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Commanderie de l’Ormeteau
Département: Indre, Arrondissement: Issoudun, Commune: Reuilly - 36

Commanderie de l’Ormeteau
Commanderie de l’Ormeteau

Huit commanderies hospitalières possédaient des terres en Berry sous l’Ancien Régime, toutes dépendantes du grand-prieuré d’Auvergne (1).
Les fondations templières des Bordes (2), de L’Ormeteau (3) et du Fresne (4) furent reprises telles quelles par les Hospitaliers.

Déjà installés au XIIe siècle à Lureuil (5) et à Villefranche (6), les chevaliers de Saint-Jean se contentèrent d’incorporer à la commanderie de Villefranche les préceptories voisines de Valençay, Bourgneuf (7) et Vierzon.

Vierzon

Domus Hospitalis Vierzon
Domus Hospitalis Vierzon

La commanderie de Châteauneuf-sur-Cher dépendait de La Racherie en Bourbonnais (8), Lavaufranche « en Berry » (9) était du diocèse de Limoges, Farges était couplée avec Le Viviers (10).

Commanderie de Lureuil
Département: Indre, Arrondissement: Le Blanc - 36

Lureuil
Domus Hospitalis Lureuil

Commanderie de Villefranche
Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Romorantin-Lanthenay, Commune: Villefranche-sur-Cher - 41

Commanderie de Villefranche
Domus Hospitalis Villefranche

Commanderie de Valençay
Département: Indre, Arrondissement: Châteauroux, Commune: Valençay - 36

Commanderie de Valençay
Domus Hospitalis Valençay

Aucun de ces établissements n’a fait l’objet d’une étude approfondie depuis les travaux du comte de Toulgo-et-Treanna au début de ce siècle (11). Ce dernier se préoccupait peu de la façon dont les Ordres militaires avaient géré leurs biens.

Bourgneuf

Domus Hospitalis Bourgneuf
Domus Hospitalis Bourgneuf

Guy Devailly a montré que les Hospitaliers de Villefranche et les Templiers de Bourgneuf ont contribué, au XIIe siècle, à la mise en valeur des vallées du Nahon et du Cher en drainant les marécages, en creusant des étangs et en attirant des hôtes pour gagner des terres sur la forêt (12).
Ce mouvement se continuait encore au début du XIIIe siècle (13). Ces données demeurent très éparses, et pour bien des commanderies nous ne possédons plus de documents médiévaux.

Château de l’Ormeteau

Château de l’Ormeteau
Château de l’Ormeteau

Pour tenter de voir comment les Hospitaliers berrichons ont traversé le dernier siècle du Moyen Age, la commanderie de L’Ormeteau m’a semblé présenter quelques avantages.
Le plus fondamental est celui des sources : je disposais d’un corpus de près de 190 actes entre 1300 et 1525 et d’un compte incomplet de 1451 déposés aux Archives de l’Indre (14) et de quelques pièces dans le fonds des Archives du Rhône (15).
Par ailleurs, la situation même de la tête de la commanderie, au cœur de la Champagne berrichonne, à proximité des possessions de la Sainte-Chapelle de Bourges (la « baronnie » de Graçay) et de la prévôté « d’Outre-Cher » du chapitre cathédral pouvait permettre d’utiles comparaisons entre les différentes gestions ecclésiastiques.

Les biens de la commanderie étaient grossièrement composés de deux blocs. Les Templiers s’étaient installés avant 1157 au village de L’Ormeteau où l’on trouvait la résidence fortifiée des chevaliers, des corps de bâtiment d’exploitation agricole, une église, un four et les maisons des « hommes » de la commanderie.

Au XIVe siècle, cinq domaines ou « métairies » en dépendaient : Beauvoir, Chambon, Pied de Bois, Villepruère à l’ouest de l’Arnon, La Motte et ses dépendances dans une clairière des bois entre Cher et Arnon (commune de Saint-Georges-sur-Arnon).
A cela, s’ajoutaient des « chezaux » épars à Preuilly, Sainte-Lizaigne, Paudy..., de nombreuses vignes aux meilleurs clos d’Issoudun, deux moulins et diverses dîmes et rentes.

Un second bloc regroupait les biens du « membre de Châteauroux » doté de maisons dans la ville, de vignes alentour et surtout de bois. Tête et membre avaient des gestions séparées ; c’est pourquoi, étant donné le calibrage imposé à cette communication, je m’en suis tenue à l’évolution de la seule partie éponyme de la commanderie.

