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Commanderies de l’Ordre de Malte
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Commanderie des Bordes
Département: Cher, Arrondissement: Bourges, Canton: Sancergues: Commune: Jussy-le-Chaudrier - 18


Commanderie des Bordes

La Commanderie des Bordes provenait exclusivement des biens des Templiers ; ceux-ci avaient des maisons à Jussy, à Villeville, à Francheville, à Bourges et à Soûlas. Toutes ces maisons et leurs biens constituèrent l’unique Commanderie des Bordes, et je vais les étudier successivement.
Du temps des Templiers, la maison principale, le chef, pour employer l’expression technique, portait le nom de Jussy. On trouve en effet, dès 1170, Frère Milon, précepteur de Jussy, en 1211 ; Etienne Chalaus, précepteur de Jussy, en 1266 ; Antoine Robert, Commandeur de la milice du Temple de Jussy ; enfin, en 1304, Guillaume Gohaus, humble Commandeur des maisons du Temple en la baillie de Jussy-le-Chaudrier (1). Et même après l’annexion à l’Ordre de Saint- Jean de Jérusalem, on trouve en 1371, dans les comptes du receveur du Grand-Prieuré d’Auvergne, la Commanderie qui nous occupe, désignée parmi les Commanderies du Berry, in Bituria, sous le nom de Jussy, de Jussiaco cum Osmery.
Des documents, fort rares, qui concernent les Templiers de Jussy, les deux plus anciens sont de 1195 : l’un a trait au membre de Villeville, j’en parlerai à l’article de Villeville ; l’autre se rapporte à la résidence de Soûlas, j’aurai également à en parler en son lieu.
1. Archives du Cher, fonds des Bordes, passim.

En 1225, de graves difficultés s’étant produites entre l’archevêque de Bourges et les Templiers du diocèse qui refusaient de subir pour leurs vassaux l’obligation de suivre les Communes, on en appela au Pape qui délégua un de ses chapelains, accepté pour arbitre, et qui décida que les hommes du Temple jureraient de suivre les Communes, suivant l’usage ancien, mais que trois résidences seraient exceptées de l’obligation du serment, et que l’archevêque se contenterait d’une simple promesse ; ces trois résidences étaient Jussy, Villeville et Valençay (2). On se demande pourquoi cette distinction entre le serment et la simple promesse ; peut-être était-ce pour ménager l’amour-propre des Templiers, l’arbitrage étant en définitive en faveur de l’archevêque. Le Frère Gérard, qui figure dans l’acte comme procureur des Templiers, était le Maître des Commanderies de l’Ordre en Auvergne et en Limousin.
La dernière charte concernant les Templiers de Jussy est datée de février 1305, précédant de bien peu, on le voit, la suppression de l’Ordre. Dans cette charte, Guillaume Gohaus, s’intitule « humble Commandeur des maisons du Temple en la baillie de Jussy-le- Chaudrier ».
Quelles étaient les maisons qu’indique cette charte, on ne le sait pas précisément : sans doute Villeville qui eut jadis son autonomie, Villefranche en la commune de Saint-Hilaire-de-Gondilly, probablement Préssigny, et aussi Osmery qui fut plus tard aliéné par l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
2. Archives du Cher, cartulaire archiépiscopal. Le nom de Valentia qui y figure me paraît désigner Valençay ; il devait y avoir Valentiaco dans la charte, le copiste aura oublié la terminaison du mot.
Voir pièces justificatives n° III.


Après la condamnation des Templiers et la répartition de leurs biens, cette répartition subit plusieurs échanges entre le Grand-Prieuré de France et le Grand-Prieuré d’Auvergne ; mais en définitive, la Commanderie des Bordes fut ainsi constituée jusqu’à la Révolution :
I. Chef. — LES BORDES, domaines, dimes, cens, moulins.
II. Membres. — VILLEVILLE et PRESSIGNY.
III. Membre. — BOURGES avec l’annexe de LA SOLAS ou SOULAS.
IV. Membre. — FRANCHEVILLE.
V. Membre. — SAINT-JEAN-DE-BOUCQ, près Saint-Pierre-le-Moustier.

I. — LE CHEF. Les Bordes
Le château des Bordes est ainsi décrit dans un terrier de 1524 : « maison forte, chapelle, pont-levis et porte environnés de fossés, cour, verger, colombier à jugeons en fond, basse-cour, le tout formant un carré ».
Une visite de 1615 décrit ainsi la chapelle dédiée à Saint-Jean-Baptiste et à Saint-Marc, laquelle avait son entrée dans le château ; elle était « carrelée, voûtée avec huit grandes fenêtres et une tribune. Au bout de ladite chapelle est un autel de pierre et au-dessus un retable où est l’image de la Vierge Marie, Notre-Seigneur, son fils, et saint Jean-Baptiste et le portrait du feu sieur de Ponsus (3) en plate peinture à l’huile. »
Les guerres de religion avaient fait de grands ravages, et la Commanderie était dans le plus triste état, ainsi que nous l’apprend un curieux procès-verbal de 1598 (4).
Cette pièce nous apprend que : « Le 7 mai 1598, par devant Guillaume Trouillet, exerçant la juridiction et justice du bailliage de Jussy-le-Chaudrier en l’absence du bailly du dit lieu, est comparu en personne Frère François de Breschard, chevalier de l’Ordre de Saint- Jean de Jérusalem, lequel nous a dit que puis naguère il a été pourvu, par Mgr le Grand-Maître de l’Ordre, de la Commanderie des Bordes membres et dépendances et parce que, entrant en jouissance de la dite Commanderie, il a trouvé fort ruinés et démolis les bâtiments presque du tout inhabitables, au moyen de quoi il nous a requis faire descente et description de l’état tant des bâtiments du dit lieu seigneurial de la dite Commanderie que de ses dépendances. »
Suit un tableau lamentable de la chapelle, d’abord, dont la toiture est rompue et la voûte défoncée, puis du château où le feu a détruit les appartements du Commandeur, où les murailles sont en partie démolies, les couvertures « partie essil et partie tuiles entremêlées » sont en partie effondrées, etc, etc. De là on visite longuement les domaines de Pougan et d’Aboche, le moulin de Bion et enfin Préssigny dont je parlerai en son lieu. Partout on trouve des traces d’incendie, partout des ruines qui n’ont point été relevées.
3. C’est le Commandeur de Breschard de Ponsus.
4. Archives du Cher, fonds des Bordes.


