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Commanderies de l'Ordre de Malte
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Grand-Priéuré de Saint-Gilles. Abbé Goiffon

Saint-Gilles eu diverses églises paroissiales dont il sera question plus, tard ; un couvent de religieux Trinitaires pour la rédemption des captifs, une léproserie, une maison de Templiers et un grand prieuré de l’Ordre de Malte, la première maison de l’Ordre fondée en Europe et la plus considérable de la langue de Provence. Ce grand prieuré dont cinq titulaires devinrent grands maîtres de l’Ordre avait sous sa dépendance 49 (alias 54) commanderies.
Les guerres religieuses obligèrent le grand prieur de Saint-Gilles à se retirer à Arles où il fixa sa résidence jusqu’à la Révolution. L’Ordre de Malte resta représenté à Saint-Gilles par une collégiale.

Abbé Pierre de Situlvéro (alias Anduze), 1124 à 1150. C’est pendant la prélature de l’abbé Pierre que les Templiers s’établirent à Saint-Gilles et que parurent les Pétrobrusiens, précurseurs des Albigeois, dont nous aurons à nous occuper dans le chapitre suivant.
Bertrand 1e de Saint-Cosme, abbé de l’abbaye de la ville de Saint-Gilles de 1151 à 1169.

Comme nous l’avons dit, les Templiers étaient depuis quelque temps à Saint-Gilles ; en 1139, Robert y gouvernait le Temple de Saint-Gilles, Bernard lui succéda ; c’est à ce maître du Temple que, par acte du 23 janvier 1155, l’abbé Bertrand donna un jardin ; un an après, les Templiers reçurent permission d’acheter une maison dans la ville ; ils obtinrent, en 1169, permission d’avoir un oratoire et un cimetière, à condition que ceux de la maison pourraient seuls recevoir les sacrements dans l’oratoire et être enterrés dans le cimetière ; ette concession fut faite moyennant une faible redevance annuelle, le maître du Temple était alors Arnaud de la Tourrouye. Le couvent des Templiers était situé en face de celui des Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem ; leur église, longtemps abandonnée, subsistait encore, en 1790.
On sait que les biens du Temple passèrent aux Chevaliers de Saint-Jean, le 12 juillet 1312 (2).
2. Bibliothèque Nationale, latin, 11018, folio 71, b.

LE GRAND PRIEURÉ DE MALTE

L’ordre militaire des Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem avait été fondé en Terre-Sainte, l’an 1099. Son but primitif avait été d’offrir l’hospitalité à ceux qui se rendaient on Palestine pour y vénérer les saints lieux illustrés par les mystères de la vie du Sauveur. On sait qu’à cette époque, le port de Saint-Gilles était le point de départ de nombreux pèlerins qui venaient s’y embarquer pour la Terre-Sainte. Aussi, dès les premières années du XIIe siècle, Bertrand, fils de Raymond, comte de Saint-Gilles, voulut doter la ville dont il portait le nom d’un hôpital semblable à celui de Jérusalem, au profit de ceux qui partaient pour les saints lieux et il en confia l’administration aux Hospitaliers de Saint-Jean. Cet hôpital, la plus ancienne maison de l’Ordre en Europe, existait déjà, en 1112, et l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean lui doit une partie de son premier lustre ; cet établissement, comblé des bienfaits du prince fondateur et de ses successeurs dans le comté de Toulouse, fut confirmé par bulle du pape Pascal II, en date du 15 février 1113. Telle fut l’origine du grand prieuré de Saint-Gilles qui compta dans la suite cinquante-une commanderie sous sa dépendance en Languedoc, en Dauphiné et en Provence, et qui fournit à l’Ordre entier plusieurs de ses grands maîtres.

Le premier grand prieur connu est Beraldus qui gouvernait l’hôpital de Saint-Gilles, en 1117 ; il obtint d’Atton, archevêque d’Arles et de ses chanoines, l’église de Saint-Thomas de Trinquetaille pour y fonder une commanderie de son ordre, à la condition qu’on n’y enterrerait que les membres de la communauté et que les Hospitaliers ne posséderaient aucune dime dans le diocèse d’Arles (1).
1. Histoire de Languedoc, tome II, pr, c. 399.