Guidée mais aussi bridée par les textes dont je dispose, il m’a semblé pertinent de m’appuyer comme point d’observation sur le compte de 1451. Le simple pointage chronologique permet tout d’abord de voir que la guerre et les troubles ont quasiment fait table rase des archives anciennes de la commanderie.
Déjà l’enquête de 1373, malgré son caractère succinct en Berry, avait signalé le mauvais état (injuriæ) de L’Ormeteau (16).
On sait qu’en 1429 les bâtiments furent occupés par les Anglais (17).
En 1478, le commandeur rappelait que ses fourches patibulaires avaient été abattues par les ennemis quarante ans plus tôt (18).
C’est pourquoi, sans doute, nous n’avons qu’une trentaine d’actes pour la période 1300-1430. Le calme revenu, les documents furent mieux conservés ; il en subsiste plus de 170 pour le siècle suivant (1430-1530).

Le compte de 1451 montre que, si elle eut jamais cours ici, l’exploitation directe de la commanderie était abandonnée alors même que le commandeur résidait régulièrement.
La terre était donnée à ferme pour 100 sols, tournois, 4 muids de froment, 13 setiers de marsèche et 10 d’avoine (19).
Le village lui-même était habité par 14 individus ou familles payant une redevance en froment pour leur maison et courtil, plus 3 sols tournois chacun comme « hommes » des religieux.

Aucun des noms ne se retrouve dans les divers baux que nous avons par ailleurs, aucune vente ou succession ne nous permet de savoir quel type de contrat régissait les rapports entre ces hommes et les Hospitaliers, non plus que les lots de terre sur lesquels étaient prélevés les terrages ; les redevances oscillaient entre 3 et 23 boisseaux de froment.

Outre la « grande ferme » confiée à Odenet Oreilhon, un « métaier », Naudin Guillon, versait 6 setiers de froment, 3 de marsèche et 4 d’avoine pour un domaine qui ne nous est pas précisé. Il en est de même pour Jacques Lebon et son fils Pierre, sans doute preneurs d’une des grandes métairies et dont les versements se montaient à 2 muids de froment, 14 setiers de marsèche et 10 setiers d’avoine (20), redevance proche de celle demandée aux frères Langeron pour la métairie de Pied de Bois en 1471, soit 48 setiers de blés (21).

La métairie de La Motte était tenue par Jean Mestrot contre 2 setiers et demi de froment, 8 setiers de marsèche et 8 boisseaux de seigle (22).

Le moulin du Gué
Département: Cher, Arrondissement: Vierzon, Commune: Lazenay - 18

Le moulin du Gué
Domus Hospitalis Le moulin du Gué

Le moulin du Gué, à Lazenay, était affermé pour 9 muids de froment et 6 muids de mouture (23).

Les autres recettes en blés venaient des dîmes de L’Ormeteau, de Diou, de Meunet-Vatan.
Les deniers provenaient des banalités affermées de L’Ormeteau (four et prévôté 8 livres 13 sols tournois et 3 livres tournois) (24), d’une dizaine de prés, en particulier d’une vaste zone amphibie de bois, oseraies, étangs et pacages, la « Vieuvre », dépendant de La Motte et louée pour 12 livres tournois (25).
Il y a deux La Motte, un près de Gy à Massay (carte de Cassini) et l'autre près de Preuilly (Cher)

A cela s’ajoutaient diverses rentes sur des prés, les moulins de Graçay... Enfin venaient les « hommes » : des serfs de Vatan, Preuilly, Graçay, Diou, Lazenay, Reuilly et L’Ormeteau, en tout 49 hommes à 3 sols tournois et 3 « demi-hommes » (26).

Le receveur de L’Ormeteau gérait également en 1451, mais dans un paragraphe à part, les recettes d’Issoudun.
Ces dernières étaient dominées par le vin : malgré une lacune du document (2 feuilles coupés), on constate que les 28 vignes ou terres viticoles et les dîmes du vin rapportent deux fois plus que les cens dus pour les 23 maisons de la ville (27).

Finalement, selon ce document, ne subsistaient plus en gestion directe que quelques prés (non situés) que l’on fait faucher (28) et deux vignes : la Menue et la Pitaude, dont les façons et la vendange étaient faites par des salariés. Ces vignes étaient de dimension modeste : 4 vendangeurs, un porteur pendant trois jours, pour une récolte de moins de trois tonneaux. Il s’agit bien ici d’une exploitation résiduelle, à une époque où le chapitre cathédral avait déjà donné à bail toutes ses vignes d’outre-Cher (29).

