Jalons historiques à propos de léglise de Saint-Andéol (Gérard Pradalié). Les Hospitaliers (Claude Cantournet)
La possession hospitalière
Lorsque les Templiers et les Hospitaliers sinstallent sur le plateau de lAubrac au XIIIe siècle, ils se trouvent dans un environnement où le réseau seigneurial et paroissial est déjà constitué. Limplantation de ces ordres se limite donc à des enclaves comprises entre les possessions de lHôpital dAubrac, des seigneurs de Peyre et des Canilhac ; cest le cas à RecoulesdAubrac, Saint-Andéol et Marchastel. deinceps a loco illo prohibita est, nec ultra in hac solemnitate, quæ Dei erat, nocuit postquam beati confessoris ibidem sunt reliquiæ collocatæ.
Une nouvelle proposition de traduction de ce texte a été réalisée par Gérard Pradalié : « De saint Hilaire évêque de Poitiers. Sur le territoire des Gabales il existait une montagne appelée Hilaire où se trouvait un grand lac. À une époque donnée, une multitude de paysans, comme sils lui faisaient des offrandes, venaient y jeter des étoffes, des vêtements dhommes, quelques uns des toisons de laine, les plus nombreux des fourmes de fromage, des gâteaux de cire, des miches de pain et toutes sortes de choses quil serait trop long dénumérer, chacun selon ses moyens. Ils arrivaient sur leurs chariots, avec boissons et nourriture, égorgeaient des animaux et festoyaient pendant trois jours. Le quatrième jour, au moment de lever le camp, une énorme tempête les devançait avec tonnerre, éclairs et pluie diluvienne mêlée de pierres, au point que peu dentre eux pensaient pouvoir sen sortir. Bien des temps après, un prêtre venu de la ville où il avait revêtu lépiscopat, se rendit sur place et prêcha aux foules de sabstenir de ces pratiques, et déchapper ainsi aux flammes de la colère divine. Mais sa prédication se heurta à leur grossièreté paysanne. Alors, Dieu layant inspiré, le prêtre de Dieu construisit, loin de la rive de létang, une basilique en lhonneur du bienheureux Hilaire de Poitiers et y déposa des reliques, disant au peuple : « Ne péchez pas, mes chers fils, ne péchez pas devant Dieu ! Il ny a nulle religion dans létang. Adorez plutôt saint Hilaire le champion de Dieu dont les reliques sont ici déposées » . Alors les gens, touchés au coeur, se convertirent, et abandonnant le lac, tout ce quils avaient coutume dy jeter ils lapportèrent désormais dans la sainte basilique. La tempête en fut écartée, et plus jamais à loccasion de cette fête consacrée à Dieu, après que les reliques eussent été déposées, elle ne provoqua de dégâts. »
Léglise disparue de Saint-Andéol est la seule église de lAubrac dont on puisse faire remonter la fondation au très haut Moyen Âge, et plus précisément au VIe siècle. Daprès Grégoire de Tours, elle aurait été
Généralement ce sont de grands seigneurs issus danciens lignages, locaux ou non, qui sont à lorigine de la fondation des établissements du Temple et de lHôpital. Malheureusement, les archives du Temple ainsi que celles des Hospitaliers qui nous sont parvenues sont des plus lacunaires pour le début du XIIIe siècle. La seigneurie de Peyre, la plus vaste de lAubrac, comprend — entre autres paroisses — celle de Saint-Andéol, une des plus anciennes du plateau et lune des plus importantes en superficie. Les seigneurs de Peyre, donateurs bienfaiteurs de lHôpital dAubrac, pourraient aussi être à lorigine de la présence des Templiers à Saint-Andéol. LHôpital dAubrac possède également de nombreux droits et mas sur la paroisse de Saint-Andéol (Pradalié 2006, pages 57-60). Les relations entre ces deux établissements sont attestées, citons par exemple la transaction de 1228 passée entre le Dom dAubrac et le précepteur des Templiers. Les Templiers tentèrent à plusieurs reprises dannexer la domerie dAubrac, sans succès (Pradalié 2006, page 49). Limplantation des commanderies ne seffectue pas au hasard des donations mais, bien au contraire, selon un choix raisonné du donateur ou du bénéficiaire. Certains de ces établissements sont, par exemple, placés sur danciens itinéraires commerciaux ou chemins de pèlerinage. La date de la fondation de la maison de Saint-Andéol reste incertaine mais est indubitablement templière. La plus ancienne mention connue — fin du XIIIe siècle — concerne la nomination, par lévêque de Mende, de Bernard de Revel, précepteur de la maison du Temple dEspalion, diocèse de Rodez, à la cure de Saint-Andéol et à la chapelle de Marchastel (15). Après 1312, lorsque les biens de lOrdre du Temple sont transférés aux Hospitaliers, Palhers devient le cheflieu de la commanderie et Saint-Andéol dépend du membre de Marchastel. En 1325, un acte dhommage est rendu aux évêques de Mende par Aldebert de Peyre pour le château de Marchastel, paroisse de Saint-Andéol (16).