Arnaldus était prieur, en 1130 ; son successeur Guiscard obtint de l’abbé de Saint-Gilles, en 1157, la permission de bâtir sur les terrains de l’hôpital un oratoire de douze brasses de long sur quatre de large et autant de haut, avec un clocher d’une brasse qui ne pourrait porter que deux cloches de moins d’un quintal. Ces cloches ne devaient être sonnées qu’après que les religieux de l’abbaye auraient sonné les leurs ; on ne devait célébrer dans le nouvel oratoire aucun office public et n’y conférer aucun sacrement, si ce n’est ceux de Pénitence et d’Eucharistie aux Frères et aux domestiques de la maison. L’abbé et les religieux permirent en outre aux Hospitaliers d’avoir un cimetière de vingt brasses en carré pour leur usage propre et pour ceux de leur maison qui n’appartiendraient pas d’ailleurs à la paroisse de Saint-Gilles. Ces concessions furent faites moyennant une redevance annuelle d’une livre d’encens à fournir à l’abbaye le jour de la fête de Saint-Gilles. Le nouvel oratoire fut dédié, sous l’invocation de saint Jean-Baptiste, par Aldebert, évêque de Nîmes, assisté de Pierre de Sabran, évêque de Sisteron et des abbés Pierre Arnaud de Cendres et Bertrand de Saint-Gilles (2).
2. Bibliothèque nationale, latin, 11018, folio 70, b.
— Histoire de Languedoc nova edition, tome, V, c. 1211, ch 620.
— Archives du Gard, H, 632.


Le grand prieuré eut ensuite pour titulaires Bertrandus, en 1158.
Geofroy de Breihl, en 1168.
Ernandus de Cispa, en 117?.
Pierre Galtieri qui, en décembre 1177, obtint de Pons, archevêque de Narbonne et de ses chanoines la concession de diverses églises (3).
3. Bibliothèque nationale colection Doat, V. 55, folio 241.

Nous trouvons ensuite :
Eldinus qui était grand prieur de Saint-Gilles, en 1179 ; celui-ci obtint de l’abbé, en 1184, la permission d’élever dans son église à côté de l’autel de Saint-Jean-Baptiste, un second autel dédié à saint Étienne ; la charte qui concédait cette permission fut signée d’un grand nombre de témoins, moines de l’abbaye, hospitaliers et laïques.

Le prieuré passa à :
— Bertrandus de Amillavo, en 1192.
— Raimundus de Acu, en 1198.
— Signoretus, en 1203.
— Petrus Falcon, en 1206.
— Martinus d’Andos, en 1208.
— Armandus de Campagnola, en 1210.
— Guillemus de Nîmes, en 1217.
— Bertrandus de Lascuzon, en 1218.

A cette époque, la maison de Saint-Jean renfermait vingt-deux Hospitaliers dont le prieur était en même temps supérieur de toutes les autres maisons des provinces voisines. Un commandeur, deuxième personne de l’Hôpital, gouvernait en l’absence du prieur. La maison avait, en outre, un prieur de l’église ou prieur des clercs qui était le chef des prêtres qui desservaient la chapelle. Un trésorier, quatrième dignitaire du grand prieuré, faisait rentrer les fonds et en rendait compte au prieur.

Le grand prieur Emmanuel, qui succéda à Bertrand de Lascuzon, obtint en faveur de l’Hôpital une charte de Raymond VII, comte de Toulouse qui fut donnée à Lavaur, le 10 octobre 1222. Par cet acte, le prieur accorda aux Hospitaliers de la maison de Saint-Gilles, la liberté de pâturage dans toutes ses terres, l’exemption générale de toutes sortes de péages, de leudes et d’usage, la liberté de vendre et d’acheter dans toutes les foires et marchés du comté sans payer aucune sorte de droits, ainsi que la permission d’augmenter les fonds de l’Hôpital, d’en acquérir de nouveaux et de recevoir les dons qui leur seraient faits.

Vers le même temps un différend s’éleva entre l’abbaye et l’hôpital au sujet de certains péages et autres impositions que l’abbé prétendait recueillir. Ce différend fut éteint, vers la fin de l’année 1222, par une semence arbitrale favorable à l’hôpital, rendue par l’archevêque d’Arles et l’évêque de Cavaillon.

— Emeric de Turrei fut grand prieur, en 1223.
Il obtint du pape Honorius III un privilège signalé. Ce souverain-pontife, en considération des services que l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem rendait aux pauvres de Jésus-Christ, accorda sur la demande des hospitaliers que, dans les temps d’interdit lancé par l’abbé ou même par le Siège apostolique, on pourrait dans la maison de Saint-Gilles, en cas de Chapitre général, faire la célébration des offices divins pendant trois jours, et ce, nonobstant la transaction passée à ce sujet entre l’abbaye et l’hôpital, et en vertu de laquelle le service divin devait cesser dans la maison de Saint-Jean, dès qu’il cessait dans le monastère.