Les Hospitaliers n’ont pas seulement relâché le contact direct avec les paysans berrichons, ils ont également abandonné la cure des âmes.
Au chapitre des dépenses, entre le ferrage des chevaux et deux paires de chausses (sic), figure le service de la chapelle de L’Ormeteau : six mois assurés par les Cordeliers d’Issoudun et six mois par les moines de Massay (30).

Chambon
Département: Indre, Arrondissement: Issoudun, Commune: Sainte-Lizaigne - 36

Domus Hospitalis Chambon
Domus Hospitalis Chambon

A la même époque, le commandeur faisait obligation au preneur de la métairie de Chambon de faire assurer une messe hebdomadaire dans la chapelle du domaine (31).

En conclusion, les revenus de la commanderie tels qu’ils se présentent dans ce compte s’élèvent à 150 livres tournois en deniers, et à l’équivalent de 210 livres tournois en blés (calculé sur les prix de vente donnés dans le document).

A partir de 1451, on voit les efforts des administrateurs porter sur trois points : l’affirmation des droits sur les individus (la chasse aux serfs), la surveillance étroite des terres données à 29 ans, la généralisation, à côté des céréales de l’élevage du mouton dans les métairies.

Le mérite d’une surveillance plus efficace semble revenir au commandeur Jean de Marcenac (vers 1446 - vers 1469). Cependant, il n’avait pas réellement trouvé tout à l’abandon : son prédécesseur, Jean de Bigny (vers 1423-1446), malgré les désastres, avait tenu à faire renouveler les droits de dîme et de rente en 1427 et 1429 et avait passé une série de baux après 1439.
Jean de Marcenac est le dernier, pour notre période, à avoir résidé de façon plus ou moins continue à L’Ormeteau.
En 1457, il avait obtenu de Charles VII l’autorisation de faire relever les fortifications (32).
La commanderie disposait d’un four à chaux, non loin de La Motte, et de deux tuileries : on les utilisa pour les travaux (33).
On édifia — ou réédifia — une maison forte à quatre tourelles d’angle « ayant d’une à l’autre 54 pieds de long » précédée d’une cour où se trouvait l’église, le tout clos d’un mur et entouré d’un fossé de 22 pieds de large (34).

Marcenac avait également recruté une partie de sa domesticité au sein de son domaine : Jean et Pierre de la Grange, devenus tous deux tisserands par la suite, avaient été le premier page, pendant cinq ans, le second « page et fauconnier de feu Monseigneur de Marcenac, avec lequel il a demouré l’espace de dix-huit ans, jusqu’à son trépas » (35).

Lors d’un procès de 1494 — à propos de la « Vieuvre » dont il a été question plus haut — où ces familiers témoignèrent, il transparaît clairement que le commandeur parcourait ses domaines, faisait exploiter ses bois, ses pacages, ses étangs, avec courtoisie et fermeté, allant jusqu’à tenir tête, non sans une politesse tant soit peu narquoise, au procureur du roi à Mehun, venu pêcher l’étang de La Motte (36).

A partir de cette impulsion nouvelle, toute la fin du siècle est marquée par une série de baux. Il s’agit de chésaux, avec une chénevière (37) ou vacants (38), mais surtout de vignes. Les vignes étaient des revenus assurés pour les Hospitaliers, de petite taille (2 arpents au plus), elles étaient concentrées autour d’Issoudun aux terroirs renommés de Vaubasin, Mortauges, Piedrouau (39), ce qui les rendait assez faciles à surveiller.
Tous les baux étaient de 29 ans, reconductibles dans la plupart des cas, avec une clause de relèvement du cens d’un sou à chaque renouvellement. Cette clause n’était pas que de style, on peut vérifier qu’elle s’est appliquée.
Pierre Rasle avait pris, en 1446, 2 arpents à Mortauges (nord-ouest d’Issoudun) à planter en vigne pour 29 ans et 5 sols tournois ; moyennant une augmentation de 12 deniers tournois, il pourrait les reprendre pour un nouveau bail. Son fils, Pierre Rasle le Jeune, eut un nouvel acensement en 1478 pour 6 sols tournois (40).

Il y a d’autres cas où il est précisé que la vigne pouvait être vendue en cours de bail, mais seulement à un « homme de L’Ormeteau » (41). Il est arrivé que le successeur du premier preneur se retrouvât en justice pour avoir exploité ses quartiers sans titres : mésaventure arrivée aux quatre frères des Prés en 1495 (42).
Il est très clairement affirmé que les vignes ne devaient jamais être baillées sans limite de temps : en 1422, Jean Couldreau avait pris ce qui venait de feu Morisset, sans précision de durée ; en 1443, il plantait une vigne sur une des chaumes et repassait bail pour elle avec Jean de Bigny, sans durée fixée. En 1452, Jean de Marcenac cassa le contrat : son prédécesseur ne pouvait, au mieux, que lui faire un bail de 29 ans (43).
Cette rigueur instaurée par Marcenac se retrouve tout au long de notre période, et les baux de vigne représentent plus de la moitié des actes conservés.

