, du 12 des calendes d’avril (21 mars) 1318, est plus explicite et s’exprime en ces termes : « De même, j’ai donné et assigné 12 sous Morlaàs par an à l’église de N.-D. de Berlane, pour une lampe et le luminaire à entretenir à perpétuité ; ces 12 sous seront pris sur les revenus de Barinque.
— Item dedi et assignant XII sol. morl. annuatim ecclesiœ beatœ Mariœ de Berlane pro una lampade cum luminari ibi tenenda perpetuo, quos XIIe siecle, assignant in redditibus de Barinco » (1).
1. Archives B.-P., E 294, 295, 296.

Gaston X, père de Gaston Phébus, ne fut pas moins généreux dans son testament du 17 avril 1343 ; il faisait des legs aux trois seuls sanctuaires de Muret, de Berlane et de Sarrance.
Voici comment il exprimait ses dernières dispositions : « Nous laissons 50 sols Morlaàs à prendre sur les revenus et les biens de notre bailliage de Morlaàs, payables en la manière et la forme prescrites, à un prêtre qui célébrera la messe à perpétuité, dans l’église de N.-D. de Berlane.
— Item, legamus totidem [puinquaginta sol. morlanorum] ex et de nostris redditibus et emolumentis baiuliœ nostrœ de Morlanis, modo et forma prœdictis exsolvendis, alteri presbytero, ut supra eligendo, qui in ecclesia Beatœ Mariœ de Berlana perpetuo habeat celébrare » (2).
On verra que le souvenir de perpétuité de cette obligation donnera, après la Réforme, un nouvel élan à la dévotion de Berlane.
Il aurait été intéressant de savoir si Gaston Phébus fit aussi des legs à ce sanctuaire ; quelques documents l’affirment bien, mais son testament n’existe plus.
2. Archives B.-P., E 298.

Voici maintenant les dispositions faites en faveur du sanctuaire par des particuliers à la même époque et dans la suite.
En 1344, Pierre de Larey, de Pardies de Monein, laisse par testament 12 sol Morlaàs à N. B. de Berlane (3), et d’autres sommes d’argent aux églises de Saint-Jean et Sainte-Agathe de Pardies, Saint-Pierre de Pardières, N.-D. de Lescar, Saint-Pé de Generes, Saint-Ambroise de Poeylas, aux couvents des FF. PP. d’Orthez, des FF. Mineurs d’Oloron, et à celui « d’entre Gave et Batze »
Ce testament est exactement daté du « mercredi avant Saint-Luc l’évangéliste » dont la fête se célèbre le 18 octobre.
Le 14 juin 1412, Raymond-Bernard, seigneur de Castetnau, lègue un marc d’argent pour une lampe à N.-D. de Berlane « per far ung lampey à la gleyse de Nostre Doue de Berlane » (4).
3. Archives B.-P. E 1916, folio 67 r°, Test, curieux.
4. Archives des Castetnau, page l’abbé Légé, tome 2 page 171. L’auteur remarque avec raison que N.-D. de Berlane était un lieu de dévotion où l’on se rendait en pèlerinage, et dépendant de l’Ordre de Saint Jean. Ce legs prouve que N.-D. de Berlane était vénérée au loin.


Le 2 janvier 1426, Isabelle de Foix laisse 10 florins à la fabrique de Berlane « à la obre de Nostre Done de Berlane » (1).
1. Archives 13.-P. E 434.

Vers 1475, la baronne de Coarraze donne du grain aux quatre sanctuaires de la Vierge les plus fameux « à las 4 Nostres Dones » ; elle désigne aussi Muret, Saint-Antoine (de Navarrenx, sans doute) et la cathédrale de Lescar ; mais assurément N.-D. de Berlane était à cette époque l’un des quatre sanctuaires les plus renommés (2).
2. Archives 13.-P. E 325 folio 4 r°.

Le 19 novembre 1475, Arnaud de Souberbie, curé de Pardies de Nay, écrivit son testament à Gan d’où il était originaire ; lui aussi fit des legs aux sanctuaires de Sarrance, de Berlane et de Muret :
« — Item legavit ecclesiœ B. M. Saranse.
— item ecclesiœ beatœ Mariai de Berlana.
— item ecclesiœ B. M. de Mureto, cuilibet sex den. merlan
» (3).
On voit que Berlane était l’un des sanctuaires les plus célèbres de l’époque.
3. Archives B.-P. E 2129 folio 116 r° et v°. Arnd de Souberbie fit des legs aussi à l’église de Bilhère et à celle de Pardies « in Lisarra ». Nous nous sommes servi de ce texte pour prouver ailleurs (Documents sur Bétharram, Bulletin de la Société des Sciences de Pau, 1894) que le pèlerinage de N.-D. de Bétharram n’existait pas encore, puisque ce curé, faisant des donations pieuses à des sanctuaires éloignés, ne mentionnait même pas « Gatarram, » près de chez lui.

En octobre 1504, la seule église qui soit l’objet des libéralités des Etats de Béarn, est celle de N.-D. de Berlane « — Item à la glisie de Berlana, VI sc. » (4).
4. Archives B.-P. C 680 folio 50 et L. Cadier. Le livre des Syndics, page 191.

Le 10 novembre 1505, Arndne de Capdevielle laisse 4 sous à ce sanctuaire.
Le 2 avril 1513, Peyrot de Mans, de Pau, un demi florin (5).
5. Archives B.-P. G 341, folios 2 et 3.

Enfin, le 16 octobre 1627, Catherine de Gramont, comtesse de Lauzun, fait des dons à Sarrance et à Bétharram et laisse « à l’église de Morlaàs de Notre-Dame de Bonegarde, la somme de 100 livres qu’elle veut être employée à la lampe qui se met devant le Saint-Sacrement » (6).
6. Archives B.-P. E 2033, folio 86 v°. Nous n’avons trouvé nulle autre part ce titre de « N.-B. de Bonegarde ». C’était peut-être un nom nouveau qu’on essaya de faire prévaloir. Il est plus probable que le notaire de Bordeaux, où se fit le testament, confondit Bonnegarde avec Berlane.

Et nous verrons qu’au XVIIe siècle, à défaut de testaments que nous n’avons pas eu le loisir de rechercher, nous trouverons la preuve incontestable des pèlerinages en l’honneur de N.-D. de Berlane.

CHAPITRE VI
LES COMMANDEURS DE BERLANE.
— LE PROTESTANTISME.
— LE COMMANDEUR DE MORLAAS, ANTOINE DE PAULO.
— L’HOPITAL.