A Eméric succéda :
— 1236, François Antoine Jean de Castrobec.
— 1219, Férand de Barussia.
— 1255, Gilles de Reillane.
— 1263, Roussillon de Fos.
— 1264, Lambert.
— 1266, Ferrand.
— 1273, Guillaume de Villaret qui fui, de 1296 à 1308, le dernier grand maître de l’ordre des Hospitaliers, en Syrie. Ce fut lui qui, après avoir rétabli la discipline parmi ses frères, conçut le projet d’enlever aux Sarrasins l’ile de Rhodes et d’en faire le chef-lieu de son Ordre. Ce dessein n’aboutit que sous son successeur Foulques de Villaret, son frère.

— Audinus succéda à Villaret, en 1287.
Il laissa le grand prieuré, en 1310, à Draconitus de Monte-Dracone, du temps duquel l’ordre des Hospitaliers prit possession, en 1313, des biens possédés jusqu’alors par les Templiers. Ce fut l’occasion de la création de plusieurs commanderies nouvelles.

Le grand prieuré passa, en 1316, à Hélion de Villeneuve qui fut élu grand maitre de l’Ordre, sur la recommandation du pape Jean XXII ; cette élection fut faite à Avignon, en 1319. On lui doit de sages règlements pour la réforme des mœurs des Hospitaliers ; il signala encore son magistère par de nombreux exploits sur les ennemis du nom chrétien. Il mourut à Rhodes, en 1316.

— Petrus de Langles avait succédé à Hélion de Villeneuve ; il laissa le prieuré de Saint-Gilles à :
— Dieudonné de Gozon. On sait que ce chevalier parvint à délivrer l’île de Rhodes d’un serpent monstrueux qui avait fait de nombreuses victimes, même parmi les chevaliers qui avaient tenté de le combattre. Cet exploit et d’autres preuves de courage firent choisir Gozon pour grand maître de l’Ordre qu’il gouverna de 1346 à 1353. Lors de sa nomination au magistère, le prieuré de Saint-Gilles fut confié à Pierre de Cornillon qui fut à son tour grand maître de l’Ordre de 1353 à 1356.
Le prieuré fut alors donné à :
— Roger d’Arlaton, auquel succéda, vers 1372, Jean-Ferdinand de Haredia que la protection papale fit élever à la grande maîtrise, de 1376 à 1396.

— Sicard de Marviel reçut à ce moment le prieuré de Saint-Gilles qu’il laissa, vers 1380, à :
— Bertrand de Flotte.

La maison de l’hôpital de Saint-Gilles fut ensuite gouvernée par Hugonin de Girard, que des actes mentionnent en 1390.
— Hugonin de Girard, en 1390.
— Raimond de Cazilhac, en 1398.
— Jean Flotte, en 1405 et 1406.
— Jean de Nivi de Claret, en 1413.
— Pierre Raffin, vers 1420.
— Jean de Cornillon, dit Roméi, vers 1430.
— Bertrand d’Arpajon, en 1437. — Raimond de Ricaud, en 1462 et au-delà de 1474. Ce dernier reçut du pape la lieutenance de la grande maîtrise qu’il n’avait manqué que d’une voix dans l’élection qui se fit à cette époque.
Le prieuré passa après lui et successivement à :
— Jean de Châteauneuf.
— Seillon de Demandols.
— Charles de Nousi et Charles d’Allemand de Rochechinard.

Les longues absences des grands prieurs avaient laissé tout dépérir dans la maison priorale, et l’ancienne collégiale des prêtres de Saint-Jean n’existait plus pour ainsi dire, réduite qu’elle était à deux collégiats seulement, l’infirmier et le sacristain. Le prieur de Rochechinard, par acte du 3 mai 1506, restaura et rétablit cette collégiale en y fondant six collégiats, profès de l’ordre des Hospitaliers, dont quatre prêtres et deux diacres insituables à perpétuité par les grands prieurs de Saint-Gilles, les obligeant à la résidence dans la maison priorale, au chant des heures canoniales et à la messe quotidienne, en la forme indiquée par des statuts qu’il dressa lui-même. Le fondateur donna dans ce but 11,000 livres qu’il avait sur la banque de Saint-Georges de Gênes et, moyennant cette somme, il chargea ses successeurs de nourrir et entretenir les collegiats ; les dignités de ce collège étaient au nombre de trois qui étaient celles de l’infirmier, du sacristain et du précenteur. Les prêtres ainsi fondés desservaient l’église de Sainte-Marie du Temple et celle de Saint-Jean Baptiste. L’acte de fondation, reçu par le notaire Guillaume Lérisse, fut ratifié, le 28 mars 1509, par bulle du grand maître Eméric d’Amboise (1).
1. Archives du Gard, H, 631.