La visite de 1615, dont j’ai déjà parlé, nous montre surabondamment ces désastres. Dans la chapelle, il n’y avait plus ni cloches, ni clocher, la pierre sacrée et les corporaux manquaient, on ne trouvait en fait de vases sacrés et d’ornements sacerdotaux qu’un calice et une patène d’étain, une chasuble de futaine, étole et manipule à l’avenant, deux petites canettes, un missel et un bénitier de fonte.
Le curé de Jussy était obligé, d’après cette même visite, de dire la messe dans la chapelle aux fêtes de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Marc, et les mercredi et vendredi de chaque semaine ; mais on se demande comment il pouvait officier sans pierre sacrée. Il avait droit, pour rémunération de ces messes, à un setier de blé ou douze livres en argent.
L’habitation du Commandeur était en partie ruinée ; on avait pris une partie de la chapelle pour en faire une salle à manger. L’escalier qui conduisait à la cave, située en-dessous, était brisé, la voûte était rompue et la cave remplie d’eau.
A l’entrée du château, on trouvait une vaste salle avec une cheminée de pierre à manteau et des vitraux armoriés mais brisés ; de là on pénétrait dans la grosse tour, seule subsistante aujourd’hui, où était la salle des Archives et au-dessous « une prison basse, voûtée, où l’on descend par un trou avec une corde ». Au-dessus, étaient à trois belles chambres brûlées par les guerres passées ».

Lors de la visite de 1672, au temps du Commandeur du Prat, tout était remis en ordre, la chapelle était réparée ; l’autel était richement garni avec un devant de damas rose et blanc aux ormes de ce Commandeur et à ses dépens ; les ornements sacerdotaux étaient de mémo étoffe, les chasubles aussi avec les armes dudit Commandeur, plus deux voiles, l’un de damas rose et blanc, l’autre de satin à fleurs avec des dentelles de soie bleue.
La croix de l’autel venait de Jérusalem ; le calice et la patène étaient d’argent ; le missel « à grand volume » avait une reliure semée de fleurs de lys d’or. Le tableau de l’autel représentant saint Jean-Baptiste avait été peint à Malte et avait coûté au Commandeur 25 écus, monnaie de Malte (250 livres). Les jardins, auparavant en friche, étaient bien plantés et garnis d’espaliers.
Il n’est pas sons intérêt de savoir ce que le Commandeur du Prat avait trouvé en fait de mobilier dans cette Commanderie, si mal en point qu’elle fût. La même visite nous le décrit ainsi : deux garnitures de lit rouges ; deux, couleur de rose sèche ; une, de damas verte ; onze matelas ; cinq couettes ; sept coussins ; cent quatre linceuls (draps) ; soixante-six nappes ; vingt-cinq douzaines de serviettes ; des châlits, tables, fauteuils et landiers ; vingt-trois plats, deux douzaines d’assiettes, deux bassins ovales, marqués aux armes du Commandeur de Gessant (5) ; douze grands plats, douze assiettes creuses, deux porte-assiettes et six flambeaux d’étain aux armes du Commandeur de Larfeuillère.
5. Annet de Clermont-Chaste de Gessant, depuis Grand- Maître.

Du château, il ne reste aujourd’hui debout que la tour des Archives dont j’ai parlé et un colombier de proportions gigantesques dont les murs, d’une épaisseur formidable, semblent indiquer, dans les temps anciens, une tour de défense. Une élégante maison de campagne et de beaux jardins ont remplacé l’antique forteresse, mais on peut encore suivre le pourtour de l’enceinte qui était considérable.
La chapelle, beau spécimen du XIIIe siècle, qui sert aujourd’hui de grange et de grenier, a été cruellement maltraitée par la main des hommes et aussi par un incendie qui en a supprimé une partie, il y a une trentaine d’années. Il ne reste rien des voûtes, les fines colonnes qui les supportaient sont elles-mêmes à moitié ruinées. Sur la droite du chevet, on a percé une porte moderne dans une jolie crédence à colon- nettes finement sculptées qui, avec les fenêtres, est tout ce qui reste d’intéressant.
Sous la chapelle est une crypte qui sert de cave, comme déjà en 1615. Il me paraît probable que cette crypte se prolongeait jadis sous l’église tout entière, et qu’à une époque inconnue on en a supprimé une partie et muré la communication. Peut-être, sous le chœur, trouverait-on des tombeaux de chevaliers du Temple ou de Saint-Jean de Jérusalem.
Lorsqu’après l’incendie qui ruina les premières travées de la chapelle et qui obstrua l’entrée de la crypte, on pratiqua la porte par laquelle on y pénètre actuellement, on trouva dans les murs d’une épaisseur prodigieuse des squelettes placés debout. Ce fait étrange m’a été affirmé par Mme Métairie, propriétaire des Bordes, aujourd’hui décédée, qui avait été témoin de l’exhumation.
Cette dame, qui avait vu les derniers vestiges de l’ancien château, et qui, avec la plus parfaite bienveillance, faisait part de ses souvenirs aux curieux d’archéologie, me disait aussi que, dans sa jeunesse, un paysan très âgé lui avait raconté qu’avant la Révolution, il avait servi la messe dans la chapelle de la Commanderie, et que l’officiant portait l’épée sous la chasuble. Il semble tout d’abord que les souvenirs d’enfance de ce vieillard fussent quelque peu confus et erronés ; la chose n’est pas impossible toutefois, car certains Commandeurs étaient prêtres et joignaient le caractère sacerdotal au caractère chevaleresque ; en tout cas, l’anecdote méritait d’être rapportée.
Le pignon de la chapelle a été refait après l’incendie ; on y voit un écusson moderne portant une croix ancrée, copié sans doute sur un autre écusson, ancien celui-là, qui surmonte une porte pratiquée dans le mur de séparation du parc et de la basse-cour : ce sont là les armes de Pierre Dumont, Commandeur des Bordes en 1537 : d’or à la croix ancrée de sable, au chef de la Religion.
En fait d’héraldique, je signalerai aussi un écusson qui se voit sur un bénitier de fonte, dans l’église de Jussy, et qui porte les armes d’Antoine de Salignac, Commandeur des Bordes en 1476 : d’argent à trois fusées de gueules posées en fasce.
Le Commandeur des Bordes avait droit de justice haute, moyenne et basse dans l’étendue de la paroisse de Jussy et était « collateur de l’église dudit lieu (6) ».
Les dépendances directes du Chef étaient : les moulins de Bion et de Jussy ; deux fours banaux ; les métairies de la basse-cour, d’Aboches, de Chéron et de Pougan ; vignes, bois, taillis, cens et rentes seigneuriales ; les dîmes de Limosin et de Villeneuve en toute propriété, et celles de Peton et de Guineval partables avec le seigneur de Précy et le chapitre de Sancergues ; les dîmes de Sancerre et de Patinges.
Nous allons étudier maintenant les Membres de la Commanderie, qui ont leur histoire propre, et sur lesquels j’ai rencontré plus de documents que sur le Chef lui-même.
6. Archives du Rhône, H. 137.