Léglise de Saint-Andéol est encore le siège de la paroisse au milieu du XVIe siècle : en 1559 une présentation a lieu pour desservir léglise paroissiale ou vicairie perpétuelle de Saint-Andéol de Marchastel et son annexe Saint-Pierre (17). Un changement semble sopérer entre la fin du XVIe et le milieu du XVIIe siècle quant au statut du membre de Saint-Andéol. Lors dune visite de la commanderie de Palhers en 1648, les visiteurs généraux procèdent à celle du membre de Marchastel et décrivent les biens de lHôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem : « ... Davantage ya un petit pré de la contenance de deux journaux dhomme à faucher proche une petite chapelle sous le titre Saint-Andéol assise au milieu de la montagne dudit Sieur Commandeur où il ny a aucun service dobligation ni charge, avis à la dévotion du peuple qui fait dire une messe le jour St Crespin par le curé de Marchastel, estant en très bon état fermant avec la porte sous clé, nayant aucun tableau ni ornement et est de trois cannes de long et une et demi de large. pour le revenu dudit Recoules, Marchastel et montagne de Saint-Andéol ledit sous fermier nous dit payer annuellement audit commandeur, la somme de 1300 livres » (18). Ce document montre que Saint-Andéol nest plus le siège de la paroisse mais seulement une dépendance de Marchastel. De plus, daprès une visite pastorale de 1631, léglise Saint-Pierre-aux-liens de Marchastel est édifiée « depuis deux ans (...) en autre lieu quelle nestoit au passé » . Le prieur en est le commandeur de Palhers (19). La cause de ce changement est incertaine mais lisolement de léglise de Saint-Andéol du reste des infrastructures semble déterminant. En 1780 il nest plus question de léglise de Saint-Andéol « (...) du membre de Recoules, il fera garnir en planches solidement clouées les poutres de lentrepôt du buron de St Andéol... » (20).
15. A. D. L., G 1915.
16. A. D. L., G 110.
17. A. D. L., G 1915.
18. A. D. L., H 402, f° 12v.
19. A. D. L., G 721.
20. A. D. L., H 402.
Les Hospitaliers (Claude Cantournet)
Le bornage hospitalier
Le fonds de Malte, conservé aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône à Marseille, possède un rapport darpentage du domaine de Saint-Andéol daté du 14 octobre 1740 dans lequel sont mentionnés des bornes qui matérialisaient les limites de la propriété : « ... de longueur et grandes pierres mizes la terre et paroissant audehors de la hauteur de cinq pans, sur toutes lesquelles est gravée une croix dudit ordre de Malte... ». Les vingt-trois bornes du domaine sont toutes orientées avec la croix vers lintérieur des terres. La montagne fait 123100 dextres, le dextre représentant quatre cannes carrés (21), mesure de Montpellier, sans comprendre le lac, au sujet duquel les judicateurs nont su rien décider. La montagne de Saint-Andéol confronte à louest et au nord les terres de lHôpital dAubrac qui lui aussi borne ses terres par des pierres gravées dune croix (22). Dans un document du 6 juin 1772, relatant une autre visite de larpentage du domaine, les visiteurs généraux constatent la présence et létat de toutes les bornes, bornes (numéros 19, 16 et 15). Ces traces de mortaises sont toujours évasées, variables de 14 à 18 cm, avec un fond de taille bien visible de 5 cm de profondeur, et sont espacées de 20 à 25 cm. Ces observations sont similaires sur les trois bornes observées. Autre fait identique, deux faces seulement sont travaillées afin dextraire le bloc du rocher (24). Les bornes sont de grande taille : 170 cm pour la borne n° 16 (25) — qui a pu être mesurée entièrement — entre 95 et 165 cm hors sol pour les autres (fig. 7a et 7b).