Ce regard acéré sur les parcelles viticoles se portait aussi sur les hommes. Nous sommes dans la zone berrichonne où la condition servile perdura et même s’aggrava au cours du XVe siècle.
Les serfs ne servaient plus à cultiver les terres, ou à charroier les bois ;... il n’y a plus guère de trace de corvées mais les tailles permettaient des rentrées prévisibles et régulières. Elles recouvraient vraisemblablement le rachat du formariage, moins évidemment celui de la mortaille (44) ; le taux, de 3 sols tournois, est assez élevé mais au moins il n’est plus à la volonté du seigneur, comme cela était encore le cas pour les serfs de Lury dépendant du chapitre de Saint-Etienne.

Faute de pouvoir garder ses hommes sous sa coupe — et encore les métayers de Chambon sont-ils serfs et sont-ils les seuls à jouir d’un bail de 29 ans renouvelable (1492) —, le seigneur devait veiller à ne pas laisser tomber les perceptions en désuétude, surtout si le serf ne résidait pas sur ses terres. Ce souci est celui de tous les seigneurs du Bas Berry, en particulier des ecclésiastiques, qui insistèrent pour réaffirmer leur droit de suite les uns chez les autres, dans la mesure du possible, et surtout sur les terres royales.
Des accords entre seigneurs aboutirent au resserrement du filet fiscal autour des non-libres. On pratiqua de façon courante les « partages d’enfants », huit cas sont conservés dans le fonds de L’Ormeteau.

Les partenaires de la commanderie étaient Saint-Denis-en-France (45), seigneur de Reuilly, Saint-Laurian de Vatan (46), et principalement la Sainte-Chapelle de Bourges, seigneur de Graçay. Cette dernière inaugurant, comme le chapitre cathédral, une recherche systématique de ses serfs (47).
Le terme enfant ne doit pas faire illusion ; il s’agit en fait le plus souvent d’adultes que l’on allait chercher dans la quiétude de leur ménage, voire dans le repos de la tombe.

En 1495, Notre-Dame de Graçay et L’Ormeteau partagèrent les enfants de feu Jean Metivier et de sa femme : il y avait trois garçons, dont un prêtre,... messire Denis Metivier, cinq filles toutes mariées et les enfants de la sixième, morte elle aussi (48).

Dernier aspect de la mise en valeur, moderne pour l’époque, des possibilités rurales de la commanderie, l’élevage ovin.
Le compte de 1451 n’en faisait pratiquement pas mention, si ce n’est pour la vente d’un demi cent de laine (49).

Mais en 1457, le commandeur se fit confirmer son exemption de dîme de bétail pour sa maison de Chambon (50). Le bail de cette métairie ne prévoyait pas, en 1461, autre chose que du blé, un pourceau et 12 fromages (51).

Villepruère
Département: Indre, Arrondissement: Issoudun, Commune: Ménétréols-sous-Vatan - 36

Domus Hospitalis Villepruère
Domus Hospitalis Villepruère

Celui de Villepruère ne parlait, en 1452, que de froment et de 16 fromages (52).
Mais quand, en 1470, le commandeur Antoine Cotet (vers 1496 - vers 1483) revit avec Guillaume Chastellain le bail de Chambon, outre les blés (8 muids) et les 12 fromages, il fut précisé que le métayer ne devait pas tenir d’autres bêtes que celles qui seraient communes entre le commandeur et lui.
Le preneur allongerait en outre la bergerie d’une travée ou deux et bâtirait une fromagerie (53). L’élevage fonctionna à merveille, semble-t-il, puisqu’en 1492, le fils de Guillaume payait 9 muids de blés... 24 fromages, donnait la moitié des bêtes — tenues du seul commandeur — et devait ajouter une bergerie de 15 toises sur 7, couverte de chaume (54).

Cette « folie du mouton » fut générale en Champagne berrichonne. Les terres étaient dures à travailler, assez pauvres et sèches ; il fallait beaucoup de bêtes de trait et de main-d’œuvre, et il eût fallu beaucoup d’engrais ou de longues périodes de repos.
Dans le temps où le travail de la laine pratiqué dans les villes du Berry fournissait un débouché, l’élevage ovin permettait de rentabiliser la jachère, surtout si l’on pouvait disposer des vastes superficies des terres arables de l’ancienne « réserve » seigneuriale. Ainsi on pouvait maintenir, et même accroître la production céréalière tout en y ajoutant le revenu des bêtes. Le calcul se révéla exact.