Malgré la pénurie de documents sur Berlane, surtout dans les siècles antérieurs à la Réforme, nous pouvons encore, avec les textes qui nous restent, soupçonner l’état florissant de ce sanctuaire à cette époque reculée.
D’abord la continuité des legs qui lui furent faits témoigne de la vénération incessante dont les souverains et les fidèles entouraient ce lieu de dévotion.
La chapelle dépendait toujours de la commanderie de Morlaàs.
Cependant ses revenus prirent assez d’importance pour que le Grand-Prieuré de Toulouse y nommât un « commandeur » en titre.
Ainsi, voyons-nous, le 2 septembre 1487, Mossen Arnaud d’Arthez, commandeur de Berlane, céder les droits qu’il avait sur le bois de La Ossaa (1).
Le commandeur d’Aubertin somme, le 9 septembre 1508, le commandeur de Berlane (qui n’est pas nommé) de le faire jouir de certains pâturages (2).
Le 17 avril 1525, Peyrot de Verges, de Gelos, vend « 21 liards de fief » à Mossen Pées de Serrot, « prébendier et prêtre de Saint-Martin de Pau et commandeur de Berlane » (3). Celui-ci figure dans plusieurs actes (4).
Le 9 novembre 1530, Pées de Biaix, chancelier de Béarn, abbé de Lucq et curé de Pau, Pées du Serrot, commandeur de Berlane, et Pées d’Arroque, curé d’Escoubès, nomment leur syndic.
Le commandeur de Berlane demeurait alors à Pau (5).
1. Archives B.-P., E 1973, folio 7 r°
2. Archives B.-P., G 341 folio 3 r°.
2. Ibidem.
4. Ibidem, folio 4 r° et E 1985, folio 32 v°
5. Archives B.-P., E 1986, folio 3 v° ; voir aussi folio 213 v° et E 1987 folio 181 v°.


Nous le trouvons encore en 1532 et en 1536, où, dans un acte, on l’appelle « vénérable mossen Pees du Serrot, commanday de Berlane » (1). Nous n’avons pas d’autres renseignements sur ce personnage, ni sur les commandeurs qui l’ont précédé et suivi.
Il est probable que ce dernier n’appartenait pas à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, puisqu’il était prébendier de Pau et qu’il y résidait ; la commanderie, était un bénéfice simple ; mais ses prédécesseurs durent faire partie de l’Ordre. C’était en tout cas, le grand prieur de Toulouse qui le nommait. Nous verrons qu’il en était toujours ainsi, même après la Réforme.
Le protestantisme fut absolument néfaste à la religion catholique en Béarn. Elle fut impitoyablement proscrite depuis 1569, les églises brûlées, tous les établissements religieux affermés ou vendus. Tel fut le sort de Notre-Dame de Berlane.
L’antique sanctuaire fut brûlé par les troupes de Montgomery et les débris calcinés de sa toiture mis aux enchères publiques furent vendus pour six écus, le 20 février 1570. Le procès-verbal original de la vente et de la ferme de ces biens ecclésiastiques existe encore.
En voici le texte béarnais : « Lo cabiroadge (2) deu temple de Berlana es estat metut en vende à la candele et demorat au dit de Lajus, à sieys excutz qui sien sa diite, en favor deudit de Laborde » (3).

C’est un peu avant cette époque, vers 1565, que les commanderies de Caubin et de Morlaàs furent réunies sous un même commandeur ; noble frère Balthazar de Collaus était à la fois commandeur de Caubin, d’Anoye et de Sendets ; il établit des procureurs dans le diocèse de Lescar pour y régir les biens de son Ordre (4).
D’après M. Du Bourg, Louis de Mende l’était en 1565 et peut-être en 1569 ; les biens de la commanderie, comme tous les autres, furent confisqués par les commissaires de Jeanne d’Albret, le 9 mai 1570, malgré les protestations de Jean Bardou, procureur du commandeur de Caubin, qui prétendait que celui-ci était toujours demeuré fidèle à la reine (5).
1. Archives B.-P. G 341, folio 4, E 1989, folio 58 r°, B 709, folio 42 v°.
2. Cabiroadge, toiture.
3. Archives B.-P. E 2153, folio 8 r°. La publication de ce Cahier qui ne contient pas moins de 210 folios serait extrêmement importante pour l’histoire du Protestantisme dans les cantons de Morlaàs, de Montaner, de Lembeye et de Thèze. Nous ne désespérons pas d’y arriver un jour.
4. B 2153 folio 85 et suivants.
— Parmi les commandeurs de Morlaàs, à cette époque, figurent le frère Scipion d’Hazas, le 26 octobre 1554, et Antoine de Thézan, le 29 octobre 1559. Archives communales de Morlaàs GG. 1.
5. Du Bourg. Histoire du Grand-Prieuré, page II.


Aussi, un document de 1588 déclare-t-il, à propos des biens de Caubin et de Morlaàs, que l’Ordre « ne peut jouir auleunement des fruicts des dites commanderies et de leurs membres, pendant ces guerres » (1).
Cependant, pour être tout-à-fait exact, il faut ajouter que le 27 juillet 1586, noble Louis de Paulo, sr de Monger, frère et procureur de Messire Antoine de Paulo, commandeur de Morlaàs, avait donné à Ramonet de Bochet, cirier de Pau, toutes les dîmes de Garlin et de Boeilho.
Le même commandeur fut mis en possession de terres achetées, en Béarn, les 3 et 4 avril 1591 ; enfin, dans un acte passé à Aurelhan, en Bigorre, le 3 juillet 1592, il est dit commandeur de Caubin (2). Antoine de Paulo atteignit aux plus hautes dignités de l’Ordre.
Issu d’une, ancienne maison de Toulouse, après avoir été commandeur de Caubin et Morlaàs, depuis 1576 (3) environ jusqu’en 1610, il devint Grand-Prieur de Saint-Gilles, fut élu 55e grand-maître de tout l’Ordre, le 10 mai 1623, et mourut en 1636. Ce fut le plus illustre des commandeurs de Morlaàs ; son nom figure très souvent dans les Archives de cette ville au XVIe et au XVIIe siècle.
Voici ce qu’en dit l’Histoire des Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem de Naberat :
Frère Anthoine de Paule, de la langue de Provence, Gascon, issu de l’ancienne maison des Paules de Thoulouse, les frères et parens duquel ont exercé de tout temps les plus grandes et éminentes charges de Présidens et Conseillers du Parlement de Thoulouze, fut fait en son rang Grand-Commandeur, puis Grand-Prieur de Saint-Gilles et finalement Grand-Maistre dudit Ordre, le dixième jour de mars 1623, par le décez du feu Sérénissime Grand-Maistre, Frère Louys de Mendes Vasconsellos, lequel Sérénissime Grand-Maistre de Paule est à présent régnant, à qui Dieu donne longue et heureuse vie, pour la gloire de son nom, Exaltation de la Religion et extirpation des Infidèles Mahométans. De son temps, les galères de la Religion [c’est-à-dire de l’Ordre] ont fait plusieurs beaux combats (4).
1. Archives B.-P., E 2009, folio 22 8 r°.
2. Ibidem.
3. Archives communales de Morlaàs, GG. 1.
— Du Bourg cite Gérard Bretonnet, 1578-1579, et Jean de Laroquan, 1583-1585.
4. Archives des Chevaliers. Naberat. Edition 1659. Appendice page 129.