II — VILLEVILLE
Département: Cher, Arrondissement: Saint-Amand-Montrond, Canton: Nérondes, Commune: Mornay-Berry - 18

Domus Hospitalis Villeville
Domus Hospitalis Villeville

Ce lieu de Villeville est extrêmement intéressant par son nom, par son origine, par son importance passée, et par les vestiges qui subsistent.
Le nom plus habituellement usité au moyen âge est Vireville (Virevilla) ; on trouve pourtant Villaville dans une charte de la fin du XIIe siècle (7). Je laisse à de plus savants le soin de chercher ce qu’on peut tirer de ces deux noms, au point de vue de l’étymologie (8).
7. Voir Pièces justificatives n° II.
8. M. Boyer, dans son dictionnaire topographique inédit du département du Cher, cité, à propos de Villeville, un document concernant Viilla-Veteris, c’est peut-être là l’étymologie vraie de Villeville ou Villevieille.


Pour ce qui est de son origine, je puis dire seulement qu’on y a trouvé des haches en pierre polie, des fragments de tuiles à rebord et quelques monnaies romaines.
Que ce lieu ait été habité pendant la période gallo- romaine, la chose est plus que probable, car tout le pays l’a été et la ville romaine d’Alléan, avec son théâtre encore inexploré et ses stèles si intéressantes, n’est pas loin de là.
Les restes du passé encore existants consistent en un tertre élevé, à peu près carré, de 90 mètres de côté, entouré de fossés de 12 mètres de large. Malgré le nivellement que la culture augmente chaque année, on voit encore, aux quatre angles, un exhaussement très marqué qui semble indiquer l’existence de tours.
A quelle époque remonte cette enceinte ?
Quelques archéologues ont voulu y voir un camp romain (9). C’est peu vraisemblable, vu l’élévation du tertre, et son peu d’étendue ; tout, au contraire, indique une forteresse du moyen âge. Les fossés étaient encore, il y a une dizaine d’années, remplis d’eau, provenant d’une source qu’on a desséchée pour les besoins de la culture, après le défrichement d’un bois séculaire qui recouvrait toute cette enceinte. Enfin, en pratiquant un drainage, on a rencontré, sur la crête sud, un mur de 1 m. 20 d’épaisseur qui dénotait un mur d’enceinte, et des pierres taillées.
9. Voir Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, IIe volume, page 64.

Le nom qui s’est conservé invariablement à travers les âges, et encore aujourd’hui, de cette enceinte qui domine le pays, est Château de la Motte.
Dans un terrier de Villeville de 1672, je le trouve ainsi désigné : La fosse en châtellenie, autrement La Motte, en taillis. Or, nous l’avons vu, ce taillis existait encore il y a quelques années.
Le château était, au XIIe siècle, une résidence importante des Templiers, comme en témoignent deux documents qui se trouvent dans le Cartulaire archiépiscopal de Bourges conservé aux Archives du Cher. Le premier est une charte non datée, mais du temps de l’archevêque Henry de Seuly (1184-1199), par laquelle le Précepteur des maisons du Temple en Limousin déclare qu’il a sollicité de Vénérable père en Dieu Henry, archevêque de Bourges, la bénédiction des cimetières de ses maisons de Bruère et de Villeville (10), lesquels cimetières sont établis en vertu de privilèges accordés par le Saint-Siège apostolique, d’après lesquels les Templiers pouvaient en avoir dans leurs maisons, pour la sépulture de leurs frères et de leur famille. Le prélat répondait que lui, ses successeurs et leur église pouvaient en avoir dommage, et refusait de bénir les cimetières ; en conséquence, lui Maître des Templiers avait promis et concédé qu’aucun diocésain ne serait enterré dans les cimetières du
10. In domibus nostris de Villa de Brueria et de Villaville.