15 A. D. L., G 1915.
16 A. D. L., G 110.
17 A. D. L., G 1915.
18 A. D. L., H 402, f° 12v.
19 A. D. L., G 721.
20 A. D. L., H 402.
21 À titre indicatif, en Lozère en 1812, la toise vaut 1,94 m ; la canne = 1,99 m ; 1 dextre = 0,159 ares, un journal pour les près = 34,18 ares daprès Gattey F., Table des rapports des anciennes mesures agraires avec les nouvelles, Paris, 3e éd. 1812, p. 180.
22 A. D. B. R., 56H 2705.
23 A. D. B. R., 56H 2707.
24 Observations de Ch. Servelle, ingénieur détudes au Service Régional de lArchéologie de Midi-Pyrénées.
25 Le numéro des bornes est celui donné par les Hospitaliers dans leur document de 1772.
Le cadre dans lequel est gravée la croix est identique (19 x 19 cm) à lexception de la borne n° 15 qui possède un cadre plus grand (24 x 26 cm), il sagit de la borne remplacée lors de la visite de 1772 (cf. supra). Ces bornages, qui datent généralement du milieu du XVIIIe siècle, reprennent parfois une limitation de domaine plus ancienne, souvent marquée par un mur en pierres sèches, qui peut remonter jusquà la période templière. À Saint-Andéol, lappareillage du muret — posé contre les bornes — indique quil fut placé après le bornage, postérieurement à 1813 puisque les chemins cadastrés passent entre les bornes, sans aménagement de passage. (fig. 6). Ce type de bornage avec croix hospitalière gravée se retrouve sur la montagne du Faltre (Lozère) — voisine de celle de Saint-Andéol —, à la commanderie de Celles (Cantal, 1743) et de Saint-Constant (Cantal) (26) et à la commanderie de la Tronquière (Lot, 1745). La superficie est la même mais non comprise une partie du lac. Entre la vingtième et la vingt et unième borne une ligne est tirée de manière à ce que un tiers du lac soit compris dans le domaine : « ... laissant à gauche la Montagne et buron du Mas Combattut on trouve 62 toises jusquà létang de manière que la ligne ci dessus passant par dessus certains rochers qui sont au dessus de létang laisse le tiers a peu près dycelluy du coté de ladite montagne de Saint Andéol. » Lors de cette visite, il est dit que la première, septième et onzième bornes ont été remises en place et que la quinzième, qui na pas été retrouvée a dû être remplacée (23). Limplantation du domaine de lOrdre est sûrement liée à la présence du lac. Ce dernier servant certainement dabreuvoir pour les troupeaux présents sur la montagne, et de réserve de poissons au profit du personnel de lOrdre et des pèlerins. Sur le terrain, nous avons retrouvé 14 des 23 bornes mentionnées à la fin du XVIIIe siècle. Elles sont taillées dans un granite porphyroïde local, dit à dents de cheval, que lon trouve sur la montagne. Nous avons observé des traces de mortaises et déclatement à la masse sur trois susciter dans limaginaire collectif bon nombre dhistoires et de légendes.
Figure 6. Le bornage
Figure 6 : Le bornage de 1772 avec un détail montrant lenclos et le buron
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 56 H 2707)
Figure 7. Bornes
Figure 7a et 7b : Bornes matérialisant les limites du domaine hospitalier
Par ailleurs, les rares individus qui ont voulu percer le mystère et voir de trop près le village englouti ont attiré le mauvais sort : les bois du lac se voyant parfois de la rive, des personnes ont cru reconnaître des éléments de charpente dune maison. Plusieurs attelages de boeufs furent alors réquisitionnés pour les en extraire et la manoeuvre délicate aurait quasiment réussie si une force mystérieuse navait attiré inexorablement les boeufs vers le fond du lac ; heureusement un coup de couteau salvateur rompit les cordes qui reliaient les bêtes à la charpente (Durand de Gros, 1869-1870, 210-218, Prunières 1972c, p. 359).