Nous avons eu la bonne fortune de trouver un Portrait d’Antoine de Paulo fait pendant qu’il était Grand-Maître et par conséquent d’une très fidèle ressemblance. On le voit dans la dernière édition de Naberat (1659) à l’Appendice intitulé Les Privilèges de l’Ordre.

Nos lecteurs seront bien aises de le retrouver ici :

ANTOINE DE PAULO
Commandeur de Morlaàs (1576-1610)
Grand-Maître de l’Ordre de Malte (1623-1636)
(D’après une Gravure du temps) IMAGE

Antoine de Paulo eut, comme ses prédécesseurs, des difficultés au sujet de l’entretien de l’hôpital.
Déjà, en 1557, les jurats de Luc-Armau s’étaient plaints de la négligence des commandeurs de Morlaàs à l’égard de leur hôpital.
Ils s’exprimèrent ainsi, le 16 juin, dans la salle du Conseil au château de Pau : « De toute antiquité est fondé au lieu de Luc un hôpital, bien clos, approvisionné jadis de lits, linge et autres provisions pour servir d’asile aux pauvres de Dieu, passant sur le grand chemin roumiu ; le commandeur, qui a 300 écus de revenu sur le lieu de Luc, malgré le devoir qu’il a d’entretenir cet établissement, l’a laissé si complètement tomber en ruines qu’il n’y reste plus ni portes, ni fenêtres, ni lits ; les arbres fruitiers plantés dans le jardin, pour le soulagement et réfection des pauvres, ont été arrachés, le terrain morcelé et affermé à divers particuliers »
Le commandeur fut condamné à laisser le quart des dîmes aux jurats de Luc et à entretenir une maison hospitalière pour les pauvres et les pèlerins (1).

Les plaintes n’étaient pas moins vives au sujet de l’hôpital de Morlaàs.
— Le 30 août 1566, une enquête est faite sur la manière dont il est tenu. Joannette de Hans, de Momy, dépose et déclare qu’elle est « hospitalière » depuis 8 ans. Son mari, Jean, est aussi « hospitalier » ; ils ont recueilli sur la rue une enfant abandonnée.
On voit que l’antique observance n’existait plus, puisque l’hôpital était confié à des mains mercenaires.
— Le 25 janvier 1573, dans une autre enquête, Marie de Muret, veuve, hospitalière, dit que beaucoup de pauvres et de pèlerins s’arrêtent à l’hôpital.
— En 1586, les jurats de Morlaàs se plaignent encore du mauvais état où se trouve cet établissement charitable. Le commandeur, Antoine de Paulo, est condamné par le Conseil souverain hugenot de Pau à réparer les hôpitaux de Morlaàs et de Luc, ainsi que les temples protestants de Garlin, Serres, Morlaàs et Sedzère ; ce qui n’empêcha pas qu’à la requête du ministre de Morlaàs, Bertrand de Lavigne, et des jurats, ses revenus ne fussent saisis et confisqués en 1589 (2).
Il y eut quelque nouvel accord sans doute, mais la fin du XVIe siècle ne vit pas terminer toutes les plaintes.
— Il y eut en effet des différends entre les commandeurs et les jurats de Morlaàs en 1610 (3). On peut même dire que, jusqu’à la Révolution, ce fut un conflit permanent et parfois à l’état aigu.
1. Du Bourg. Histoire du Grand-Prieuré, page 423.
2. Archives communales de Morlaàs, GG. I. Nombreuses pièces intéressantes sur l’hôpital.
3. Archives communales de Morlaàs. GG I.
— En 1623, le commandeur Henry d’Escalebras est condamné à subvenir aux restaurations de l’église de Boeilho ; « les paroissiens n’osent se trouver le dimanche à la célébration de la messe, craignant que le couvert leur tombe dessus »
— Du Bourg. Histoire du Grand-Prieuré, page 423.


Citons au hasard quelques faits :
— Le 20 décembre 1648, les jurats visitent l’hôpital. Arnaud de la Salle est hospitalier avec sa femme, depuis 16 ans, à 10 écus par an, dont il est mal payé. On constate le mauvais état du bâtiment et des lits.
— En 1663, l’hôpital et sa chapelle sont dans un abandon lamentable.
— En mai 1664, les jurats se plaignent encore et disent que le commandeur doit plusieurs arrérages pour l’entretien de l’hôpital. « La chapelle, dit-on, a été tellement abandonnée qu’il n’y reste que les masures »
Le Parlement dut s’en occuper et condamna le commandeur à faire les réparations. On décida de rebâtir la chapelle délabrée, l’autel et le lieu « où était placée l’image ou statue de Sainte-Lucie » (1).
Des plaintes se font jour, même dans un dénombrement du 22 mai 1676, où les jurats de Morlaàs s’expriment en ces termes :
— Item ont déclaré qu’outre ladite église (Sainte-Foi), il y a encore deux autres églises, sçavoir celle de Saint-André, au bournau, et celle des commandeurs à Berlanne, scituées dans le territoire de ladite ville, comme aussy un hospital hors la ville avec un cemitière et des masures d’une église appelée de Sainte-Lucye, dépendant dudit hospital (2), lequel hospital les commandeurs sont obligés d’entretenir de lits et meubles et autres choses, conformément à leurs statuts, affin que les pauvres s’y puissent retirer, ne sçachant les droits desdits commandeurs, ni leurs revenus, non plus que du prieur et curé (3) desdites églises de Sainte-Foy et de Saint-André ; comme aussy y a un couvent des Cordeliers et un autre de Jacobins au bournau, et un temple et un cimitière possédés par ceux de la R. P. R. (4), confrontant d’Orient avec terre, jardin et maison des héritiers de Henacq, Occident avec la porte de la ville, Septentrion, rue publique, Midy, murailles de la ville (5).

