Hospitaliers   Commanderies   Hospitaliers

Commanderies de l’Ordre de Malte
Informations
Chers visiteurs
Vous avez certainement constaté le point d’interrogation dans la barre d’adresse de votre navigateur.

Il y est écrit « Non sécurisé »

Vous pouvez naviguer sur le site sans aucune crainte. La sécurisation d’un site Internet est obligatoire dès lors qu’il y a des demandes de mots de passes ou des paiements en ligne.

Sur ce site il n’y a rien de tout ceci.

Retour

Hôpital de Douai
Département: Nord, Arrondissement et Canton: Douai - 59

Le Temple de Douai
Après la suppression de l'ordre, était passé entre les mains des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, et comme ceux-ci possédaient déjà, dans notre ville, la maison de Saint-Samson, l'administration de l'ancienne maison du Temple fut confiée au religieux qui, depuis plusieurs années déjà, était commandeur de Saint-Samson. Cette pratique, qui faisait du Temple, quoique bien plus richement doté, une sorte d'annexe de Saint-Samson, continua sous le commandeur subséquent ; mais plus tard, vers 1330, le Temple reprit son rang, et à son tour, il imposa, durant quelque temps, son commandeur à la maison de Saint-Samson.

L’ordre des Templiers fut supprimé dans le concile de Vienne, le 3 avril 1312. On sait que le pape s’était réservé le jugement des principaux officiers de l’ordre ; parmi eux, il en est un que nous connaissons : nous voulons parler d’Hugues Péraud, qui avait pris part, en qualité de précepteur de la maison d’Arras, à la convention passée en 1290 avec les échevins de Douai, et qui était, à l’époque où il fut arrêté, visiteur du prieuré de France. Ayant persisté dans ses aveux, il échappa à la mort, et fut condamné à une prison perpétuelle (40).

Biens des templiers
Le pape, par la bulle qui supprimait l’ordre des Templiers (elle ne fut expédiée que le 2 mai 1312), attribuait ses biens à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Malgré l’interdit porté contre tous ceux qui auraient osé s’en emparer, ces religieux durent faire de grands efforts pour les recouvrer (41).

Des historiens prétendent que Philippe-le-Bel se contenta de retenir une partie des biens immeubles des Templiers pour couvrir les frais du procès. Toutefois, grâce sans doute à la connivence du vidame d’Amiens qu’il avait chargé de la garde des biens que l’ordre possédait en Flandre (42), il conserva d’abord la jouissance des revenus de la maison de N. Dame. On voit, en effet, que des bourgeois s’étant plaints aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem de ce que leurs rentes foncières avaient été portées au-delà du taux ancien, il leur fut répondu que cela s’était fait à l’époque où les biens des Templiers étaient entre les mains du roi (43). Au reste, ils ne prirent possession de la maison de N. Dame qu’après la mort de Philippe-le-Bel, qui arriva le 29 novembre 1314 (44).

Les maisons de Notre-Dame et de Saint-Samson ayant continué, après la suppression des Templiers, à appartenir à une congrégation religieuse, nous nous sommes crus obligés de recueillir aussi les faits qui se rattachent à cette partie de leur histoire. Ici encore il nous suffira le plus souvent de de suivre pas à pas M. Guilmot.

Les chevaliers de Saint-Jean à Notre-Dame
L’importance de la maison de Notre-Dame ne fit que s’amoindrir sous les frères hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui prirent, en 1310, le nom de chevaliers de Rhodes et, en 1530, celui de chevaliers de Malte.

Différends avec l’échevinage
Le premier siècle de leur résidence à Douai paraît n’avoir pas laissé de traces dans nos annales. En 1424, ils eurent une contestation avec les échevins à l’occasion d’une barrière fixe, nouvellement établie, qui les privait d’un droit de passage qu’il leur importait de conserver : cette affaire se termina par une transaction.

En 1430 et 1432, de nouvelles difficultés se produisirent au sujet de la juridiction : nous voyons intervenir, dans cette affaire et dans plusieurs du même genre, le frère Guillaume Caoursin, commandeur de l’ordre, dont il défendit courageusement les intérêts. Il mourut le 24 août 1455 et fut enterré dans la chapelle.