Temple, que les servants de l’Ordre qui portent l’habit séculier ne pourraient non plus y être enterrés, et que seuls y seraient admis ceux qui avaient fait profession et en portaient le signe distinctif (11).
Le second document est une sentence arbitrale rendue par un délégué du Pope, entre l’Archevêque de Bourges et le Maître des Templiers, et qui exceptait de l’obligation du serment de suivre les communes, les maisons de Jussy, de Viveville et de Valençay pour lesquelles l’Archevêque devait se contenter d’une simple promesse.
On voit donc que Vireville ou Villeville fut une résidence importante des Templiers, puisqu’ils y avaient un cimetière béni par l’Archevêque et que, par un privilège spécial, ses habitants étaient exemptés du serment de suivre les communes.
Le cimetière dont les Templiers demandaient au XIIIe siècle la bénédiction était vraisemblablement situé à l’angle sud-est de l’enceinte, car on a trouvé là de nombreux ossements, des fragments de poteries funéraires et aussi des traces de constructions, peut- être celles de la chapelle du Temple, devenue ensuite église paroissiale. Car Villeville fut paroisse dans les temps anciens et l’était encore en 1447 (12) ; ce ne fut que plus tard que cette paroisse fut transférée à Saint- Hilaire-de-Gondilly, auparavant simple prieuré.
11. Voir pièces justificatives n° II.
12. Terrier de l’église de Berry, cité par M. Max de Laugardière, dans Le pays de Villequiers, pages 90 et 92.


Maintenant, quand et pourquoi le « château de la Motte » cessa-t-il d’exister ? On ne trouve aucun document qui puisse nous en instruire ; peut-être faut-il attribuer son abandon à un incendie dont on voit les traces indélébiles sur le tertre, dans la partie sud ; là, quand on laboure, la terre est absolument noire, tandis que partout ailleurs on retrouve la couleur naturelle du sol. Peut-être aussi ce qui en restait fut-il abandonné pendant la période néfaste qui s’écoula entre la confiscation des biens des Templiers et leur attribution à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui ne trouva plus à Villeville que les terres et les revenus censuels.
En creusant dernièrement une profonde tranchée dans l’un des fossés de l’enceinte, on a découvert — et j’en ai conservé deux spécimens — des fers de chevaux qui offrent un grand intérêt archaïque. Ces fers, qui mesurent environ dix centimètres de longueur sur neuf de largeur, portent des crampons dont la forme accuse le XIIIe siècle (13). Leurs petites dimensions permettent de les attribuer aux Templiers, qui amenèrent d’Orient les chevaux arabes.
Privée de son château, Villeville resta toujours une seigneurie ayant droit de haute, moyenne et basse justice, exercé par des officiers nommés par le Comman-deur.
Chose bizarre, la dîme de Villeville ne lui appartenait pas. A la fin du XVIIIe siècle, elle appartenait au marquis de Billy, seigneur de Villiers, et l’on peut suivre, non sans lacunes, la transmission de cette propriété. Le seigneur de Villiers la possédait par héritage de son bisaïeul maternel, Moreau de Villers, qui l’avait acquise en 1688 au prix de 3.900 livres, d’Hélène de Bar, dame du Briou. Primitivement, cette dîme dépendait de la Seigneurie de Mornay ; on en trouve la preuve dans l’acte de foy et hommage rendu en 1416 par Jehan de Milly, seigneur du dit lieu et de Verrières, à Geoffroy de Prie, seigneur de Chanteloup, et où il est dit : « lesquelles choses dues au dit Jehan de Milly des hoirs feu messire Guillaume de Mornay, jadis seigneur de la Garde, des hoirs feu Jehan de Charenton et des hoirs feu Arnot de Mornay (14).
13. Telle est l’opinion de notre savant confrère, M. de Saint-Venant, qui fait autorité en la matière.
14. Archives du Cher. E. 852.


En 1470, messire Jehan Tabou, chevalier, seigneur de Verrières, fait hommage des dimes de Mornay et Villeville à Robert de Bar, écuyer, seigneur de Baugy, La Guerche et Chanteloup.
Aujourd’hui, le hameau de Villeville, qui dépend de la commune de Mornay, s’étale très disséminé sur la côte qui descend du « château de la Motte » à la route de Nérondes à Sancergues. Rien d’intéressant à y signaler, sinon une tombe de pierre qui sert d’auge à faire boire les bestiaux, près d’un puits, sur le bord du chemin ; cette tombe, m’a-t-on dit, provient du « château de la Motte » où on a trouvé aussi des fragments de tombes brisées.

III. — PRESSIGNY
Département: Cher, Arrondissement: Saint-Amand-Montrond, Canton: Nérondes - 18

Domus Hospitalis Precilly
Domus Hospitalis Precilly

Ce membre de la Commanderie des Bordes fut-il jadis une résidence des Templiers ? Je n’en ai trouvé aucune preuve écrite. Toujours est-il que les Hospitaliers y eurent une demeure seigneuriale qui fut ruinée au XVIe siècle, comme nous l’apprend d’abord le procès-verbal de 1598 dont j’ai parlé plus haut, puis une visite de 1615 dont j’ai parlé aussi à l’article des Bordes. Voici ce que dit en substance le procès-verbal : « Les témoins nous ont rapporté que là étaient les bâtiments du lieu seigneurial de Précigny, maison où les Commandeurs faisaient leur demeurance, et joignant la-dite maison, une chapelle ; tous les bâtiments sont en ruines, les charpentes pourries par les pluies ; le lieu où était la chapelle est encombré de buissons qui y sont poussés, de sorte qu’il n’y reste que les murailles, ruinées pour la plus grande partie. La grange du dit lieu n’a plus ni portes, ni fenêtres, la charpente est tombée par terre avec la toiture et les murailles gâtées et rompues, etc. »

D’après une visite prieurale de 1769, il existait encore un pilier de cette chapelle dédiée à saint Greluchon. Aujourd’hui rien ne subsiste de ces ruines, mais un champ situé ou nord du village porte encore le nom de Saint-Greluchon.
Dans un autre champ près de là, appelé Champ du Palais, on a trouvé plusieurs tombes de pierre dont l’une, analogue comme forme à celle que j’ai signalée à Villeville, se voit encore, servant d’abreuvoir, dans le pré dit pré de la ville. Tous ces vieux noms dénotent l’existence dans des temps très anciens d’une localité importante, et de fait, on trouve partout des substructions et des puits abandonnés.