L’hôpital n’était pas en meilleur état en 1703 et 1710 (6).
On voit donc qu’aux deux derniers siècles les commandeurs se préoccupaient plus de toucher les revenus que d’entretenir le vieil hôpital de Morlaàs.
Cependant, ils ne purent pas échapper à cette obligation, car l’hôpital subsista toujours jusqu’à la Révolution, donnant asile aux pèlerins de Rome et de Compostelle, comme on peut le constater dans un Guide des chemins de Rome avec le Volage de Saint-Jacques en Gallice, du siècle dernier (7). Parmi les stations hospitalières de notre pays, on cite : Marhourguet (Maubourguet), Noya (Anoye), Molans, (Morlaàs), Bourg Arbez (Bougarber), Orthez, Pont d’Orthez, Sauveterre, Saint-Palez, Saint-Jean-Pied-de-Port, Roncevaux, etc.
1. Archives communales de Morlaàs GG I. Sainte-Lucie fut souvent invoquée, comme patronne des hôpitaux, parce qu’elle avait donné tous ses biens aux pauvres.
2. A noter que la chapelle de Sainte-Lucie était hors la ville.
3. Il y a un prieur et un seul curé.
4. Il y avait donc des protestants à Morlaàs encore en 1676.
5. Archives B. P. B 650 folio 254 v°.
6. Archives communales de Morlaàs, GG 1. Dans un procès entre le prieur de Sainte-Foy, Guichar de Monein, et la vallée d’Ossau, il est déjà question, le 25 juin 1457, de l’église de Sainte-Lucie, de l’hôpital et des limites du Pont-Long et de Morlaàs « trebessan une lanote que y a perdebag las justicies qui son en ladite forquie, de qui en fore, tirant au cap de l’arrecq et arriu aperat de Biscoye, acquet seguien de qui à l’aygue aperade lo Luy qui passe à Berlane et aqui se determenen et devidexen en los terredors deu priorat de Sancte Fee et de Pont-Lonc »
— Archives B.-P. Cartulaire d’Ossau AA 1, folio 200 r°.
7. Les Merveilles de la ville de Rome (Rome, Barnabo, 1725, in-12), à la fin.


CHAPITRE VII
LE PÈLERINAGE DE NOTRE-DAME DE BERLANE

L’hôpital de Morlaàs, la commanderie et la chapelle de Berlane dépendaient, avons-nous dit, des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, appelés plus tard chevaliers de Malte. Nous venons de voir que l’hôpital était toujours, tant bien que mal, entretenu par eux.
En était-il de même de la chapelle de Berlane ? Peut-on dire sur tout qu’il y avait concours à ce sanctuaire aux jours des fêtes de la Vierge ?

Nous n’hésitons pas à le répéter encore une fois. Toute église qui était l’objet de legs continus, à travers les siècles, ou même pendant une certaine époque, devenait un but de pèlerinage à des dates fixes et annuelles.
La simple raison l’indique. Pourquoi aurait-on fait des legs, s’il n’y avait eu une véritable confiance de la part des testateurs ? Et comment ceux-ci, parfois fort éloignés du sanctuaire, auraient-ils eu une intention pieuse en sa faveur, s’ils ne l’avaient pas visité ou s’ils n’en avaient pas entendu parler ?

Voilà l’argumentation rigoureuse à employer, surtout lorsqu’il n’y a pas de textes plus explicites. Et l’on peut soutenir victorieusement que cette manière de prouver, l’existence et la continuité d’un pèlerinage est à l’abri de toute critique. L’antique origine des pèlerinages de Sarrance et de Bétharram ne se prouve pas autrement.
Pour Berlane, j’avais longtemps raisonné de même. Et je disais que les legs faits à ce sanctuaire par les rois, les seigneurs et les particuliers attestaient invinciblement la vénération dont il était l’objet dès la plus haute antiquité.
Il n’y a pas en effet d’autre preuve pour les temps reculés. Elle suffit.
Elle suffit d’autant mieux ici que quelques textes se rapportant à une époque plus moderne viennent renouer la chaîne brisée par la Réforme entre le XVIe et le XVIIe siècle.
On ne peut pas supposer un pèlerinage au commencement du XVIIe siècle, sans en admettre un au siècle précédent; surtout lorsqu’on sait que le sanctuaire qui en était l’objet, paraissait plus florissant dans les temps anciens et dans une plus grande vénération, laquelle se manifestait par les legs des mourants. Entrons dans le détail.
Avant la Réforme, nous l’avons vu, la chapelle était administrée par un prêtre qui prenait parfois le titre de commandeur. Après la Réforme, il n’y avait que des ruines. Il fallut du temps avant de relever les sanctuaires détruits. Ce fut le cas de N.-D. de Berlane.
Plus tard on se rappela qu’un souverain de Béarn avait légué une somme d’argent pour y faire célébrer la messe à perpétuité et un service funèbre tous les ans. Quel était ce souverain ?
Ici les registres de la Chambre des Comptes des deux derniers siècles ne sont pas d’accord. On y voit que ce legs perpétuel a été fait, tantôt par « Gaston, père de Gaston Phœbus », tantôt par « Gaston Phœbus » lui-même, tantôt encore par « Gaston, fils de Gaston Phœbus » (1).

Nous ne possédons plus le testament de Gaston Phébus, mais nous savons en effet que son père, Gaston X, laissa dans son testament du 17 avril 1343 « 150 sous à N.-D. de Berlane » à perpétuité (perpetuo celelrare) Et voilà certainement l’origine du service annuel et perpétuel qui se fit depuis lors dans le sanctuaire (2).
Les souverains de Béarn considérèrent en effet cette obligation comme sacrée, car, une somme d’argent était « employée aux États de Navarre et Béarn, avant la saisie générale des biens ecclésiastiques » c’est à dire avant la Réforme, en 1569 (3).
1. Archives 13. P. B 438, folio 5 v°. B 486 et B 3985.
2. C’est bien ce legs qui établit un service annuel à Berlane, car on lit dans une quittance de 1670 que la somme de 21 livres était payée « pour raison du legs perpétuel fait par le testament de Gaston, fils de Gaston Phœbus du 5 avril 15113 » (B. 3985). Changez les dates, et mettez 17 avril 1343, pour avoir la vérité (E 298). Les comptables d’alors n’y regardaient pas de si près.
3. Archives B.-P. B 3985.


