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Etudes sur les Ordres des Hospitaliers, Malte et Rhodes
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Commanderie de PALHERS
Jalons historiques à propos de l’église de Saint-Andéol (Gérard Pradalié). Les Hospitaliers (Claude Cantournet)

La possession hospitalière
Lorsque les Templiers et les Hospitaliers s’installent sur le plateau de l’Aubrac au XIIIe siècle, ils se trouvent dans un environnement où le réseau seigneurial et paroissial est déjà constitué. L’implantation de ces ordres se limite donc à des enclaves comprises entre les possessions de l’Hôpital d’Aubrac, des seigneurs de Peyre et des Canilhac ; c’est le cas à Recoulesd’Aubrac, Saint-Andéol et Marchastel. deinceps a loco illo prohibita est, nec ultra in hac solemnitate, quæ Dei erat, nocuit postquam beati confessoris ibidem sunt reliquiæ collocatæ.

Une nouvelle proposition de traduction de ce texte a été réalisée par Gérard Pradalié : « De saint Hilaire évêque de Poitiers. Sur le territoire des Gabales il existait une montagne appelée Hilaire où se trouvait un grand lac. À une époque donnée, une multitude de paysans, comme s’ils lui faisaient des offrandes, venaient y jeter des étoffes, des vêtements d’hommes, quelques uns des toisons de laine, les plus nombreux des fourmes de fromage, des gâteaux de cire, des miches de pain et toutes sortes de choses qu’il serait trop long d’énumérer, chacun selon ses moyens. Ils arrivaient sur leurs chariots, avec boissons et nourriture, égorgeaient des animaux et festoyaient pendant trois jours. Le quatrième jour, au moment de lever le camp, une énorme tempête les devançait avec tonnerre, éclairs et pluie diluvienne mêlée de pierres, au point que peu d’entre eux pensaient pouvoir s’en sortir. Bien des temps après, un prêtre venu de la ville où il avait revêtu l’épiscopat, se rendit sur place et prêcha aux foules de s’abstenir de ces pratiques, et d’échapper ainsi aux flammes de la colère divine. Mais sa prédication se heurta à leur grossièreté paysanne. Alors, Dieu l’ayant inspiré, le prêtre de Dieu construisit, loin de la rive de l’étang, une basilique en l’honneur du bienheureux Hilaire de Poitiers et y déposa des reliques, disant au peuple : « Ne péchez pas, mes chers fils, ne péchez pas devant Dieu ! Il n’y a nulle religion dans l’étang. Adorez plutôt saint Hilaire le champion de Dieu dont les reliques sont ici déposées » . Alors les gens, touchés au coeur, se convertirent, et abandonnant le lac, tout ce qu’ils avaient coutume d’y jeter ils l’apportèrent désormais dans la sainte basilique. La tempête en fut écartée, et plus jamais à l’occasion de cette fête consacrée à Dieu, après que les reliques eussent été déposées, elle ne provoqua de dégâts. »
L’église disparue de Saint-Andéol est la seule église de l’Aubrac dont on puisse faire remonter la fondation au très haut Moyen Âge, et plus précisément au VIe siècle. D’après Grégoire de Tours, elle aurait été