Le 5 juillet 1810, on retrouva sa pierre tumulaire : c’est une grande pierre bleue, sur laquelle il est représenté en habit de chœur et les mains jointes (45).

Les chevaliers paraissent avoir abandonné le Temple, comme maison d’habitation, sous Jean de Ladain, commandeur et procureur du Temple de Douai (il était commandeur en 1485). Ce fut probablement à cette époque que le Temple fut converti en ferme : antérieurement déjà, il paraît avoir été rattaché à la commanderie de Haut-Avsene (46).

« Le mauvais état dans lequel le Temple se trouvait après le départ des chevaliers de Rhodes détermina, sans doute, les échevins à exécuter le projet qu’ils avaient formé antérieurement, d’établir, sur une partie de leur terroir, les fortifications que réclamait la sûreté de la ville. En 1623, frère Nicolas de la Fontaine, surnommé Ognon, chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem (on lui donne encore ce nom), commandeur de Haut-Avesnes, adressa aux archiducs une requête par laquelle il réclamait une indemnité : cette requête fut communiquée aux échevins, le 26 mai 1613 (47). Le magistrat fit observer que Charles-Quint, en prescrivant les travaux des fortifications de Douai, avait expressément marqué qu’aucune indemnité ne serait accordée aux possesseurs des terrains expropriés. Les archiducs prononcèrent en ce sens ; mais ils dédommagèrent le commandeur de Haut-Avesnes par des privilèges particuliers (48).

De 1710 à 1712, pendant l’occupation de la ville par les armées alliées, la petite chapelle du Temple (49) servit aux protestants pour leur prêche : le peuple l’appela la chapelle des Huguenots (50). Après la délivrance de la ville, elle fut rendue au culte catholique, et on y dit la messe jusque vers 1762, époque à laquelle elle fut convertie en grange (51). Les biens de l’ordre de Malte ayant été confisqués en exécution de la loi du 19 septembre 1792, la maison du Temple fut aliénée vers 1795. L’acquéreur fit comprendre dans le contrat la petite place du Temple (52).

La maison de Notre-Dame-du-Temple avait une forme elliptique ; elle était entourée par un large fossé dont quelques parties se voient encore actuellement. A l’est du corps-de-logis se trouvait la petite église gothique, bâtie en grés taillés et couverte en pannes plates : à l’intérieur, les murs étaient couverts de peintures à fresque assez grossières, dont quelques fragments sont conservés au Musée de la ville (53).

La chapelle du Temple fut démolie en 1843. A cette époque, le Temple ayant été vendu, l’acquéreur de la partie occidentale qui comprenait l’ancienne porte d’entrée, la fit restaurer et y plaça, à l’intérieur, une pierre sculptée, aux armes de l’ordre de Malte, pour tenir lieu de celle qu’on y voyait antérieurement (54).

Destinées de l’hôpital Saint-Samson
L’histoire de l’hôpital de Saint-Samson, sous les chevaliers de Saint-Jean, ne présente guère plus d’intérêt que celle de la maison de Notre-Dame-du-Temple : aussi nous nous bornerons à indiquer rapidement les faits principaux.

Les frères de Saint-Jean de Jérusalem de la maison de Saint-Samson eurent, à plusieurs reprises, des contestations avec les échevins. En vertu des privilèges particuliers de leur ordre ou des privilèges que possédaient, à cette époque, tous les corps religieux, ils aspirèrent à former une seigneurie et une juridiction indépendantes. Pour y arriver, ils suscitèrent aux échevins de nombreuses difficultés, ainsi qu’on les obligea d’en convenir dans le préambule d’une transaction qui intervint entre les parties, le 17 février 1427, et qui leur faisait de larges concessions (55).
En 1524, le 16 février, un incendie dévora la grange de l’hôpital (56).