Il résulte donc de ce document qu’il y avait des traditions du passé brillant de N.-D. de Berlane qui s’étaient transmises jusqu’au XVIIe siècle. On chercha à les renouer, sous Louis XIII, très vraisemblablement, peut-être même au moment où ce roi restaura la religion catholique en Béarn. En tout cas, on lui fit une requête en lui rappelant le legs de 1343; le monarque l’accueillit; une somme annuelle fut inscrite, pour le service religieux et l’obit de Berlane, sur les états du roi. C’est ce qui résulte des livres de la Chambre des Comptes.

Un chapelain en titre fut désigné pour ces fonctions. Il n’avait qu’une très modeste allocation de 21 livres, 12 sols par an, et encore, pour les toucher, devait-il rapporter un certificat de l’évêque de Lescar, attestant bien qu’il avait célébré les offices divins.
Chaque année, il devait renouveler sa demande. Le trésorier du fisc faisait souvent la sourde oreille et le chapelain devait alors envoyer plusieurs requêtes.

Le premier titulaire mentionné au XVIIe siècle dans nos documents fut Jean-Pierre de Fortaner, docteur en théologie et plus tard curé de N.-D. de Lescar. Il était chapelain ou prébendier de Berlane depuis 1636 (1). Il le fut certainement jusqu’à sa mort survenue vers 1688; il fit son testament, le 13 décembre de cette année (2).
C’est dans ses requêtes, dans les certificats signés par l’évêque de Lescar, dans ses quittances, que nous avons trouvé les plus précieux détails sur le service religieux et le pèlerinage qui se faisait à Berlane aux deux derniers siècles.

Ces documents ne disent pas qu’il y eut une messe tous les dimanches. Il y a des expressions vagues comme celles-ci : « Le service divin a esté faict dans la chapelle de N. D. de Berlane » et encore : « J. P. de Fontaner a faict et célébré les divers offices », mais cela semble se limiter d’ordinaire aux « jours et festes solemnelles de Nostre Dame » (3).
1. Archives B. P. B. 3919.
— Y avait-il eu un chapelain avant lui ? On l’ignore.
2. Ibidem E 1397, folio 40 v°.
3. P. justificatives et B. 3894. Certifié du 24 février 1652.


Alors avait lieu un grand concours de peuple, un véritable pèlerinage. Toutes les paroisses voisines affluaient. Le prébendier de Berlane ne pouvait suffire. Il se faisait aider par les Dominicains et les Cordeliers de Morlaàs. De nombreuses communions, la grand messe, vêpres et compiles, tel était le magnifique résultat des fêtes de la Vierge à Berlane. Et cela dura jusqu’à la Révolution. Et cela existait bien certainement avant la Réforme, puisque le legs perpétuel du souverain s’exécutait, et que d’ailleurs un pèlerinage ne se serait pas créé au sortir de la crise du protestantisme, si la foi tenace des foules ne les avait ramenées à un sanctuaire bien aimé, et déjà célèbre.
Les documents abondent pour le XVIIe siècle. Nous les citerons tous in extenso en appendice, mais donnons en maintenant quelques extraits pour prouver la vitalité du pèlerinage à cette époque.
Le 18 avril 1646, les prieur et religieux des Dominicains attestent « que le service divin a esté faict, l’année dernière 1645, dans la chapelle de Nostre-Dame de Berlane et que quantité de personnes y ont receu le Saint-Sacrement et assisté aux prédications et à tout le service divin, tant de la grande messe que de vespres et compiles » (1).
Le 31 décembre 1649, Mgr Jean Henry de Salettes certifie que le chapelain a fait le service divin « en la chapelle, les jours de festes chômantes de Nostre Dame et autres jours » (2).
Le 24 février 1652, le même prélat déclare que M. Fortaner a célébré les divins offices « à l’assistance des Frères, Pères, Religieux de St-Dominique et Cordeliers de la ville de Morlaas, lieu ou la chapelle est située, comme sont messes, prédications, et entendu en confession les pénitens qui y sont venus en dévotion en grand nombre, les jours et festes solennelles de Nostre Dame » (3).

Une pareille déclaration du 16 juin 1654 parle des « messes solennelles les jours et festes de Nostre-Dame et autres jours fériats pour les défunts et bienfacteurs » (4).

Le certificat de l’évêque Jean Du Haut de Sallies en 1663 et 1664 est on ne peut plus explicite et mentionne le pèlerinage des paroisses voisines de Morlaàs. Il rappelle le service divin fait en lad. chapelle « sçavoir ès jours et festes solennelles de Nostre-Dame et autres jours, et ce avec toute la solennité et dévotion en ce cas requise, auxquels offices divins ont assisté plusieurs des paroisses voisines de lad. chapelle, qui accourent en foule pour s’y confesser es susdits jours » (1).
Que faut-il de plus pour démontrer l’existence du pèlerinage ?
Nous trouvons des certificats de ce genre jusqu’en 1680. Depuis lors, malheureusement, les quittances de la Chambre des Comptes n’existent plus. Elles ont dû être détruites comme papiers inutiles ; mais on possède encore les registres des recettes et des dépenses du Béarn jusqu’en 1770, et l’on y voit, chaque année, l’allocation des 21 livres, 12 sols, accordée au prébendier de Berlane. Pour les années qui suivent 1770, les registres ne se trouvent pas aux Archives départementales; ils sont peut-être encore au Palais de justice. En tout cas, il est certain que le service religieux ne fut nullement interrompu à Berlane, jusqu’à la Révolution, car, à cette époque, comme nous le verrons, les officiers municipaux réclamèrent la cloche de la chapelle pour la faire fondre.
1. Archives B.-P. B. 3858.
2. Archives B.-P. B. 3881.
3. Archives B.-P. B. 3894.
4. Archives B.-P. B. 3909.
5. Archives B.-P. B. 3962.


Il n’y a donc pas à douter que le pèlerinage de N.-D. de Berlane n’ait été bien florissant pendant tout le XVIIe siècle et jusqu’à la fin du siècle suivant.