Généralement ce sont de grands seigneurs issus d’anciens lignages, locaux ou non, qui sont à l’origine de la fondation des établissements du Temple et de l’Hôpital. Malheureusement, les archives du Temple ainsi que celles des Hospitaliers qui nous sont parvenues sont des plus lacunaires pour le début du XIIIe siècle. La seigneurie de Peyre, la plus vaste de l’Aubrac, comprend — entre autres paroisses — celle de Saint-Andéol, une des plus anciennes du plateau et l’une des plus importantes en superficie. Les seigneurs de Peyre, donateurs bienfaiteurs de l’Hôpital d’Aubrac, pourraient aussi être à l’origine de la présence des Templiers à Saint-Andéol. L’Hôpital d’Aubrac possède également de nombreux droits et mas sur la paroisse de Saint-Andéol (Pradalié 2006, pages 57-60). Les relations entre ces deux établissements sont attestées, citons par exemple la transaction de 1228 passée entre le Dom d’Aubrac et le précepteur des Templiers. Les Templiers tentèrent à plusieurs reprises d’annexer la domerie d’Aubrac, sans succès (Pradalié 2006, page 49). L’implantation des commanderies ne s’effectue pas au hasard des donations mais, bien au contraire, selon un choix raisonné du donateur ou du bénéficiaire. Certains de ces établissements sont, par exemple, placés sur d’anciens itinéraires commerciaux ou chemins de pèlerinage. La date de la fondation de la maison de Saint-Andéol reste incertaine mais est indubitablement templière. La plus ancienne mention connue — fin du XIIIe siècle — concerne la nomination, par l’évêque de Mende, de Bernard de Revel, précepteur de la maison du Temple d’Espalion, diocèse de Rodez, à la cure de Saint-Andéol et à la chapelle de Marchastel (15). Après 1312, lorsque les biens de l’Ordre du Temple sont transférés aux Hospitaliers, Palhers devient le cheflieu de la commanderie et Saint-Andéol dépend du membre de Marchastel. En 1325, un acte d’hommage est rendu aux évêques de Mende par Aldebert de Peyre pour le château de Marchastel, paroisse de Saint-Andéol (16).
L’église de Saint-Andéol est encore le siège de la paroisse au milieu du XVIe siècle : en 1559 une présentation a lieu pour desservir l’église paroissiale ou vicairie perpétuelle de Saint-Andéol de Marchastel et son annexe Saint-Pierre (17). Un changement semble s’opérer entre la fin du XVIe et le milieu du XVIIe siècle quant au statut du membre de Saint-Andéol. Lors d’une visite de la commanderie de Palhers en 1648, les visiteurs généraux procèdent à celle du membre de Marchastel et décrivent les biens de l’Hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem : « ... D’avantage ya un petit pré de la contenance de deux journaux d’homme à faucher proche une petite chapelle sous le titre Saint-Andéol assise au milieu de la montagne dudit Sieur Commandeur où il n’y a aucun service d’obligation ni charge, avis à la dévotion du peuple qui fait dire une messe le jour St Crespin par le curé de Marchastel, estant en très bon état fermant avec la porte sous clé, n’ayant aucun tableau ni ornement et est de trois cannes de long et une et demi de large. pour le revenu dudit Recoules, Marchastel et montagne de Saint-Andéol ledit sous fermier nous dit payer annuellement audit commandeur, la somme de 1300 livres » (18). Ce document montre que Saint-Andéol n’est plus le siège de la paroisse mais seulement une dépendance de Marchastel. De plus, d’après une visite pastorale de 1631, l’église Saint-Pierre-aux-liens de Marchastel est édifiée « depuis deux ans (...) en autre lieu qu’elle n’estoit au passé » . Le prieur en est le commandeur de Palhers (19). La cause de ce changement est incertaine mais l’isolement de l’église de Saint-Andéol du reste des infrastructures semble déterminant. En 1780 il n’est plus question de l’église de Saint-Andéol « (...) du membre de Recoules, il fera garnir en planches solidement clouées les poutres de l’entrepôt du buron de St Andéol... » (20).
15. A. D. L., G 1915.
16. A. D. L., G 110.
17. A. D. L., G 1915.
18. A. D. L., H 402, f° 12v.
19. A. D. L., G 721.
20. A. D. L., H 402.