Pied de Bois
Département: Indre, Arrondissement: Issoudun, Commune: Sainte-Lizaigne - 36

Pied de Bois
Domus Hospitalis Pied de Bois

La métairie de Pied de Bois, dans laquelle les quatre frères Légeron installèrent, en 1472, 100 brebis et le commandeur 160, devait alors 4 muids de blé, 30 sols tournois, un pourceau et 18 fromages, le croît de bête devait être partagé une première fois au bout de cinq ans, puis à la fin du bail de neuf ans (55).
Pasquet Martinet, métayer du lieu en 1522, devait désormais verser 5 muids, 4 setiers de blé et nourrir « cultiver les brebis estant a present en ladite metairie... a moitie... aussi seront tenues les vaches et gros bestail a moitie » (56).

Domus Hospitalis Beauvoir
Département: Indre, Arrondissement: Issoudun, Commune: Ménétréols-sous-Vatan - 36

Domus Hospitalis Beauvoir
Domus Hospitalis Beauvoir

A Beauvoir, Bertommier Charmignon renouvela son bail de 29 ans en 1489 ; la seule nouveauté consista en l’apport par le preneur de 120 chefs de brebis mères et de 20 agneaux. Il s’engageait aussi à construire dans les trois ans une bergerie de 10 toises sur 4 avec les matériaux fournis par le commandeur (57).

L’accroissement des revenus en blés coïncidant avec le développement de l’élevage se retrouva dans un premier temps à L’Ormeteau même.
Le compte de 1451 présente un versement d’un peu moins de 5 muids en blé et 100 sols tournois ; Antoine Cotet s’entendit en 1483 avec les trois frères Sauget, laboureurs du lieu, pour un contrat de 9 ans, moyennant 10 muids de blé (y compris les terrages dus par les résidents, soit environ un muid), on constate presque un doublement des revenus en grain en trente ans. Il s’y ajoutait le demi-croît de 277 chefs de « brebis » (mères et agneaux), le demi-croît des aumailles : 3 taurins de deux ans, 3 grandes vaches, 2 taures de deux ans et une d’un an ; le commandeur fournissait les 12 bœufs arables indispensables aux labours (58).

A la fin du XVe siècle, les commandeurs se montrèrent de moins en moins intéressés par ces importants versements en grains qu’il fallait revendre : leur non-résidence en rendait l’usage réel caduc, et en cas de besoin, les métairies en fourniraient. Guigne Bourrel (vers 1500 - 1507) ne demanda donc plus de blé mais de l’argent : un bail de 3 ans, pour 1 000 livres tournois et de quoi vivre quinze jours par an au siège de L’Ormeteau (59).

De l’argent certes, mais aussi des bêtes ; si de 1 000 livres tournois en 1505, on passa à 1 500 en 1515 et à 3 000 en 1519 (60), on insista également sur les croîts de bêtes. Il est bien spécifié que le fermier devra donner les agneaux femelles et ne garder que les mâles dans son lot (61). Les conditions financières ne pouvaient plus désormais être assumées par des laboureurs locaux.

A partir du moment où de grosses sommes furent en jeu, l’extraction sociale des preneurs changea : dès 1505, la commanderie était affermée à Etienne Jaupitre, marchand de Bourges, qui la tint au moins jusqu’en 1519 (62). Cette année-là, il la prit donc pour 1 000 livres d’or (égalant trois mille livres tournois) aidé par son beau-père, Pierre Godard ; l’échevin de Bourges qu’il était cette année-là devait avoir du répondant (63).

Ainsi, dans l’évolution des domaines de L’Ormeteau, il me semble que l’on peut lire une politique souple et pragmatique. Il s’agit de rentabiliser au maximum.
Au cours de la décennie 1465-1475, on généralisa l’élevage en parallèle avec les récoltes. Ainsi firent les chanoines de Saint-Etienne dans leur métairie voisine de Giroux (64) et ceux de la Sainte-Chapelle dans celle de Villaines (65).
Les domaines de taille moyenne et les grandes surfaces distraites des réserves (66) furent données à bail à des laboureurs locaux, par des contrats de 9 ans, renouvelables, ou de 29 ans. Cette longue durée était assez attractive pour entraîner une amélioration des revenus céréaliers. Sur ces terres, on continua à percevoir des redevances en nature parce que les preneurs ne disposaient pas de liquidités.
En revanche, le cœur de la commanderie était un gros morceau, il fallut adopter un autre système et passer marché avec la bourgeoisie marchande berruyère : elle seule disposait de fortes sommes. On en profita pour se décharger sur ces preneurs du souci de relever les terrages, les loyers, les tailles, de payer les officiers et même de chercher des desservants pour l’église... A côté de cela, les petits arpents de vigne firent toujours l’objet d’une surveillance diligente des baux.