L’hôpital de Saint-Samson avait été destiné, dans le principe, à recevoir des malades. On l’affecta ensuite aux pèlerins ; puis, les pèlerinages diminuants, on y reçut les voyageurs pauvres. Chaque soir, huit pauvres étaient admis a y passer la nuit. La veille des jours de réjouissance, de la saint Martin, de la nouvelle Année, des Rois, du Carnaval, on leur permettait d’aller de par la ville demander l’aumône, en sonnant de la clochette et en criant : « Donnez l’aumône aux pauvres de l’hôpital Saint-Samson. » Cet usage, qui entraînait après lui de graves inconvénients, déplut à un nouveau commandeur de l’ordre, le frère Lenepveur, qui arriva à Douai en 1563. Il en prit prétexte pour fermer l’hôpital, vendre les meubles et changer la disposition de la maison. Les échevins la firent rouvrir par un huissier, et le frère Lenepveur finit par rétablir les choses dans l’ancien état (57).

Difficultés avec les échevins
En 1574, de nouvelles difficultés eurent lieu entre l’échevinage et l’ordre de Malte au sujet de la juridiction sur la maison de Saint-Samson. Le nommé Claude Legois, servant d’armes de l’ordre et commandeur de Saint-Samson, ayant été accusé de crimes abominables, le grand prieur de France demanda qu’il lui fût remis, en vertu des privilèges de l’ordre, pour être jugé par les chevaliers. Les échevins refusèrent et firent sanctionner leur refus par le prince. Jean Legois fut jugé par les échevins et les officiers de la Gouvernance réunis, et condamné au dernier supplice. Après sa condamnation, il fut remis aux officiers de l’ordre pour être exécuté (58).

Suivant M. Guilmot, la commanderie de Saint-Samson fut réunie, vers 1586, à celle de Haut-Avesne, à laquelle était déjà annexée la maison de Notre-Dame (59). Au contraire, si nous en croyons l’abbé Canquelain, elle subsista indépendante jusqu’en 1598 ; à cette époque, les revenus de la maison se trouvant considérablement diminués, on fut hors d’état de payer les redevances ordinaires au trésor général de l’ordre, et le grand-maître, frère Martin de Garzes, annexa cette commanderie à celle de Laigneville, pour n’en faire qu’une désormais avec le membre de Soignies, en Brie (60).

Le 4 septembre 1593, le magistrat, conformément à une sentence rendue le 2 septembre 1566, ordonna au fermier ou amodiateur de la commanderie de Saint-Samson de prendre les dispositions nécessaires pour remplir les intentions du fondateur. Voici les termes mêmes de l’ordonnance : « At esté ordonné à M. Nicolas Lombart, fermier et admodiateur de Saint-Sampson, de, en dedans huit jours, faire raccomoder, en l’hôpital dudit Saint-Sampson, quatre lits bien et suffisamment estofés pour le logement des passants, en leur administrant potage, feu, lumière et aultres choses anciennement fondées (61) et, au surplus, entretenir la fondation dudict hospital, en tous ses poincts, en suyvant la sentence signifiée, en date du 2 septembre 1568, par...., du depuis mise à exécution par...., à peine qu’il y sera pourveu par telle voye de justice, comme il se trouvera convenir. (62) »

Fermeture de l’hôpital
L’abbé Canquelain doute que cette ordonnance du Magistrat ait reçu son exécution. M. Guilmot suppose, au contraire, que l’hôpital subsista longtemps encore, et qu’il ne fut supprimé que par l’effet des déclarations d’août 1671 et janvier 1686, qui défendaient les pèlerinages hors du royaume (63). Nous croyons devoir donner, sous ce rapport, raison à M. Guilmot contre Canquelain ; car Buzelin, auquel on peut s’en rapporter en toute sécurité pour les faits contemporains, met Saint-Samson au nombre des hôpitaux qui, de son temps, étaient ouverts aux malheureux (64).

Depuis sa fermeture, la maison de Saint-Samson, rebâtie à neuf et louée à des particuliers, était retombée dans la catégorie des habitations d’ordinaires et ne s’en distinguait que par une chapelle alignée au cordon des maisons voisines (65). On y disait la messe tous les dimanches, usage qui subsista jusqu’à la révolution ; le P. Ignace nous apprend qu’on y faisait aussi le catéchisme l’après-dîner des dimanches et des fêtes (66).