Les Hospitaliers (Claude Cantournet)
Le bornage hospitalier
Le fonds de Malte, conservé aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône à Marseille, possède un rapport d’arpentage du domaine de Saint-Andéol daté du 14 octobre 1740 dans lequel sont mentionnés des bornes qui matérialisaient les limites de la propriété : « ... de longueur et grandes pierres mizes la terre et paroissant audehors de la hauteur de cinq pans, sur toutes lesquelles est gravée une croix dudit ordre de Malte... ». Les vingt-trois bornes du domaine sont toutes orientées avec la croix vers l’intérieur des terres. La montagne fait 123100 dextres, le dextre représentant quatre cannes carrés (21), mesure de Montpellier, sans comprendre le lac, au sujet duquel les judicateurs n’ont su rien décider. La montagne de Saint-Andéol confronte à l’ouest et au nord les terres de l’Hôpital d’Aubrac qui lui aussi borne ses terres par des pierres gravées d’une croix (22). Dans un document du 6 juin 1772, relatant une autre visite de l’arpentage du domaine, les visiteurs généraux constatent la présence et l’état de toutes les bornes, bornes (numéros 19, 16 et 15). Ces traces de mortaises sont toujours évasées, variables de 14 à 18 cm, avec un fond de taille bien visible de 5 cm de profondeur, et sont espacées de 20 à 25 cm. Ces observations sont similaires sur les trois bornes observées. Autre fait identique, deux faces seulement sont travaillées afin d’extraire le bloc du rocher (24). Les bornes sont de grande taille : 170 cm pour la borne n° 16 (25) — qui a pu être mesurée entièrement — entre 95 et 165 cm hors sol pour les autres (fig. 7a et 7b).
15 A. D. L., G 1915.
16 A. D. L., G 110.
17 A. D. L., G 1915.
18 A. D. L., H 402, f° 12v.
19 A. D. L., G 721.
20 A. D. L., H 402.
21 À titre indicatif, en Lozère en 1812, la toise vaut 1,94 m ; la canne = 1,99 m ; 1 dextre = 0,159 ares, un journal pour les près = 34,18 ares d’après Gattey F., Table des rapports des anciennes mesures agraires avec les nouvelles, Paris, 3e éd. 1812, p. 180.
22 A. D. B. R., 56H 2705.
23 A. D. B. R., 56H 2707.
24 Observations de Ch. Servelle, ingénieur d’études au Service Régional de l’Archéologie de Midi-Pyrénées.
25 Le numéro des bornes est celui donné par les Hospitaliers dans leur document de 1772.


Le cadre dans lequel est gravée la croix est identique (19 x 19 cm) à l’exception de la borne n° 15 qui possède un cadre plus grand (24 x 26 cm), il s’agit de la borne remplacée lors de la visite de 1772 (cf. supra). Ces bornages, qui datent généralement du milieu du XVIIIe siècle, reprennent parfois une limitation de domaine plus ancienne, souvent marquée par un mur en pierres sèches, qui peut remonter jusqu’à la période templière. À Saint-Andéol, l’appareillage du muret — posé contre les bornes — indique qu’il fut placé après le bornage, postérieurement à 1813 puisque les chemins cadastrés passent entre les bornes, sans aménagement de passage. (fig. 6). Ce type de bornage avec croix hospitalière gravée se retrouve sur la montagne du Faltre (Lozère) — voisine de celle de Saint-Andéol —, à la commanderie de Celles (Cantal, 1743) et de Saint-Constant (Cantal) (26) et à la commanderie de la Tronquière (Lot, 1745). La superficie est la même mais non comprise une partie du lac. Entre la vingtième et la vingt et unième borne une ligne est tirée de manière à ce que un tiers du lac soit compris dans le domaine : « ... laissant à gauche la Montagne et buron du Mas Combattut on trouve 62 toises jusqu’à l’étang de manière que la ligne ci dessus passant par dessus certains rochers qui sont au dessus de l’étang laisse le tiers a peu près d’ycelluy du coté de ladite montagne de Saint Andéol. » Lors de cette visite, il est dit que la première, septième et onzième bornes ont été remises en place et que la quinzième, qui n’a pas été retrouvée a dû être remplacée (23). L’implantation du domaine de l’Ordre est sûrement liée à la présence du lac. Ce dernier servant certainement d’abreuvoir pour les troupeaux présents sur la montagne, et de réserve de poissons au profit du personnel de l’Ordre et des pèlerins. Sur le terrain, nous avons retrouvé 14 des 23 bornes mentionnées à la fin du XVIIIe siècle. Elles sont taillées dans un granite porphyroïde local, dit à dents de cheval, que l’on trouve sur la montagne. Nous avons observé des traces de mortaises et d’éclatement à la masse sur trois susciter dans l’imaginaire collectif bon nombre d’histoires et de légendes.