CHAPITRE VIII
DÉNOMBREMENT DES BIENS DE BERLANE AU XVIIe Siècle.
— LIVRE-TERRIER.
— DISCUSSION ENTRE LE CHAPELAIN ET LE SYNDIC DE MORLAAS.
— PRISE DE POSSESSION DE LA CHAPELLENIE, EN 1749.
— LES DERNIERS JOURS DE BERLANE.
Pièces justificatives

Un Dénombrement du 21 juin 1676, présenté parle chapelain, Jean-Pierre de Fortaner, curé de Lescar, nous donne la contenance et les limites du bien de Berlane, ainsi que le montant du fief en redevance qui était payé au roi (1).
1. Dans un acte passé le jour de St-Jean l’Evangéliste, 27 décembre 1365, entre Guiraud de Bordeu, prieur de Ste-Foy, et les Ossalois, proprié taires du Pont-Long, on dit que le prieuré est « enter lo cami qui bade Forquiee en fore enta Sent Pée de Gieres, de la une, coma entra à l’autre... en tau Luy de Berlane ». Cartulaire d’Ossau, AA 1 folio 43 r°.
Dans un acte du 1er mai 1368 (ibid.), il est dit qu’on ne portera aucun préjudice « à la maison de Nostre-Done de Berlane, en so qui ha defents lasd. confrontations »


Voici la teneur de cet important document qu’il faut donner dans tous ses détails :
Les maistres de la maison de Berlane possèdent une maison, deux granges, jardin, casalaa et bois, tout en un tenant, sans en ce comprendre une chapelle qu’il y a de bastie ; confronte orient, avec terre de Peyroulet, possédée présentement par Me de Comeres (1), occident avec l’eau appelée le Luy, midi, chemin public qui va à Pau, septen trion, aussi chemin public qui va à Pau, contient le tout huit arpens et demi vingt et dus escatz pour, de laquelle, fait à S. M., de fief annuel, six sols six deniers tournois.

Plus, pour la mesme maison, autre piesse de terre labourable, bois et touya appelé le champ de Mémeras, confronte orient et midi avec chemins publics, occident avec Pont-Long, ruisseau appelé le Luy, entre deux ; septentrion, chemin public, contient vingt et un arpens un quart, vingt et deux escatz. Fait de fief annuel seize sols tournois, une baquete.

Plus, possédé autre piesse de terre laborable au devant lad. maison ; confronte orient et septentrion avec chemins publics, midi, chemin qui va à Pau ; occident, avec l’eau appelée le Luy, contient onze arpents et demi, quatorze escats, monte son fief huit sols sept deniers deux baquettes.
Monte son fief, 1 livres, XI sols, 1 denier, III b. (2).

Dans un livre terrier de 1777, nous voyons une partie des biens de la commanderie formant le champ de Cambat et le « touya » d’Auga, désignés sous le nom de Berlanne le commandeur.
Les confrontations sont indiquées encore plus simplement par ces termes : Midy : le commandeur. Septentrion : le commandeur, etc.
Après cela, on pourra s’étonner que ces dénominations anciennes aient été perdues et oubliées. On ne s’en souvient plus. La contenance totale de cette partie était de sept hectares, 32 ares 90 centiare (3).
Le dénombrement de 1676 avait été fait par le chapelain Fortaner, au nom du commandeur de Morlaàs. Il jouit de cette prébende pendant plus de 50 ans (1636-1688). Nous ne savons pas qui lui succéda.

Depuis l’année 1722, Jean de Capdeville-Siros, curé d’Andoins, figure à titre de chapelain de Berlane dans les registres de la Chambre des Comptes (4). Il eut un procès avec le syndic de Morlaàs, au sujet de la taille de Berlane.
Le 22 mai 1734, le chapelain fit une requête pour demander la « restitution de certaine taille, en exécution d’un avis arbitral »
De son côté, le syndic concluait « à condamner ledit sr abbé de Siros à laisser libre le chemin qui conduit par la barthe de Berlanne au pont de Berlanne, qui est sur le ruisseau appelé le LUY, sur le chemin royal qui conduit à Pau, comme aussi le condamner à ouvrir et laisser patent un autre grand chemin public, qui conduit du territoire de la présente ville de Morlaàs dans la lande appelée Pont-Long, passant devant la maison de Claverie d’Aton et entre deux pièces de terre dépendantes de ladite prébende de Berlanne dont le s c abbé de Siros s’est emparé depuis quelques années et où il a coupé et déraciné des arbres et tout le soutrage » (5).
1. Archives B.-P., 3650, f. 32 ro. Louis de Comeres « possède une pièce de terre qui confronte au midi avec terre de Berlane ».
2. Archives B.-P., B. 650 folio 330 r°. Dans le même volume, folio 253 v°, la ville de Morlaàs dit qu’elle a « un droit de coupe dans le parsan appelé la Oussère ...depuis l’eau appelée le Lui quipasse à Berlanne, jusques à l’eau appelée la Oussère qui passe au bois de Pau, et autant que le terroir de la présente ville s’étend de l’une extrémité à l’autre jusques au chemin Salié du côté de Sendetz », etc.
3. Nous devons ces renseignements à l’obligeance de M. Carrié, conducteur des ponts et chaussées à Morlaàs. Archives communales.
4. Archives B. P. B 438, folio 5 v°.
5. Archives communales de Morlaàs, BB 12, folio 133 r° ; folio 139, vérification des tailles de Berlane de 1724-1726.
— C’est dans ce registre que, le 23 mai, Capdeville est dit « curé d’Andoins ».


Nous ne savons pas l’issue de ce procès. Capdeville eut pour successeur un prêtre, religieux de l’Ordre de Malte, Jean Soulé-Lafon, nommé par le Grand-Prieur de Toulouse et installé par procureur. Il dut faire faire le service de Berlane sans doute par un délégué. Nous donnons ici le Procès-verbal de son installation, le seul que nous ayons trouvé sur Berlane.

Acte de prise de possession de la Chapellenie de N. D. de Berlane par Jean Soulé-Lafont, le 21 novembre 1749.