Autre fait intéressant : il y a une soixantaine d’années, on découvrit en exploitant une carrière, dans un champ longeant la route de Nérondes à Mornay, une porte de fer qui semblait fermer l’orifice d’un souterrain, dans la direction de Pressigny. Les ouvriers qui travaillaient à la carrière voulurent forcer cette porte, mais le propriétaire s’y opposa. Le fait m’a été affirmé par un vieillard du pays qui avait vu la porte dont il désignait la place ; il serait bien désirable qu’on fit des recherches à cet endroit.
Dans un autre champ situé presque en face, de l’autre côté de la route, des bœufs s’enfoncèrent dans un souterrain en labourant ; M. Buhot de Kersers, qui a signalé le fait (15), dit que « ces galeries étaient probablement d’anciennes carrières ayant pu servir ultérieurement de refuge ». Mais les carrières dans ce pays-ci ont toujours été exploitées à ciel ouvert, et non par galeries. Il se peut que ce fût là un souterrain de défense comme on en trouve si souvent aux abords des vieux châteaux, servant à l’évasion en cas de siège, et qui pouvait correspondre à la Commanderie de Pressigny.
Le Commandeur des Bordes avait droit de haute, basse et moyenne justice dans la seigneurie de Pressigny ; les officiers de justice nommés par lui étaient les mêmes qu’à Villeville, mais de même qu’à Villeville, la dime ne lui appartenait pas et dépendait de la cure de Nérondes.
15. Histoire et statistique monumentale du Cher, canton de Nérondes.

Comme seigneur de Pressigny, le Commandeur des Bordes possédait une chapelle dans l’église de Nérondes ; elle est ainsi décrite dans les visites prieurales de 1727 et 1765 : « La chapelle de Précigny en l’église de Nérondes, la première à gauche en entrant dédiée à saint Jean-Baptiste, où le Commandeur a droit de banc et de titre ; il y a un tableau représentant saint Jean-Baptiste et un banc avec la croix de l’Ordre. »
Sur la clef de voûte de cette chapelle, on distingue une sorte d’ostensoir en forme de losange chargé d’une croix ; à droite et à gauche, les lettres M P ; faut-il lire Malte, Pressigny ?
Le domaine, qui comprenait plus de cent arpents, terres, prés et bois, ne rapportait en 1615 que 270 livres tournois ! Les bâtiments d’exploitation étaient en ruines, les terres étaient accensées à vil prix à divers ; en 1777, on en tirait 800 livres.
M. Le Normand du Coudray, propriétaire actuel, a retrouvé deux des bornes qui délimitaient la justice de la Commanderie ; l’une de ces bornes est au musée lapidaire de Bourges, l’autre est restée dans le parc de Pressigny ; elles portent la croix à huit pointes.
Dans les membres de Villeville et Pressigny, étaient comprises les annexes de Massey en la paroisse du Gravier, près La Guerche et de Chassy-sous-Sancerre.

IV. — FRANCHEVILLE
Département: Cher, Arrondissement: Bourges, Canton: Aix-d’Angillon, Commune: Brécy - 18

Domus Hospitalis Francheville
Domus Hospitalis Francheville

Ce membre de la Commanderie des Bordes fut, du temps des Templiers, une Commanderie importante. J’en trouve la preuve dans deux chartes de 1288 qui faisaient partie des archives de la Seigneurie d’Avor (16), et dont voici les principaux passages : « A tous ceux qui verront ces présentes lettres, Frère Guy Buriaz, humble Commandeur de la maison de la milice du Temple de Francheville, salut en Notre-Seigneur. Vous saurez que de l’assentiment et la volonté des frères de la dite maison, à savoir : frère Emard de Leront, chevalier, frère Pierre Balart, frère Robert Lemoyne, frère Pierre de Lodes, frère Pierre Le Gangneour et frère Pinon Cornevin, nous avons vendu et concédé à perpétuité à Hugues, dit Cornevin d’Avor, notre homme, et à ses héritiers, moyennant vingt-huit livres tournois à nous comptés en numéraire, et desquelles nous quittons à perpétuité le dit acheteur et ses héritiers, un chezeau avec ses maisons et appartenances sis à Avor, touchant ou chezeau de Perrin L’Anglais d’Avor d’une part, et au chezeau du dit acheteur d’autre part, et sur le chemin par où on va d’Avor à Sancerre ; item une pièce de vigne sise près d’Avor dans la censive des moines de Loroy, joutant les terres de Raoul du Mont, chevalier. Ces biens nous étaient advenus de la succession de la nommée Babeau jadis mariée, notre femme de tête et de corps, et sœur du dit acheteur. Nous dessaisissant des choses dessus dites, nous en saisissons et investissons l’acheteur et ses héritiers... En témoignage et mémoire de quoi, nous avons fait apposer notre sceau aux présentes lettres. Donné l’an du Seigneur mille deux cent quatre-vingt-huit, le lundi après la fête de Saint-Martin. »
16. Voir Pièces justificatives n° IV.