Figure 6. Le bornage
Figure 6
Figure 6 : Le bornage de 1772 avec un détail montrant l’enclos et le buron
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 56 H 2707)

Figure 7. Bornes

Figure 7a et 7b : Bornes matérialisant les limites du domaine hospitalier

Parmi les légendes liées au site, mentionnons celle de la « cité engloutie ». Suite à un péché de la part des habitants, le manque de charité envers de pauvres gens, le village établi à cet endroit est englouti par les eaux. Un seul homme doit son salut à sa foi chrétienne ; ayant survécu, il raconte le malheur de la communauté détruite (Collectif CNRS, 1975, 49). Depuis on entend, lorsque le temps est orageux, la cloche du village au fond du lac qui rappelle ce drame (Prunières, 1872).

Par ailleurs, les rares individus qui ont voulu percer le mystère et voir de trop près le village englouti ont attiré le mauvais sort : les bois du lac se voyant parfois de la rive, des personnes ont cru reconnaître des éléments de charpente d’une maison. Plusieurs attelages de boeufs furent alors réquisitionnés pour les en extraire et la manoeuvre délicate aurait quasiment réussie si une force mystérieuse n’avait attiré inexorablement les boeufs vers le fond du lac ; heureusement un coup de couteau salvateur rompit les cordes qui reliaient les bêtes à la charpente (Durand de Gros, 1869-1870, 210-218, Prunières 1972c, p. 359).

Un autre élément important réside dans le culte du lac qui semble perdurer jusqu’à la fin du XIXe siècle. Les descriptions sont nombreuses, parfois contradictoires lorsque les mentions sont plus tardives, notamment par rapport à la date du culte ou à la nature des objets déposés dans le lac (27).
Selon ces témoignages, voici comment se déroulait ce culte qui avait lieu chaque deuxième dimanche du mois de juillet, jour de fête de la sainte Épine et fête votive de la commune de Marchastel. Un grand nombre de pèlerins — le nombre varie de plusieurs centaines à plusieurs milliers — venait en pèlerinage au lac de Saint-Andéol avec des attelages chargés de victuailles et d’offrandes. Les dévotions pouvaient durer plusieurs jours et étaient l’occasion de manger et boire abondamment.

Les pèlerins devaient faire le tour du lac en chantant des litanies de saints. Certains s’avançant dans l’eau y déposaient des offrandes — des monnaies, mais aussi des vêtements — pour être guéris (Andrieu, Petit, 1997). Les demandes de guérisons de maladies de peau ou liées à la vue semblent être les principales invocations au XIXe siècle.

C’est lors de l’une de ces fêtes, en 1867, qu’une bagarre éclata entre les gendarmes de Nasbinals et la population ayant abondamment festoyé ; l’échauffourée provoqua la mort d’un gendarme et le culte fut interdit les années suivantes (Malafosse, 1901). Malgré cela, il est fait mention de quelques individus honorant encore le lac au tout début du XXe siècle (Andrieu, Petit, 1997). Cette riche documentation, sommairement évoquée ici en quelques lignes, mériterait bien entendu une véritable étude ethnographique qui reste à faire aujourd’hui.