L’an mil sept cens quarante neuf et le vingt-deux du mois de novembre, au-devant de la chapelle Notre-Dame de Berlanne, près Morlaàs, devant moy Jean-Baptiste Castaing-Foix, de la ville de Lescar, y demeurant, paroisse Notre-Dame, notaire royal et apostolique du diocèze, reçu au sénéchal, siège dud. Morlaàs, et en présence des témoins bas nommés, le seigneur Jean de Cantonet, du lieu de Lestelle, aud. présent diocèze, m’a remis un titre de la chapellanie dudit Berlanne, conféré en faveur du sr Jean de Soulé-Lafont, prêtre, religieux d’obédiance de l’ordre de Malte, curé de la paroisse de Fronton, en datte du 4 juin de l’année courante 1749, par Messire Jean Joseph Gabriel de Thomas Gignacq, chevalier de l’Ordre de St-Jean de Jérusalem, commandeur de Caignac, receveur et procureur général dud. Ordre au Grand Prieuré de Toulouse, led. titre signé dud. seigneur chevalier de Gignac, commandeur de Caignacq. de deux témoins scellé du sceau dud. ordre et contresigné du sr de Blanc secrétaire, en vertu duquel qitre, led. seigneur de Cantonet, procureur constitué dud. seigneur de Soulé-Lafont et agissant pour luy, en vertu de la procuration passée le 6 dud. mois de juin devant le sr Pratviet, notaire à Toulouse, contrôlée aud. Toulouse, led. jour 6 juin, par Rouède, qui demeure transcritte au présent et retranscrite aux expéditions et qui est de la teneur suivante : « L’an, etc. » ; en vertu duquel titre le même sieur de Cantonet, procureur dud. sieur de Soulé-Lafont, m’a requis de luy donner la possession de lad. chapellenie de Berlanne. En conséquence, moy dit notaire apostolique, ayant fait lecture dud. titre, ay conduit led. sr de Cantonet dans lad. chapelle, où il a fait le signe de la croix devant l’autel, a prié Dieu à genoux, ensuite a promené dans lad. chapelle et sacristie, ouvert et fermé la porte de lad. chapelle et fait tous autres [actes] de possession en pareil cas requis, sans opposition. En vertu desquels, j’ay déclaré aud. seigneur de Cantonet, faisant pour led. sr de Soulé-Lafont, luy avoir donné la possession réelle, actuelle et corporelle de lad. chapellenie, pour jouir led. sr de Soulé-Lafont d’icelle et de tous les revenus, droits, honneurs et prérogatives qui en dépendent ; du tout octroyé acte aud. seigneur de Cantonet pour led. seigneur de Soulé-Lafont, aud. lieu de Berlanne, led. jour et an que dessus, présents et témoins le seigneur Pierre Martinou de Higuères, habitant à Pau, Jacques Basiet, de Sendets, métayer des fonds dépendant de lad. chapellenie, qui ont signé avec led. seigneur de Cantonet, procureur constitué, et moy d. notaire apostolique. Cantonet, procureur susd., Martinou, Pt Basiet, pt, Castaing-Foix, notaire royal et apostolique.
Contrôlé à Lescar le 23 novembre 1749. Reçu six livres. Castaing
(1).

Nous ignorons pendant combien de temps le nouveau chapelain resta en fonctions. Les registres des Comptes emploient toujours la formule générale de « chapelain » sans désignation de personnes. Qu’il nous suffise de savoir qu’il y eut des chapelains jusqu’à la Révolution.

Alors, fut portée la loi inique du 19 septembre 1792 sur la vente des biens de l’Ordre de Malte situés en France. Les enchères eurent lieu à Morlaàs le 1er juillet 1793.
L’hôpital fut vendu à Bernard Moureu pour 2575 livres.
La métairie de Berlane comprenant « la chapelle, maison, deux granges, cours et enclos en nature de pré et labourable... bois, marais, taillis, confrontant avec terres de Laborde, le ruisseau le LUY et la route nationale, » fut adjugée à Jacques Vigneau pour 23,000 livres « à l’exception du mobilier qui n’est point compris, dit-on, dans l’adjudication, notamment la cloche » (2).
1. Archives B.-P. G 306. Original.
2. Archives B.-P. II Q. 160. Registre folio 129 r°.


En effet, dans la séance du 8 septembre 1793, le conseil municipal de Morlaàs s’occupa des cloches : il y en avait deux à Ste Foi et deux à Saint-André. On y déclare aussi « qu’il en existe une dans le clocher de la chapelle de Berlane » et l’on décide que toutes seront descendues, y compris celle « de la chapelle de Berlane » (1). Ce sanctuaire était donc encore en plein exercice au moment de la Révolution.

Le 9 nivôse an 2 (22 décembre 1793), Jacques Vigneau vendit à Jean Laborde neuf arpents de terre du bien de Berlane pour 6200 livres ; mais il se réserva la chapelle, la maison, la grange et les murs qui entouraient ces bâtiments. Cela nous fait voir que le tout devait probablement tenir dans un enclos fermé (2).
1. Archives communales de Morlaàs, BB. à cette date.
2. Voir pièce justificative Acte de vente.


Nous ne savons pas à quel moment Vigneau vendit le reste des biens immeubles aux Laborde.
La Terreur passa sur la France. Toutes les institutions religieuses disparurent. Morlaas vit s’éloigner pour toujours les Dominicains, les Cordeliers et les Chevaliers de Malte. Le prieuré ne fut plus qu’un souvenir historique. Il n’y eut plus, dès lors, à Morlaas qu’une seule paroisse.

Le Concordat cicatrisa en partie les blessures. Un article absolvait toutes les violences commises. Les acquéreurs des biens ecclésiastiques pouvaient garder en sûreté de conscience ce qu’ils avaient acheté à la nation spoliatrice. Il en fut ainsi pour la chapelle de N.-D. de Berlane. Tandis que Mgr Loison rachetait Bétharram, on ne se préoccupa plus de Berlane. On nous a dit que la vieille petite église servit de magasin à fourrage pendant longtemps encore.

Elle fut enfin démolie et ses pierres servirent à la construction des maisons voisines. Il n’en reste même plus de vestiges. C’est aujourd’hui un champ cultivé d’où la charrue retire de temps à autre les restes des fondations et des tombeaux oubliés. Quelques fouilles mettraient sans doute facilement à vue les substructions et aussi le plan de l’antique chapelle.
Et, maintenant, n’y aurait-il pas sérieusement quelque chose à faire ?

Il ne faut pas songer sans doute à une restauration, vu l’éloignement du bourg de Morlaàs et les difficultés d’un service religieux régulier. On pourrait du moins perpétuer le souvenir de l’antique pèlerinage de N.-D. de Berlane par un modeste monument surmonté d’une statue de la Ste Vierge. Sur la façade antérieure, on pourrait mettre, par exemple, une inscription en ce genre :

ICI FUT LA CHAPELLE
DE
NOTRE-DAME DE BERLANE
PELERINAGE CÉLÈBRE EN BÉARN
DEPUIS LE XIIIe SIÈCLE JUSQU’EN 1793
N.-D. de Berlane, priez pour nous!

La Sainte Vierge saura bien témoigner par des faveurs précieuses ou par quelque grand miracle, si elle veut la complète résurrection de son vieux sanctuaire détruit et oublié.