Les Hospitaliers de L’Ormeteau se montrèrent, pour leur époque, d’adroits gestionnaires : qualité des individus ou imitation réussie des idées qui avaient alors cours en Berry ? Les deux à la fois sans doute. Etait-il alors besoin d’être Hospitalier pour bien prendre le vent ? Pourquoi, d’un autre côté, nier à des religieux le droit de vouloir « faire de l’argent », pour leur Religion, pour leur combat contre les Turcs, voire pour mener une vie digne de leur origine et de l’histoire de leur Ordre.

En fin de compte, on peut se demander s’il est judicieux de poser, pour la fin du Moyen Age, la question d’une particularité de l’économie des Hospitaliers.

Notes
1. Léopold Niepce, Le grand prieuré d’Auvergne, Lyon, 1883, p. 212-219. L’auteur manque totalement de précision dans la détermination des limites entre prieurés de France et d’Auvergne.
2. Paroisse de Jussy-le-Chaudrier, canton de Sancergue, Cher.
3. Commune et canton de Reuilly, Indre.
4. Commune de Blanquafort, canton de Vailly, Cher.
5. Commune et canton de Tournon-Saint-Martin, Indre.
6. Commune, canton de Romorantin-Lanthenay, Loir-et-Cher.
7. Commune de Viq-sur-Nahon, canton de Valençay, Indre.
8. Commune de Contigny, Allier ; Châteauneuf-sur-Cher : comm. et canton de Châteauneuf, Cher.
9. Commune, canton de Boussac, Creuse.
10. Farges, commune, canton de Baugy, Cher ; Viviers, comm. de Tercillat, canton de Châtelus-Malaveix, Creuse.
11. Comte de Toulgoët-Treanna, « Les commanderies de Malte en Berry », dans Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, t. XXXI (1907-1908) et tome XXXIV (1911). L’Ormeteau a fait l’objet d’une présentation, essentiellement chronologique, par le docteur V.A. Fauconneau-Dufresne (« La commanderie de L’Ormeteau », dans Le Bas Berry, 1875, p. 257-266).
12. G. Devailly, Le Berry du Xe au XIIIe siècle, Paris, 1973, p. 295-297.
13. H p. 554 : en 1229, les Hospitaliers de Villefranche acquièrent des droits sur des terres que des paysans ad agriculturam redigeant.
14. Il s’agit du fonds du grand-prieuré d’Auvergne à Lyon renvoyé aux Archives de l’Indre en 1811.
15. G. Guigne et C. Faure, Inventaire sommaire des Archives du Rhône antérieures à 1790, série H, t. II, p. 3.
16. Archives Vatican, Inst. Misc., 2801 ; l’enquête sur le Berry que j’ai pu consulter grâce au microfilm communiqué par l’Institut de recherche et d’histoire des textes est particulièrement décevante.
17. Toulgoët-Treanna, op. cit., t. XXXIV.
18. A.D. Rhône, 48 H 2420.
19. A.D. Indre, H 652, « terrier », folio 1. Sauf indication contraire, les cotes sont celles des Archives de l’Indre ; les documents ne sont pas numérotés dans les liasses.
20. folio 1, 5 v°, 7.
21. H 658 ; Pied-de-Bois, hameau, comm. de Diou, canton de Reuilly, Indre.
22. H 652, folio 5 et folio 9.
23. H 652, folio 3 v° ; le bail du moulin du 27 septembre 1450 prévoyait 7 muids de blés (par tiers : froment, méteil, moduranche), le compte de 1451 ne mentionne que le froment.
24. folio 8 v°.
25. folio 10 v°.
26. folio 17 à 24 v°.
27. folio 15 à 20 v°.
28. folio 21.