Les témoignages modernes
La localisation de l’église de Saint-Andéol (Christine Dieulafait, Francis Dieulafait).
La question de la localisation de l’église de Saint-Andéol a suscité pendant de nombreuses années un vif débat entre chercheurs. Nous avons voulu rouvrir le dossier afin de tenter de situer avec précision l’ancienne église disparue. Pour ce faire nous avons d’abord cherché les mentions connues.

La cure de Saint-Andéol est attestée dans quelques actes du XIIIe au XVIe siècle (30) mais le plus ancien des documents modernes qui décrit l’édifice cultuel sur la Montagne Saint-Andéol est une visite du membre de Marchastel dans la commanderie de Palhers en 1648, document déjà cité dans le paragraphe consacré aux Hospitaliers (31).

Ce texte mentionne les dimensions d’une chapelle Saint-Andéol — environ 6 x 3 m — et sa localisation qui, bien qu’imprécise, écarte de fait des recherches hors de la Montagne. Rappelons que le terme « montagne » doit être compris ici, et dans tout cet article, avec le sens de « parcelle de pâturage ».

Bien sûr, rien ne dit que cette chapelle et celle mentionnée par Grégoire de Tours —assez éloignée de la rive —sont les mêmes. À titre d’hypothèse, il est toutefois possible d’envisager une permanence de l’emplacement du site cultuel, de définir une « zone probable » de localisation et de tenter de situer cette chapelle du XVIIe siècle. Pour cela nous disposons de deux relevés d’arpentage et de bornage de la Montagne Saint-Andéol réalisés par les Hospitaliers.

Le dessin du 14 octobre 1740 et le relevé en date du 6 juin 1772 positionnent les bornes de la Montagne Saint-Andéol (fig. 6) : elles sont numérotées et les distances entre elles données. L’examen de ce bornage, les bornes ont été retrouvées en quasi-totalité durant la prospection, a certifié l’exactitude de ce document. Les relevés hospitaliers montrent, de plus, au centre de cette montagne, un enclos rectangulaire — orienté nord-sud —, avec une entrée au sud, et dans lequel sont figurés trois rectangles, certainement trois « bâtiments » puisque le plus méridional est nommé « buron ». Ces documents modernes de 1648, 1740 et 1772 mentionnent donc le même « centre de la Montagne » avec des bâtiments dont, en 1648, une chapelle.

Sur les documents fiscaux du XIXe siècle (1813-1818) la section C1 du plan cadastral (32) est divisée en deux montagnes : la Montagne de Saint-Andéol, à l’est et au nord-est du lac, contenu entièrement dans le bornage hospitalier et ne dépassant pas la rive est du lac,
et la Montagne de Cap Combatut, à l’ouest, au sud et au nord-ouest du lac. L’état de classement des propriétés (33) indique que la montagne de Saint-Andéol contient les parcelles n° 105 à 110, seule cette dernière est un buron, les autres sont de la pâture. Le seul buron représenté sur ce document se situe à environ 340 m au nord-est du lac.

À ce stade de l’étude, nous sommes assurés que la « Montagne de Saint-Andéol » des cadastres moderne et contemporain est identique à celle décrite en 1772, 1740 et 1648 comme le prouve le bornage retrouvé, et, par ailleurs, qu’il est très probable que l’emplacement du buron représenté en 1813 doit être à peu de distance de celui des Hospitaliers mentionné au centre de la montagne 1772, seulement 40 ans plus tôt, et donc de la
chapelle en 1648.
En 1820, cinquante ans après le relevé des Hospitaliers, M. Ignon, décrit les vestiges de fondations d’une « chapelle » (Ignon 1838, 164) : « J’ai visité cette chapelle, en 1820, elle est à un quart d’heure de chemin nord-Ouest du lac. Les restes des ruines de ses fondements ont 24 pas de long sur 7 à 8 de large ; j’y trouvai une pierre de granit creusée au milieu, qu’on dit avoir été un bénitier, et au-dessous de cette enceinte, il existe un champ qui avait servi de cimetière. »

L’édifice visité par M. Ignon est, d’après ses indications, situé à quelques centaines de mètres au N-O du lac. Notons qu’en suivant cette orientation nous sommes hors de la Montagne de Saint-Andéol. Peut-être le texte doit-il être corrigé pour lire nord-est car ainsi son témoignage s’accorderait avec celui du Docteur Prunières, ci-dessous, de loin le plus précis.