Cette pièce est très intéressante en ce qu’elle nous fait connaître la composition d’une Commanderie du Temple. Ici, les Templiers étaient, y compris le Commandeur, au nombre de sept ; un seul y est qualifié chevalier, miles, sans doute parce qu’il possédait ce titre avant son entrée dons l’Ordre.
Le Commandeur vend au frère de la défunte les biens de celle-ci, dont l’Ordre avait hérité par droit de mortaille ; tous deux étaient serfs, et l’on voit par-là que les serfs pouvaient arriver à une grande aisance ; nous verrons du reste plus tard, que la fortune d’un serf au XIIIe siècle pouvait être bien autrement considérable.
Les joutes de ces biens et les noms des personnages cités ont aussi de l’intérêt pour l’histoire locale. A remarquer encore le nom de l’acquéreur, Hugues dit Cornevin et qui était celui d’un des Templiers. Le fait est curieux, mais ce qui est plus curieux, c’est qu’il y a encore des Cornevin dans le pays.
Le Précepteur d’Auvergne et Limousin approuve ainsi la vente susdite : « A tous ceux qui ces présentes lettres verront. Frère Raymond de Mareuil, humble Précepteur des maisons de la milice du Temple en Auvergne et en Limousin Salut en Notre Seigneur. Vous saurez que Frère Guy Buriaz. Précepteur de la baillie de Francheville, ayant vendu et cédé à perpétuité à Hugues dit Cornevin d’Avor, notre homme, et à ses héritiers, certains biens désignés dans les lettres annexées à ces présentes moyennant une certaine somme à lui payée ainsi qu’il est dit dans les dites lettres scellées du de Frère Guy, Nous, ne voulant point aller contre les agissements du dit Frère Guy, Nous voulons, concédons, louons, approuvons et ratifions cette vente et tout ce que contiennent les lettres annexées aux présentes.. . Donné à Bourges, l’an du Seigneur mille deux cent quatre-vingt-huit, le mardi avant la Nativité du Seigneur. »

La Commanderie de Francheville était donc importante du temps des Templiers. Avec les Hospitaliers ce ne fut plus qu’un domaine, considérable il est vrai, avec droits seigneuriaux, chapelle, cens et rentes. Dès le XVe siècle le logis seigneurial avait disparu, car dans le bail consenti pour vingt-neuf années par le Commandeur Antoine de Salignac à Hugues MiIhet, il est dit que celui-ci s’engage « à bastir et édifier au dit lieu de Francheville une maison de charpenterie à deux cheminées, bonne et suffisante, dedans deux ans, à ses propres coutz, missions et despens, en laquelle le dit Commandeur aura sa demorance toutes et qualités foiz qu’il se tiendra au dit lieu de Francheville (17) ».
La chapelle, qui est du XIIe siècle, et dont les murs ont 1 m. 20 d’épaisseur, existe encore au domaine dit de la Chapelle où elle sert d’étable. Une visite prieurale de 1614 nous apprend que la cloche de cette chapelle fut transportée à Baugy « du temps des troubles ».
Récemment, un bénitier de pierre, qui parait dater du XIIe siècle comme la chapelle, a été transporté dans l’église de Brécy. A signaler encore, dans cette chapelle de Francheville, un écusson qui surmonte une porte latérale, et porte les armes de Pierre Dumont, commandeur des Bordes, en 1537 : d’or à une croix ancrée de sable, au chef de la Religion. J’ai signalé ce même écusson à la Commanderie des Bordes.
17. Archives du Rhône, H. 1087.

V. — BOURGES ET SOULAS
Département: Cher, Arrondissement: Bourges, Canton: Chârost, Commune: Saint-Ambroix - 18

Domus Hospitalis Soulas
Domus Hospitalis Soulas

Les Templiers avaient à Bourges une maison sise dans le cloître de Saint-Etienne, in claustro beati Stephani. La résidence des Hospitaliers comprenait deux maisons, la Grande Maison et la Petite Maison, situées rue Porte-Jaune, paroisse de Saint-Pierre-le-Puellier, « proche l’une des portes du Cloître de la grande église Saint-Etienne, ayant chambres hautes et basses, avec un grand portail par où on entrait dans les cours et dans les jardins ». La chapelle, dédiée à Saint-Jean-Baptiste, était au faubourg d’Auron.
En 1669, le commandeur Hugon Duprat accense « Le logis de la Commanderie de Bourges » à noble Henri de Saint-Père pour le prix de 110 livres par an (18) ; aussi est-il obligé, quand il vient à Bourges, de loger à l’hôtellerie « où pend pour enseigne l’Ecu de France ». Je l’y trouve en 1671 transigeant avec un prêtre maltais, François Mariscalco, logé lui aussi à l’Ecu de France, au sujet d’une dette de 550 écus contractée à Malte (19).
17. Archives du Cher, E. 2139.
18. Archives du Cher. E. 2187.


Le fait de ce prêtre faisant le voyage de Malte à Bourges pour se faire rembourser est assez suggestif.
Aussi bien, la somme était considérable, car l’écu maltais valait, à peu près, cinq livres en France.
Du membre de Bourges dépendaient : les prés de l’Hôpital, autrement Saint-Jean, les prés d’Oizelet, de la Gluère, des Quatre Bornes ; une vigne à Beauregard ; les terres du Terroir, des Crosettes, de la Vieille-Justice, de Beauregard, de l’Eguillon, de la croix Moultjoye, du Grand-Donjon, de la Cuignée, du Carroy Saint-Florent, de la Charbonnière, des Bouloises.
En dépendaient aussi des maisons dans les rues Porte-Jaune et Attache-Jarretière, et la dîme de Saint-Martin-des-Champs. L’ensemble de ces biens était affermé, à la fin du XVIIIe siècle, à un sieur Patureau moyennant 3.300 livres.
La métairie de Soûlas venait des Templiers qui y avaient une Commanderie. On en trouve mention d’abord dans une charte de 1195 par laquelle l’archevêque de Bourges, Henri de Seuly, fait connaître qu’Aremburge de Bomiers, entre autres aumônes, donne aux Templiers de Sauzaium une rente annuelle d’un setier de blé (19), puis dans une autre charte de 1260, réglant un échange de droits censuels entre l’archevêque de Bourges Philippe et les Templiers de la Saussaie, Sauzaia. Or Sauzaium et Sauzaia ne sont autres que Soûlas. Saussaie ou Saulaie, en français, signifient lieu planté de saules ; de la Saulaie on a fait La Solas, nom que le lieu qui nous occupe porte aujourd’hui sur les cartes, et par corruption Soûlas. Cette recherche étymologique m’a coûté quelque peine, elle avait embarrassé le savant archiviste du Rhône, M. Guigne, qui, dans l’inventaire sommaire de la série H, avait fait suivre le mot Sauzaium d’un point d’interrogation. Ce qui m’a mis sur la voie, c’est que toutes les donations de la dame de Bomiers, dans la charte de 1195, sont circonscrites dans Mehun-sur- Yèvre ou son territoire. Or, Soûlas est précisément situé près de Mehun, sur les bords du Cher.
19. Archives du Rhône, H. 1042. Voir pièces justificatives n° I.