29. La dernière mention des façons payées par le receveur du chapitre cathédral se trouve dans le compte de Jean Gilmon (A.D. Cher, 8 G 875, folio 73). Les comtes de Sancerre, pour leur part, continuèrent tout au long du xve siècle à faire travailler quelques arpents (A.D. Cher, 6 F 116, folio 36, pour l’année 1451).
30. H 652, folio 26 v°.
31. H 655, 1461 (n.st.) : « les dits preneurs seront tenuz... faire celebrer une messe toutes les sepmaines en la chapelle de Chambon à leurs despens ».
32. A.D. Rhône, 48 H 2421, n° 2.
33. H 668, 1494 : déposition de Mathurin Androis pour le four, de Henri Bellon pour les tuileries.
34. H 685, arpentement de 1743 : le château est rectangulaire (30 m sur 20 environ).
35. H 668.
36. Le commandeur fit rendre les filets, saisir les poissons, et convia le procureur à venir les manger avec lui à l’auberge voisine !
37. H 654, 1457.
38. H 667, 1454 (1455), « Chesal qui fut feu Ville... ».
39. « Issoudun est recommandable par la copiosité et abondance de bons et excellents vins... qui ne sont de moindre excellence et bonté que ceux d’Orléans... », Chaumeau, Histoire de Berry, Lyon, 1566, chap. XIX, p. 256.
40. H 667, 1478.
41. H 1474.
42. H 1453 et 1495.
43. H 11 août 1452.
44. H 655, 1501 : l’eschoîte d’une femme serve fut rachetée au commandeur par le curé de Lazenay.
45. H 658, 1455 ; H 667, 1462.
46. H 667, 1446 ; H 667, 1462.
47. A.D. Cher, 8 G 2103 : terrier Seurat, 1466-1467.
48. H 665, 20 juin 1495.
49. H 652, folio 40.
50. A.D. Rhône, 48 H 2421, n° 11.
51. H 655, 1461 (n.st.).
52. H 667, 1448 et 1452 : baux à Guillaume et Jean Artuys. Les Artuys appartiennent à une famille de notables d’Issoudun.
53. H 655, 1470.
54. H 655, 1492 : ces 380 mètres carrés étaient nécessaires pour l’hivernage au cours duquel se faisait l’agnelage.
55. H 658, 14 février 1472 (n. st.).
56. H 654, 1522.
57. H 654, 29 avril après Pâques 1489.
58. H 659, 14 novembre 1483.
59. H 655, 1er août 1515, bail à Etienne Jaupitre ; 7 juin 1518, bail à Etienne Jaupitre et Pierre Godard, avec « blé, vin, foin, avoine pour l’espace de quinze jours au dit lieu, une fois l’an ».
60. H 655, ce bail comprenait aussi celui du « Temple » de Châteauroux.
61. Ibid.,... « Ne pourront prendre synon un demy des agneaux masles et non femelles... ».
62. Les baux sont conservés pour 1505, 1508, 1515, 1518, 1519.
63. G. Thaumas de la Thaumassière, Histoire du Berry, Bourges, 1868, t. I, p. 343, et t. IV, p. 403. Les Jaupitre seraient originaires de Troyes (L. Raynal, Histoire du Berry, Bourges, 1864, t. III, p. 152).
64. A.D. Cher, 8 G2067. commune, canton de Vatan, Indre.
65. A.D. Cher, 8 G 2226. commune, canton de Graçay, Cher.
66. H 654, Pierre Noël avait pris à bail, en 1474, 2 mouées (22 ha environ) prises sur le « Champ du Gruau » à Giroux. En 1493, son bail fut modifié : avec son gendre il s’engagea sur un terrain désormais accru de plus d’un tiers (3 mouées et demi), à élever dans les 3 ans « une bergerie de la grandeur de celle qui y est et joignant icelle... » ; au bout de 29 ans, le bail pourrait être renouvelé.