Documents sur la vente de Berlane
III Vente des biens de Berlane à Jacques Vigneau, de Morlaàs, le Ier juillet 1793.
(Archives B.-P. II Q. 160. Reg. folio 129 r°)

Vu l’art. 1. de la loi du 19 septembre 1792 ordonnant la vente des biens de l’ordre de Malthe situés en France.
Vu l’arrêté portant que le citoyen Lamolère, de Morlàas, est nommé expert pour l’estimations des biens nationaux de Morlaàs.
Vu le rapport estimatif de Lamolère pour les biens formant la Commanderie de Morlaàs, savoir :
« 1° — Que le bâtiment de l’hôpital avec jardin et terre attenante, en nature de pré et labourable, le tout de contenance de demi arpent, trente et un escats, confrontant avec terres de Moureu, Baile dit Cardé, et rue publique, sont de valeur de la somme de 18,000 Livres »
« 2° — Que la pièce de terre, pré, contenant 45 escats, confrontant avec terres de Moureu, Bidau et rue publique, est de valeur de la somme de six cent livres. »
« 3° — Que la chapelle, maison, deux granges, cours et enclos en nature de pré et labourable, de contenance de neuf arpents et demi, y compris un arpent bois et marais, et demi arpent de taillis, confrontant avec terres de Laborde, le ruisseau le Luy et la route nationale, sont de valeur de la sommes de trois mille six cent livres. »
« 4° — Que la pièce de terre appelée du Putz, en nature de terre labourable, de contenance de douze arpents, huit escats, confrontant avec chemin public, la route nationale et terres restantes, est de valeur de la somme de trois mille trois cent livres. »
« 5° — Que la pièce de terre appelée de Capbat, en nature de labour et de taillis avec quelques arbres, de quatorze arpents un quart, sept escats, confrontant avec chemin public, la route nationale et terres restantes, est de valeur de la somme de trois mille cinq cens livres. »
« 6° — Que la pièce de terre en nature de touya, de contenance de quatre arpents et demi, vingt-sept escats, confrontant avec terres de Coussoù et terres restantes est de valeur de la somme de sept cens deux livres. »
« 7° — Que la lizière de terre en nature de bois, de contenance de deux arpents et demi, vingt et un escats, confrontant avec les trois dernières pièces ci-dessus, la route nationale et le ruisseau le Luy, est de valeur de la somme de cinq cens trente et une livres. »
Le Directoire décide les enchères pour le 10 juin 1793. Affiches à mettre dans les villes de Pau, Morlaàs, Nay, Lescar et chefs-lieux de district.
Le 10 juin, personne ne se présente.

Le 1er juillet, Bernard Moureu, de Morlaàs, achète 1° le bâtiment de ’hôpital pour 2,575 livres payables en 2 ans 6 mois.

« 2° — La métairie de Berlane comprise dans les articles 3, 4, 5, 6 et 7 » a été achetée par Jacques Vigneau, pour 23,000 livres, à l’exception du mobilier qui n’est point compris dans la présente adjudication, notamment la cloche et aux conditions qui seront transcrites. »
Signé, Vigneau.
Fait en séance publique, le 1er juillet 1793, an 2 de la République.

IV. Vente d’une partie des biens de Berlane, par Jacques Vigneau à Jean Laborde, le 22 décembre 1795.
(Communication de M. l’abbé Lartigue, doyen de Morlaàs)

Par devant moi, notaire garde-notte à Morlaas, soussigné, et témoins bas nommés, fut présent le citoyen Jacques Vigneau, marchand de la présente commune, lequel, de son bon gré, franche et agréable volonté, a vendu et aliéné, purement et simplement, sans aucune réserve de droit de rachapt, survaleur ni autrement, vers et en faveur du citoyen Jean Laborde, de la même commune, et quartier du bas de la côte, ici présent, acceptant et stipulant, neufs arpents et demi de terre labourable, y compris un arpent bois et marés et un demi arpent taillis, le tout en un tenant, situé au terroir de la présente commune, qui fait partie des fonds acquis par ledit citoyen Jacques Vigneau, qui avaient ci-devant appartenu à l’Ordre de Malte et dont l’adjudication lui fut donnée le 1er juillet 1793, vieux stile, par les administrateurs composant le Directoire du District, enregistré à Pau, le 11 du même mois ; ledit fond confrontant avec terre de l’acquéreur de deux cottés, route nationale, et l’eau appelée le Leu, laquelle vente est faite par ledit citoyen Vigneau et acceptée par ledit citoyen Jean Laborde, pour le prix et somme de six mille deux cent livres, à compte de laquelle l’acquéreur a payé au vendeur celle de mille soixante-quinze livres ; par cet ordre, le restant du prix de la vente demeure réduit à la somme de cinq mille cent vingt-cinq livres que ledit acquéreur s’oblige de payer au vendeur, aux termes, pacqs et conditions données dans l’adjudication dont il a été parlé et dont ledit citoyen Jean Laborde a pris connaissance par la lecture qui lui en a été faite, ledit citoyen Jacques Vigneau se réservant la chapelle, maison, grange et meurs qui ferment lesdits bâtisses et tout ce qui peut en dépendre. Il sera néanmoins obligé d’enlever le tout dans six mois à compter de ce jour, et comme il se trouve que l’acquéreur a joui du fonds vendu, depuis la date de l’adjudication, il s’oblige de payer les intérêts du prix entier de la vente, sous la déduction de ce qui a déjà été payé ; qui sera imputé sur lesdits intérêts et subsidiairement sur le capital ; moyennant ce ledit vendeur s’est tout présentement démis et dépouillé du fond vendu avec les arbres existants et à l’acquéreur en a investi pour en jouir tout ainsi, et de la même manière que ledit citoyen Vigneau était en droit de le faire lui-même, en vertu de l’adjudication qui lui fut donnée et qui a été rapportée, l’acquéreur tenu et obligé de payer à l’avenir les impositions incombant audit fond, comme aussi les frais du présent contrat et une expédition pour le vendeur ; et pour l’observation de ce dessus les contractants, chacun les concernant, ont obligé et soumis et constitué et renoncé et joui et fait et passé à Morlaàs, le neuvième nivôse an 2e de la République, une et indivisible, en présence de Jean et autre Jean Navailles, père et fds cadet, de la présente ville, qui ont signé avec les parties et moi notaire.
Signé sur le registre Laborde, Vigneau, Navailles, et Lassus, note.
— Enregistré à Morlaàs, le 12 nivôse an 2e de la République, une et indivisible.
— Reçu quinze sols.
Signé pour la présente par l’acquéreur, Lassus, notaire.

V. — Vente des biens de Caubin dépendant de l’Ordre de Malte, le 24 messidor an 4, à Jean Loustalot, de la commune d’Urdès, « sauf le presbytère, grange et jardin, l’église et le cimetière » pour 6,000 francs.
(Archives B. P. II, Q 206, folio 163)

VI. — Plan de N.-D. de Berlane
D’après Cassini et le Cadastre, par M. Charles Carriè
Sources : Dubarat, Victor, (abbé). Mélanges de bibliographie et d’histoire locale, tome II. Pau 1896. BNF

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