Cette Préceptorerie des Templiers ne fut plus, entre les mains des Hospitaliers, qu’une simple métairie qu’on trouve ainsi désignée dans la mise en vente des biens nationaux en 1792 : « Soûlas, paroisse de Berry, bâtiments, cour, chennevière de quatre arpents, terres cent quarante-neuf arpents, prés cent vingt-huit arpents, plus soixante-dix boisselées de terre au Subdray. »
Il y avait une chapelle dédiée, comme toujours, à saint Jean-Baptiste ; il n’en reste rien, non plus que des bâtiments anciens. Le seul vestige, que M. Gauchery a relevé, encastré dans un mur, est une pierre armoriée avec cette inscription, fort endommagée, mais qu’il m’a été possible de rétablir : « Illustrissime Seigneur François-Marie de Garcin de Saint-Germain, Commandeur des Bordes, associé à l’ambassade de Malte. »
L’écusson, au-dessus, porte les armes de ce Commandeur : d’or à la bande de sable chargée de trois têtes de loup-cervier d’argent ; au chef de la Religion.
L’écu est posé sur la croix à huit pointes et sur des étendards aux armes de l’Ordre.

VI. — SAINT-JEAN-DE-BOUCQ
Département: Nièvre, Arrondissement: Nevers, Canton: Saint-Pierre-le-Moûtier - 58

Saint-Jean-de-Boucq
Domus Hospitalis Saint-Jean-de-Boucq

Ce membre de la Commanderie des Bordes était en Bourbonnais, près Saint-Pierre-le-Moutier, « entre les rivières de Loire et d’Allier ». Dans un acte de 1572 portant abandon d’une terre en bourdelage, Frère Jean Fillet est dit Commandeur de Bou ; était-ce donc une Commanderie indépendante à cette époque ? Je n’ai pas pu le discerner. En 1606, François de Breschard, Commandeur des Bordes, accense le membre de Bous « consistant en une chapelle dédiée à Saint-Jean-Baptiste, maison seigneuriale, granges, étables, prés, terres, bois, buissons, dîmes, champarts, cens, rentes, taillis et bourdelages, dépendant de ladite chapelle de Bous ». Dans cette chapelle se trouvait « un retable fort vieux où sont les images de Notre-Dame, de saint Jean, de saint Sébastien et de saint Patrocle ». Sur les verrières on voyait le portrait du Commandeur de Breschard du Ponsus avec ses armes : d’azur à trois bandes d’argent.

Au membre de Saint-Jean-de-Boucq était annexée la métairie de Chapote, sise à une demi-lieue du Veurdre.
Ces immenses possessions qui, on le voit, s’étendaient dans trois provinces, ne rapportaient, lors de la déclaration au roi en 1640 (20), que 5.450 livres, revenu dérisoire ; mais outre qu’il y avait alors beaucoup de terres incultes à la suite des guerres de religion, le manque de résidence trop fréquent des Commandeurs, et les malversations de leurs régisseurs (21) diminuaient encore les revenus, quand elles ne dilapidaient pas le fonds lui-même. On en trouve une preuve éclatante dans ce passage de la déclaration susdite : « Par l’absence des Commandeurs, il s’y est perdu de grands biens, entre autres une métairie appelée La Quenouille pour laquelle il y a procès au Parlement de Paris à l’instance du Commandeur, comme étant de l’ancien domaine de la Commanderie. »
Parfois, les malheurs du temps, les guerres qui avaient ruiné les édifices des Commanderies et les fermiers qui ne payaient plus, obligeaient les Commandeurs, qui, dans certains cas, n’avaient pas de quoi payer les responsions, à aliéner des terres ; c’est ainsi qu’en 1646, le membre d’Osmery fut vendu à Jacques Gassot, chanoine de Bourges, et à François Cassot, sieur de Deffend, pour 15.000 livres tournois.
20. Archives nationales S. 5546.
21. Ces régisseurs étaient tellement exécrés des tenanciers que parfois leur vie était en danger ; c’est ainsi qu’on lit dans un rapport de 1689 que l’un deux, à Bourganeuf, reçut deux coups de fusil dont il fut grièvement blessé. Et le rapport ajoute : « Il est actuellement toujours menacé, ayant même été manqué d’autres fois que les fusils lui ont manqué dessus, dans le pré de la Commanderie. » (Archives de Lyon H. 324.)


Osmery venait aussi des Templiers
Département: Cher, Arrondissement: Saint-Amand-Montrond, Canton: Dun-sur-Auron, Commune: Osmery - 18

Domus Hospitalis Osmery
Domus Hospitalis Osmery

Il est curieux de voir que l’unique Commanderie des Bordes avait absorbé six maisons des Templiers, à savoir :
Jussy.
Bourges.
La Saussaye.
Francheville.
Villeville.
Osmery.