Un autre élément important réside dans le culte du lac qui semble perdurer jusquà la fin du XIXe siècle. Les descriptions sont nombreuses, parfois contradictoires lorsque les mentions sont plus tardives, notamment par rapport à la date du culte ou à la nature des objets déposés dans le lac (27).
Selon ces témoignages, voici comment se déroulait ce culte qui avait lieu chaque deuxième dimanche du mois de juillet, jour de fête de la sainte Épine et fête votive de la commune de Marchastel. Un grand nombre de pèlerins — le nombre varie de plusieurs centaines à plusieurs milliers — venait en pèlerinage au lac de Saint-Andéol avec des attelages chargés de victuailles et doffrandes. Les dévotions pouvaient durer plusieurs jours et étaient loccasion de manger et boire abondamment.
Les pèlerins devaient faire le tour du lac en chantant des litanies de saints. Certains savançant dans leau y déposaient des offrandes — des monnaies, mais aussi des vêtements — pour être guéris (Andrieu, Petit, 1997). Les demandes de guérisons de maladies de peau ou liées à la vue semblent être les principales invocations au XIXe siècle.
Cest lors de lune de ces fêtes, en 1867, quune bagarre éclata entre les gendarmes de Nasbinals et la population ayant abondamment festoyé ; léchauffourée provoqua la mort dun gendarme et le culte fut interdit les années suivantes (Malafosse, 1901). Malgré cela, il est fait mention de quelques individus honorant encore le lac au tout début du XXe siècle (Andrieu, Petit, 1997). Cette riche documentation, sommairement évoquée ici en quelques lignes, mériterait bien entendu une véritable étude ethnographique qui reste à faire aujourdhui.
Les témoignages modernes
La localisation de léglise de Saint-Andéol (Christine Dieulafait, Francis Dieulafait).
La question de la localisation de léglise de Saint-Andéol a suscité pendant de nombreuses années un vif débat entre chercheurs. Nous avons voulu rouvrir le dossier afin de tenter de situer avec précision lancienne église disparue. Pour ce faire nous avons dabord cherché les mentions connues.
La cure de Saint-Andéol est attestée dans quelques actes du XIIIe au XVIe siècle (30) mais le plus ancien des documents modernes qui décrit lédifice cultuel sur la Montagne Saint-Andéol est une visite du membre de Marchastel dans la commanderie de Palhers en 1648, document déjà cité dans le paragraphe consacré aux Hospitaliers (31).
Ce texte mentionne les dimensions dune chapelle Saint-Andéol — environ 6 x 3 m — et sa localisation qui, bien quimprécise, écarte de fait des recherches hors de la Montagne. Rappelons que le terme « montagne » doit être compris ici, et dans tout cet article, avec le sens de « parcelle de pâturage ».
Bien sûr, rien ne dit que cette chapelle et celle mentionnée par Grégoire de Tours —assez éloignée de la rive —sont les mêmes. À titre dhypothèse, il est toutefois possible denvisager une permanence de lemplacement du site cultuel, de définir une « zone probable » de localisation et de tenter de situer cette chapelle du XVIIe siècle. Pour cela nous disposons de deux relevés darpentage et de bornage de la Montagne Saint-Andéol réalisés par les Hospitaliers.
Le dessin du 14 octobre 1740 et le relevé en date du 6 juin 1772 positionnent les bornes de la Montagne Saint-Andéol (fig. 6) : elles sont numérotées et les distances entre elles données. Lexamen de ce bornage, les bornes ont été retrouvées en quasi-totalité durant la prospection, a certifié lexactitude de ce document. Les relevés hospitaliers montrent, de plus, au centre de cette montagne, un enclos rectangulaire — orienté nord-sud —, avec une entrée au sud, et dans lequel sont figurés trois rectangles, certainement trois « bâtiments » puisque le plus méridional est nommé « buron ». Ces documents modernes de 1648, 1740 et 1772 mentionnent donc le même « centre de la Montagne » avec des bâtiments dont, en 1648, une chapelle.