A la révolution, l’hôpital de Saint-Samson fut confisqué par l’Etat comme appartenant à l’ordre de Malte. On le vendit en 1795 ; peu de temps après, il fut remplacé par des maisons particulières (67).
L’ordre de Malte possédait, à Douai, dans la rue du Ganteleu, une autre propriété à usage de ferme qui fut confisquée à la même époque, et sur laquelle on trouve des renseignements dans le P. Ignace (68).

NOTES
40. Il mourut misérablement : les partisans de l’ordre virent dans l’accident qui termina ses jours une punition des aveux par lesquels il s’était soustrait au supplice.
41. Collect. Concil., Paris, 1671, tome X, page 2, col. 1564.
42. Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, tome II, page 160.
43. Archives Municipales, apud Guilmot.
44. Guilmot, Mémoires, page 11.
— On trouve aux Archives départementales des pièces qui constatent la transmission aux frères de Saint-Jean de Jérusalem des biens des Templiers de Flandre. Cfer Kervyn de Lettenhove, Ibid., note.
45. Un autre Guillaume Caoursin, né à Douai, devint vice-chancelier de l’ordre : il fut dispensé de ses vœux et se maria ; il mourut en 1501. Il avait rempli plusieurs missions en Italie et composé différents ouvrages, dont le plus remarquable est une Relation du siège de Rhodes en 1480. (Voir sur ce Guillaume Caoursin, buzelin, Gallo-Flandrin, page 548 ; Didot, Biographie générale, tome VIII, etc.).
— M. Duthilloeul, Douai ancien et nouveau, page 157, parait avoir confondu ces deux personnages : rien, à notre connaissance, ne prouve que celui qui mourut en 1455 soit né à Douai, ni qu’il ait été un habile diplomate.
— Sur ce tombeau, voir Plouvain, Souvenirs, page 480, M. Brassart, Notes sur les Hôpitaux, etc., page 212, Guide de l’Etranger a
Douai, page 43.
46. M. Guilmot, Etat ecclésiastique, page 36, dit que cette maison et les biens qui en dépendaient furent réunis à la Commanderie de Piéton : nous ne savons où il a puisé cette indication qu’il ne nous a pas été possible de contrôler et à laquelle il ne fait pas allusion dans son Mémoire.
47. Archives Municipales, Layette 227.
— Pilate-Prevost, Table Chronologique, n° 1880.
48. Guilmot, Mémoire, page 15-17.
49. M. Guilmot, Etat ecclésiastique, dit qu’elle avait été rebâtie en 1229.
50. P. Ignace, Mémoires, tome IV, page 230-231.
51. Guilmot, Mémoires, page 17.
— Plouvain, Souvenirs, page 481.
52. Guilmot, Mémoires, ibidem
53. Duthilloeul, Douai ancien et moderne, page 157.
— Nouveau Guide de l’Etranger dans Douai, page 122-124.
— M. Dubois Druelle, Douai pittoresque. Voir, en particulier, les planches X, XI et XI bis.
54. Duthilloeul, ibidem
55. Guilmot, Mémoire, page 18.
56. Plouvain, Souvenirs, page 345.
57. Guilmot, Mémoire, page 20-21.
58. Archives Municipales, liasse 237.
59. Guilmot, Mémoire, page 20-21.
60. Canquelain, page 1560.
61. Archives municipales. Des copies défectueuses portent lumière, rotie, choses anciennement fondées.
62. M. Brassart, Notes, etc. Pièces justificatives, page 353-354.
63. Six et Plouvain, Collections d’Arrêts, tome I, page 665.
— Guilmot, Mémoires, page 21.
64. Buzelin, Gallo-Flandre, page 441.
— Cfer P. Martin l’Hermite, page 672, not.
65. Guilmot, ibidem.
66. P. Ignace, ibidem, page 243.
67. Plouvain, Souvenirs, page 481.
68. Ce passage du P. Ignace est reproduit dans Duthilloeul, Douai ancien et moderne, page 31.

Sources : BRASSART. Mémoires de la Société centrale d’agriculture, sciences et arts du département du Nord, page 590 et suivantes. Tome IX. 1866-1867. Douai 1868. BNF

Retour

Top

 

 

Licence Creative Commons
Les Templiers et Les Croisades de Jacques Bocar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une œuvre de Jacques Bocar.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à Jacques Bocar.