Sources : Françoise Michaud-Fréjaville. La commanderie de l’Ormeteau en Berry à la fin du Moyen Age. 1984. Open Edition
Commanderie de l’Ormeteau
XIIIe siècle-1791
H 652-704, 1202-1203

Située dans la commune de Reuilly, la commanderie de l’Ormeteau, après avoir appartenu à l’ordre du Temple, fut attribuée à l’ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Elle dépendait du grand prieuré d’Auvergne et avait comme « commanderie membre » dépendant d’elle la Maison du Temple à Châteauroux. Cette commanderie possédait des biens immobliers importants à l’administration desquels se sont attachés les commandeurs qui se sont succédé à l’Ormeteau. Ce fonds comprend des documents concernant la commanderie de l’Ormeteau ainsi que la Maison du Temple de Châteauroux, commanderie membre.

Des terriers remontant au XVe siècle ont été conservés pour l’Ormeteau (H 674-683). De nombreux documents concernant la gestion des biens de ces deux commanderies complètent ce fonds.
Sources : Archives de l’Indre
Commanderie de l’Ormeteau
La commanderie Saint-Jean de l’Ormeteau était une commanderie templière, puis revient aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem lors de la dévolution des biens de l’ordre du Temple. Elle est située sur l’actuel territoire communal de Reuilly, dans le département de l’Indre, en région Centre-Val de Loire. Elle fut agrandie en 1457 par les Hospitaliers, puis rénovée au cours du XVIIIe siècle. C’est une propriété de Dominique, ancien grand hospitalier de l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte,et Pascale de La Rochefoucauld-Montbel, de la Maison de La Rochefoucauld.

Établie en 1136 par l’ordre du Temple, désignée à l’époque sous le vocable Domus Templi de Ulmo Tyaudi, puis Ulmo Tiaudi, et Lomethiaut, à la suite de la réception d’un privilège attribué par l’évêque de Bourges, divers dons faits par les seigneurs locaux entre 1157 et la fin du XIIIe siècle permirent à la commanderie de se développer rapidement.

Après 1312, elle fut dévolue aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, désignée alors La Commanderie-Saint-Jean-de-l’Ormeteau. En 1429, les Anglais occupaient Lormeteau, Ardelon et Mennetou-sur-Cher. Après les destructions engendrées lors de la guerre de Cent Ans, le commandeur Jean de Marcenac obtint en 1457 du roi Charles VII l’autorisation de relever les fortifications. Les fenêtres furent ensuite ouvertes à la Renaissance.
Le dernier commandeur, Savary de Lancosme, a quitté l’Ormeteau en 1790.
Le château (façades et toitures) est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 12 octobre 1972.

Commandeurs templiers
Nom du commandeur Nom latin (preceptor) Période
fr. Hugues Rufus de Beaugency 1154
fr. André de Saint-Benoît c.1160
fr. Hugues Rufus de Beaugency Hugo Rufus Baugenciaco 1169
fr. André de Saint-Benoît Andreas de Sancto Benedicto 1178,
fr. Geoffrey Gaufridus 1182, 1186
fr. Simon de Tramis Simone de Tramis ? - 1196
fr. Étienne Enchais Stephanus Enchais 1196 - ?
fr. Sauvage Salvagius ? - 1201
fr. Guillaume de Ressun Guillelmus de Ressun 1202
fr. Eudes de Charny Odo de Charni 1202
fr. Eudes Mancius Odo Mancius 1205
fr. Robert de Camville
ou de Chanville Robertus de Chanville 1207
fr.... Adeume 1217
Fr. Herber Herbertus 1224
fr. Gérard de Acquoy Girardus, G. de Acoyo 1225, 1230
fr. Guillaume Guillelmus 1249
fr.... Peans 1254
fr. Imbert de Pavent 1263
fr. Roger de Vendat Rogerius de Vendac 1283
fr. Jean Pilet Johannes Pilotus 1286
fr. Pierre d’Albon Petrus de Albone c.1289
fr. Jean Pilet 1299
fr. Pierre de Madic († 1303) Petrus de Madic 1299
fr. Barthélemi de Pratemi Bartholomæus de Pratemi c.1304.

Commandeurs hospitaliers
Nom du commandeur Dates
Raymond Giraud 1328
Hugues de la Tour 1385
Jean Griveau (ou Grivel) 1397
Renaud de Bressolles 1419
Jean de Chevenon de Bigny 1423
Jean de Mercenat 1446
Amanion de Bigny 1489
Pierre de Breuillebault 1507
Aymar du Puy 1521
Hemery des Ruyaux 1536
Etienne de Fraisgne 1555
Gilbert des Serpents 1559-1565
Marc de la Goutte 1576
Edmond de Chaste 1589
François de Bethoulat 1608
Sébastien de Bethoulat 1611
Jean de Marlat 1623
François de Crémaux 1637
Jean de Fay de la Tour Maubourg 1643
Claude de Montagnac 1658
Jean de Forsat 1663
Guillerot de Langot 1667
Alexandre de Chevrière de Tanay 1670
César de Grollée-Vireville 1681
Gabriel du Closel 1684
François du Peyroux de Mazières 1690
Philibert du Saillant 1719
Savary de Lancosme 1775-1790
Château de l’Ormeteau Wikipedia
Émile de Toulgoët-Tréanna. « Les commanderies de Malte en Berry » Mémoire de la Société des Antiquaires du Centre,‎ 1912, pages 177-218. Suite
Amédée-Louis-Alexandre Trudon des Ormes, « Liste des maisons et de quelques dignitaires de l’ordre du Temple en Syrie, en Chypre et en France d’après les pièces du procès. » BNF
Image du château de l’Ormeteau
Château de l’Ormeteau BNF


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