Les témoignages contemporains
Dans les années 1867-1874, cinquante ans après M. Ignon, le Docteur Prunières décrit dans de nombreuses publications un édifice qu’il a vu et fouillé. Citons ici les passages les plus remarquables.

1867 : « Grégoire de Tours, (. . .) nous rend compte de la fondation de l’église du lac dont j’ai vu les fondations dans mon enfance, comme M. Ignon et divers auteurs ».

« La découverte par des titres nombreux et authentiques d’une paroisse Saint-Andéol, embrassant presque toute l’étendue des montagnes, me parût
destinée à avoir une importance considérable pour les recherches auxquelles je me livrais. Au premier moment, je ne songeais même pas à douter que cette paroisse n’eût eu son centre dans l’antique église dont j’avais vu démolir les fondations sur la montagne appelée encore de Saint-Andéol. (. . .)

D’un autre côté, les dimensions de l’église de la montagne nous sont connues ; et ce bâtiment, qui n’était qu’une petite chapelle ne pouvait guère contenir que 150 personnes au maximum (. . .).
D’un autre côté, les murailles de l’antique église avaient été bâties avec de superbes pierres de taille réunies par du ciment devenu plus dur que la pierre ellemême. (. . .)
On observe, sur le sol de l’antique chapelle de Saint-Andéol, le piédestal d’une croix, le signe du christianisme si répandue encore aujourd’hui comme au 13e et 14e siècles dans l’ancienne terre de peyre, où on trouve des croix mentionnées dans beaucoup de confront.
Or, le piédestal trouvé dans la montagne Saint-Andéol est encore le seul vestige de croix qu’il m’ait été donné d’apercevoir sur les nombreuses ruines répandues dans l’Aubrac. »

Ce texte ne permet pas de dire si les fondations dont il vit la destruction dans son enfance — il est né en 1829 — sont celles décrites par M. Ignon en 1820. Toujours estil qu’en 1872 il précise cette description dans un article plus important comprenant un plan (fig. 10) : l’édifice se situe trois cent à quatre cent mètres au nord-est du lac —et non au nord-ouest comme indiqué par Ignon —; c’est l’emplacement de la parcelle du buron de 1813.

1872 : « En effet, c’est à 3 ou 400 mètres du point par où s’écoule le trop plein du lac [renvoi en note à la carte] que se trouvent les fondations de ce bâtiment. Le mazuc actuel de la montagne de Saint-Andéol recouvre une partie de ses fondations.
Au moyen âge un cimetière chrétien entoura cette église. J’en ai ouvert quelques tombeaux, où j’ai trouvé des ossements humains qui tombaient en poussière (. . .) »

M. Ignon et le Docteur Prunières s’accordent sur l’existence d’un cimetière à côté de la chapelle paroissiale. Détail confirmé par un troisième témoin oculaire dans un document de 1874 conservé aux Archives départementales de la Lozère. Son auteur, M. J. A. Ajasse, instituteur à Marchastel (34), donne quelques éléments précis et un plan (fig. 11).

« À peu de distance du lac, à l’endroit même où est aujourd’hui le buron de la montagne, on voit l’emplacement d’une chapelle construite en l’honneur de Saint-Andéol ; il existe encore un piédestal que l’on dit être celui du bénitier. par côté est un coin de terrain que l’on prétend avoir été un cimetière, et où, tout récemment, M. le docteur prunières fit soulever une dalle qui se trouva recouvrir un tombeau dans lequel on trouva deux cadavres humains ».
32 Commune de Marchastel, plan cadastral établi en 1813, ADL, 3 P 1221.
33 Certifié le 30 septembre 1818, ADL, 3 P 563.
34 ADL, 2 Mi 52 2 (091).