On voit par cet exemple dans un seul coin du Berry quelle était la puissance territoriale des Templiers, combien elle enserrait la France, et si l’on considère en même temps leur puissance financière qu’on « abute ou estime » à huit millions de livres au XIIIe siècle, ce qui équivaudrait à cent vingt millions d’aujourd’hui, on comprendra que cotte puissance ait inquiété Philippe le Bel et que ces immenses richesses aient tenté sa cupidité.
Vers la fin du XVIIIe siècle, c’est-à-dire en 1783, le revenu des Bordes avait doublé : il était exactement de 12.050 livres. Là-dessus, le Commandeur avait à payer : pour les responsions (22) et la taxe des vaisseaux, 2.168 livres ; pour les charges locales, c’est-à-dire les décimes dus au roi, le paiement des officiers de justice, la portion congrue du curé de Jussy, etc., 419 livres. Il lui restait donc net 9.462 livres. Aujourd’hui les biens terriens seuls vaudraient plus de cent mille livres de rentes.
22. Les responsions, je l’ai dit, étaient l’impôt prélevé par le Grand-Maître pour les besoins de l’Ordre à Malte ; ces responsions équivalent à peu près au cinquième du revenu total.

TEMPLIERS DE JUSSY (23)
1170. — Frère Milon.
1176. — Frère Joceran.
1231. — Frère Etienne de Chalan.
1266. — Frère Robert.
1267. — Frère Raoul.
1270. — Frère Aymery de la Roche.
1288. — Frère Guy Buriaz.
1288. — Frère Emard de Leront, chevalier.
1288. — Frère Pierre Balart.
1288. — Frère Robert Lemovne.
1288. — Frère Pierre de Loddes.
1288. — Frère Pierre Le Gagneour.
1288. — Frère Pinon Cornevin.
1305. — Frère Guillaume Gohaus.
23. Dont les noms se trouvent dans les chartes qui concernent Jussy et Francheville.

COMMANDEURS DES BORDES DE L’ORDRE DE SAINT-JEAN DE JERUSALEM
1397. — Jean de Lescourt.
D’azur à cinq cotices d’or.
1408. — Bertrand de Frenac.
1438. — Jacques de Mornay.
Armes : Burelé d’argent et de gueules de huit pièces, au lion morné de sable, cou-ronné d’or, brochant sur le tout.
1452. — Guillaume de Chalus.
De sable semé d’étoiles d’or, à un poisson du même en bande, à la bordure engreslée de gueules.
1455. — Jean Vigier, alias Vigeon.
D’azur au lion d’argent ?
1468. — Robert de Villaines.
Ecartelé : au 1 et 4 d’azur au lion léopardé d’or, au 2 et 3 de gueules à neuf losanges d’or.
1476. — Antoine de Salignac.
D’argent à trois fusées de gueules rangées en fasce.
1494. — Jacques de Savriat.
1504. — Louis de Bressoles.
D’azur à trois bandes d’argent.
1520. — Jean de Châteauregnauld.
1531. — Louis de Flossac.
1537. — Pierre Dumont.
D’or à la croix ancrée de sable.
1557. — Charles Herpin du Coudray.
D’argent à deux manches mal taillées do gueules l’une sur l’autre, chargées chacune de cinq sautoirs d’or, et une bordure de gueules.
1570. — Gilbert de Contremoret de Marcilly.
Ecartelé d’or et de gueules.
1572. — Jehan Fillet, Commandeur de Saint-Jean de Bou.
1589. — Marc de la Goutte.
Ecartelé : au 1 et 4 d’azur à la croix pattée d’or cantonnée de quatre croisettes du même, au 2 et 3 de gueules à trois larmes d’argent 2 et 1.
1598. — François de Breschard du Ponsus.
D’azur à trois bandes d’argent.
1610. — Imbert de Saluces de la Mante.
D’or au chef d’azur.
1623. — Antoine de Dézimeux.
D’argent au chevron de gueules accompagné de trois palmes de sinople. Devise : nul qui dise mieux.
1635. — Annet de Clermont Chaste de Gessant (1).
De gueules à deux clefs d’argent, accompagnées de quatre molettes du même.
1. Grand-Maître en 1644.
1660. — Jacques de Montagnac de Larfeuillère.
De sable au sautoir d’argent, accompagné de quatre molettes du même.
1662. — Louis de Mesnil-Simon de Maupas.
D’argent à six mains apaumées de gueules 3, 2 et 1.
1669. — François Hugon du Prat.
D’azur à deux lions rampants d’or armés et lampassés de gueules.
1682. — Léon de Villeneuve.
De sable à cinq besants d’argent 2. 1 et 2.
1682. — Jean de Saint-Julien.
De sable semé de billettes d’or, au lion rampant du même, lampassé de gueules.
1690. — Michel de Saint-Julien Saint-Marc.
Les armes ci-dessus.
Vers 1700. — Le chevalier d’Ailly (2).
De gueules à deux branches d’alizier en couronne, au chef échiqueté de deux traits d’argent et d’azur.
2. NIEPCE, Le Grand-Prieuré d’Auvergne.
1711. — Claude de Mareschal de Franchesse.
D’or à trois rondelles d’azur chargées chacune d’une étoile d’argent.
1725. — François de Garcin de Saint-Germain.
D’or à la bande de sable chargée de trois têtes de loup-cervier d’argent.
1727. — Jean d’Angeville.
De sinople à deux fasces ondées d’argent.
1730. — Bernard de Froissard de Broissia.
D’azur au cerf élancé d’or.
1733. — Jean-Joseph de Caissac.
D’argent au chevron d’azur accompagné en chef de deux étoiles, et en pointe d’un lion rampant du même.
1740. — Léonard d’Ussel de Châteauvert.
D’azur à un battant de porte brisé et cloué do sable accompagné de trois étoiles d’or, 2 en chef et 1 en pointe.
1759. — Ignace-Philippe de Petremaut.
D’azur à trois pommes de pin d’or, 2 en chef et 1 en pointe.
1777-1790. — Jean-Baptiste de Lasteyrie du Saillant.
Ecartelé : au 1 et 4 de sable à l’aigle d’or, au 2 et 3 d’argent au lambel de gueules.
Sources : M. Le Comte de Toulgöet-Treanna. Les Commanderies de Malte en Berry. Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, volume XXXIV. 1911. Bourges 1912. BNF

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