Sur les documents fiscaux du XIXe siècle (1813-1818) la section C1 du plan cadastral (32) est divisée en deux montagnes : la Montagne de Saint-Andéol, à lest et au nord-est du lac, contenu entièrement dans le bornage hospitalier et ne dépassant pas la rive est du lac,
et la Montagne de Cap Combatut, à louest, au sud et au nord-ouest du lac. Létat de classement des propriétés (33) indique que la montagne de Saint-Andéol contient les parcelles n° 105 à 110, seule cette dernière est un buron, les autres sont de la pâture. Le seul buron représenté sur ce document se situe à environ 340 m au nord-est du lac.
À ce stade de létude, nous sommes assurés que la « Montagne de Saint-Andéol » des cadastres moderne et contemporain est identique à celle décrite en 1772, 1740 et 1648 comme le prouve le bornage retrouvé, et, par ailleurs, quil est très probable que lemplacement du buron représenté en 1813 doit être à peu de distance de celui des Hospitaliers mentionné au centre de la montagne 1772, seulement 40 ans plus tôt, et donc de la
chapelle en 1648.
En 1820, cinquante ans après le relevé des Hospitaliers, M. Ignon, décrit les vestiges de fondations dune « chapelle » (Ignon 1838, 164) : « Jai visité cette chapelle, en 1820, elle est à un quart dheure de chemin nord-Ouest du lac. Les restes des ruines de ses fondements ont 24 pas de long sur 7 à 8 de large ; jy trouvai une pierre de granit creusée au milieu, quon dit avoir été un bénitier, et au-dessous de cette enceinte, il existe un champ qui avait servi de cimetière. »
Lédifice visité par M. Ignon est, daprès ses indications, situé à quelques centaines de mètres au N-O du lac. Notons quen suivant cette orientation nous sommes hors de la Montagne de Saint-Andéol. Peut-être le texte doit-il être corrigé pour lire nord-est car ainsi son témoignage saccorderait avec celui du Docteur Prunières, ci-dessous, de loin le plus précis.
Les témoignages contemporains
Dans les années 1867-1874, cinquante ans après M. Ignon, le Docteur Prunières décrit dans de nombreuses publications un édifice quil a vu et fouillé. Citons ici les passages les plus remarquables.
1867 : « Grégoire de Tours, (. . .) nous rend compte de la fondation de léglise du lac dont jai vu les fondations dans mon enfance, comme M. Ignon et divers auteurs ».
« La découverte par des titres nombreux et authentiques dune paroisse Saint-Andéol, embrassant presque toute létendue des montagnes, me parût
destinée à avoir une importance considérable pour les recherches auxquelles je me livrais. Au premier moment, je ne songeais même pas à douter que cette paroisse neût eu son centre dans lantique église dont javais vu démolir les fondations sur la montagne appelée encore de Saint-Andéol. (. . .)
Dun autre côté, les dimensions de léglise de la montagne nous sont connues ; et ce bâtiment, qui nétait quune petite chapelle ne pouvait guère contenir que 150 personnes au maximum (. . .).
Dun autre côté, les murailles de lantique église avaient été bâties avec de superbes pierres de taille réunies par du ciment devenu plus dur que la pierre ellemême. (. . .)
On observe, sur le sol de lantique chapelle de Saint-Andéol, le piédestal dune croix, le signe du christianisme si répandue encore aujourdhui comme au 13e et 14e siècles dans lancienne terre de peyre, où on trouve des croix mentionnées dans beaucoup de confront.
Or, le piédestal trouvé dans la montagne Saint-Andéol est encore le seul vestige de croix quil mait été donné dapercevoir sur les nombreuses ruines répandues dans lAubrac. »
Ce texte ne permet pas de dire si les fondations dont il vit la destruction dans son enfance — il est né en 1829 — sont celles décrites par M. Ignon en 1820. Toujours estil quen 1872 il précise cette description dans un article plus important comprenant un plan (fig. 10) : lédifice se situe trois cent à quatre cent mètres au nord-est du lac —et non au nord-ouest comme indiqué par Ignon —; cest lemplacement de la parcelle du buron de 1813.
1872 : « En effet, cest à 3 ou 400 mètres du point par où sécoule le trop plein du lac [renvoi en note à la carte] que se trouvent les fondations de ce bâtiment. Le mazuc actuel de la montagne de Saint-Andéol recouvre une partie de ses fondations.