Figure 12 : Le buron.
Palhers, Buron
Figure 12 : Le buron actuel, vu du sud.

L’enquête menée aux Archives départementales de la Lozère pour reconnaître l’emplacement du buron de la montagne vers la fin du XIXe siècle, au moment ou l’instituteur écrit, montre qu’il n’y a pas de rupture dans les matrices pour ce qui concerne le buron entre la période actuelle et les états de propriété de 1813-1818.
Pas de déplacement, pas de reconstruction, une propriété identique à travers le temps.

Tous ces éléments, depuis le relevé hospitalier de 1772 jusqu’au plan du Docteur Prunières réalisé 100 ans plus tard, nous conduisent donc à placer l’ancienne chapelle de Saint-Andéol mentionnée en 1648 à proximité du buron actuel de la montagne (fig. 12).
Cette hypothèse de localisation peut se trouver confortée par l’anecdote qu’un berger qui travaillait dans les années 1950 au buron de la montagne de Saint-Andéol nous a rapportée en tant que témoin. À la suite d’un pari, dont l’enjeu était une truffade, l’ouvrier le plus costaud du buron devait soulever, à lui tout seul, et remettre sur son support « le bénitier de l’église » qui se trouvait renversé devant la porte du buron depuis de nombreuses années. Le pari fut gagné mais la truffade maladroitement renversée avant dégustation ! Ce « bénitier » nous fut décrit comme une pierre creusée, d’environ 0,40 à 0,50 m de diamètre, d’après le geste du témoin. Cette pierre a disparu à une date indéterminée de devant le buron, elle est aujourd’hui incorporée dans la façade d’une maison non loin de là (Allain 2007).

Pour finir, mentionnons la pierre intrigante placée au sommet d’un affleurement rocheux, à une centaine de mètre au sud du buron actuel, le long du chemin qui y mène (fig. 13). Son aspect suggère nettement une base retournée. . . serait-ce le « piédestal » décrit par le Docteur Prunières ? (35)
Ainsi, l’emplacement de la chapelle dédiée à saint Andéol mentionnée au XVIIe siècle paraît avoir été retrouvé : des descriptions hospitalières jusqu’à celles de la fin du XIXe siècle, toutes la situent sous, ou à proximité, du buron visible de nos jours. En revanche, aucune continuité ne peut être établie entre la mention de Grégoire de Tours et celle du XVIIe siècle ; seul est corroboré l’éloignement de l’édifice des rives du lac. Les prospections systématiques autour du lac, si elles ont révélé d’autres burons en motte et quelques chemins, n’ont livré aucun élément en faveur d’un emplacement différent de l’ancienne église de Saint-Andéol.
Toutes les descriptions lui donnent des dimensions modestes et certaines pourraient mentionner la présence d’un cimetière paroissial. Sur place, autour du buron moderne, de nombreuses traces d’aménagements observées au sol (enclos fossilisés, draille, ancien buron en pierre et emmottés) attestent une occupation ancienne (antérieure au cadastre de 1813) (36), mais rien ne peut en être dit de plus sans une fouille.

J’ai fait un choix de textes dans cette étude, elle n’est donc pas complète. Vous aurez la totalité sur le site de Percée.
Le lac de Saint-Andéol en Aubrac (Lozère) : essai d’interprétation de l’ensemble cultuel.
Laurent Fau ; Claude Cantournet ; David Crescentini ; Christine Dieulafait ; Francis Dieulafait ; Lionel Izac-Imbert ; Gérard Pradalié ; Archéologie du Midi Médiéval. Percée


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