Au moyen âge un cimetière chrétien entoura cette église. Jen ai ouvert quelques tombeaux, où jai trouvé des ossements humains qui tombaient en poussière (. . .) »
M. Ignon et le Docteur Prunières saccordent sur lexistence dun cimetière à côté de la chapelle paroissiale. Détail confirmé par un troisième témoin oculaire dans un document de 1874 conservé aux Archives départementales de la Lozère. Son auteur, M. J. A. Ajasse, instituteur à Marchastel (34), donne quelques éléments précis et un plan (fig. 11).
« À peu de distance du lac, à lendroit même où est aujourdhui le buron de la montagne, on voit lemplacement dune chapelle construite en lhonneur de Saint-Andéol ; il existe encore un piédestal que lon dit être celui du bénitier. par côté est un coin de terrain que lon prétend avoir été un cimetière, et où, tout récemment, M. le docteur prunières fit soulever une dalle qui se trouva recouvrir un tombeau dans lequel on trouva deux cadavres humains ».
32 Commune de Marchastel, plan cadastral établi en 1813, ADL, 3 P 1221.
33 Certifié le 30 septembre 1818, ADL, 3 P 563.
34 ADL, 2 Mi 52 2 (091).
Figure 12 : Le buron.
Figure 12 : Le buron actuel, vu du sud.
Pas de déplacement, pas de reconstruction, une propriété identique à travers le temps.
Tous ces éléments, depuis le relevé hospitalier de 1772 jusquau plan du Docteur Prunières réalisé 100 ans plus tard, nous conduisent donc à placer lancienne chapelle de Saint-Andéol mentionnée en 1648 à proximité du buron actuel de la montagne (fig. 12).
Cette hypothèse de localisation peut se trouver confortée par lanecdote quun berger qui travaillait dans les années 1950 au buron de la montagne de Saint-Andéol nous a rapportée en tant que témoin. À la suite dun pari, dont lenjeu était une truffade, louvrier le plus costaud du buron devait soulever, à lui tout seul, et remettre sur son support « le bénitier de léglise » qui se trouvait renversé devant la porte du buron depuis de nombreuses années. Le pari fut gagné mais la truffade maladroitement renversée avant dégustation ! Ce « bénitier » nous fut décrit comme une pierre creusée, denviron 0,40 à 0,50 m de diamètre, daprès le geste du témoin. Cette pierre a disparu à une date indéterminée de devant le buron, elle est aujourdhui incorporée dans la façade dune maison non loin de là (Allain 2007).
Pour finir, mentionnons la pierre intrigante placée au sommet dun affleurement rocheux, à une centaine de mètre au sud du buron actuel, le long du chemin qui y mène (fig. 13). Son aspect suggère nettement une base retournée. . . serait-ce le « piédestal » décrit par le Docteur Prunières ? (35)
Ainsi, lemplacement de la chapelle dédiée à saint Andéol mentionnée au XVIIe siècle paraît avoir été retrouvé : des descriptions hospitalières jusquà celles de la fin du XIXe siècle, toutes la situent sous, ou à proximité, du buron visible de nos jours. En revanche, aucune continuité ne peut être établie entre la mention de Grégoire de Tours et celle du XVIIe siècle ; seul est corroboré léloignement de lédifice des rives du lac. Les prospections systématiques autour du lac, si elles ont révélé dautres burons en motte et quelques chemins, nont livré aucun élément en faveur dun emplacement différent de lancienne église de Saint-Andéol.
Toutes les descriptions lui donnent des dimensions modestes et certaines pourraient mentionner la présence dun cimetière paroissial. Sur place, autour du buron moderne, de nombreuses traces daménagements observées au sol (enclos fossilisés, draille, ancien buron en pierre et emmottés) attestent une occupation ancienne (antérieure au cadastre de 1813) (36), mais rien ne peut en être dit de plus sans une fouille.
Jai fait un choix de textes dans cette étude, elle nest donc pas complète. Vous aurez la totalité sur le site de Percée.
Le lac de Saint-Andéol en Aubrac (Lozère) : essai dinterprétation de lensemble cultuel.
Laurent Fau ; Claude Cantournet ; David Crescentini ; Christine Dieulafait ; Francis Dieulafait ; Lionel Izac-Imbert ; Gérard Pradalié ; Archéologie du Midi Médiéval. Percée
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