Il paraît que l’abbé de Saint-Gilles ne vit pas cette restauration de bon œil et qu’il voulut empêcher la célébration des offices divins dans l’église priorale ; il s’ensuivit un procès en Cour de Rome pour la solution duquel l’official d’Uzès fut délégué, en qualité de juge apostolique, en 1507 ; sa sentence fut favorable à la nouvelle collégiale.

— Charles d’Allemand de Rochechinard avait cédé le grand prieuré, en 1510, à :
— Melchior Cossa ; mais il ne se désintéressa pas pour cela du collège par lui fondé ; par acte du 3 mai 1512, il unit à la maison priorale de Saint-Gilles le terroir de Sylve-Godesque et les juridictions de Tasque, Pinède, Teste de loup, Negouromine, Ribeirès et Comte, à condition que les grands prieurs seraient tenus de nourrir et entretenir honorablement les prêtres collégiats par lui fondés et de leur fournir les vêtements nécessaires. Charles d’Allemand avait acquis le terroir de Sylvegodesque, de Gaillard et de Montcalm. Plus tard Gilbert de Lévis, comte de Ventadour et baron de Vauvert, fit condamner le grand prieur à lui rendre la terre de Sylvegodesque, sur le fondement qu’elle n’avait pu être aliénée de la baronnie de Vauvert ; mais le syndic des collégiats de Saint-Jean se pourvut contre cet arrêt et reçut gain de cause devant le Parlement de Toulouse, le 1er février 1584 (1).
1. Archives du Gard, H, 631.

A Melchior Cossa succédèrent :
— Gabriel de Pomeirol, 1515.
— Histan de Salce, en 1517.
— Préjean de Biooux, en 1518 ; ce dernier se signala par son courage et sa valeur au siège de Rhodes, où il eut le cou percé d’un coup d’arquebuse ; le roi François Ier le fit grand amiral de France.
— Jacques de Manas fut ensuite grand prieur ; par acte du 14 janvier 1535, il constitua une rente annuelle de soixante-dix livres tournois pour la fondation d’une messe quotidienne à célébrer dans la chapelle qu’il avait fait construire dans l’église priorale. Cette rente fut affectée aux collégiats de Saint-Jean sur le mas de Notre-Dame Damour, au terroir de Camargue.
Les successeurs de Manas furent :
— Guillot de Pins, vers 1540.
— Robert Albe de Roquemartine, en 1545.
— Philippe du Broc, en 1549.
— Jean de la Valette de Parisot, en 1556. Celui-ci mérita par sa bravoure d’être élu grand maître de l’Ordre ; il exerça le magistère de 1557 à 1568, et s’illustra par la glorieuse défense de l’ile de Malte assiégée, pendant quatre mois, par 40,000 infidèles et 200 vaisseaux.

— Pierre de Gozon de Mélac fut créé grand prieur, en 1557 ; il fut ensuite général des galères à Malte et remplacé à Saint-Gilles par :
— Balthazar d’Agault, qui transféra la résidence priorale dans la ville d’Arles, à la suite des pillages et des massacres exécutés à Saint-Gilles par les hordes calvinistes.
Ses successeurs furent :
— Claude de Glaxdèves, 1571.
— François de Panisse, 1580.
— Pierre de Roquelacue dit de Saint-Aubin, 1601.
— Pierre Guillaume D’Esparbès de Lussan, 1604. Lequel, par acte du 27 septembre 1614, fonda à perpétuité deux, messes par semaine, le mercredi et le vendredi, plus une messe chantée, une fois l’an, le jour, anniversaire de son décès, ainsi que les vêpres des morts, le tout à la charge des collégiats de Saint Jean, moyennant une pension de 93 livres 15 sols sur un mas dans la Crau d’Arles, et une maison dans la paroisse de Sainte-Croix. Cette fondation fut confirmée, le 8 août 1620 et le 26 du même mois, la pension fut élevée à 100 livres par an.

Peu de temps auparavant, vers la fin du mois d’avril 1620, la maison de Saint-Jean avait été le théâtre d’une agression protestante ; voici ce que nous en apprennent les dépositions recueillies en novembre 1621, dans une enquête présidée par Amiguet, commissaire délégué du lieutenant-général de la Prévôté de Languedoc (1).
1. Archives municipales de Saint-Gilles, FF, 19, inventaire de 1858.

2.500 hommes, conduits par divers capitaines, avaient, à cette époque, envahi la ville, et la compagnie du sieur de Pondres de Soimmières avait été logée dans la maison du grand prieur, où elle séjourna et tint garnison environ pendant trois mois.
— Pendant ce temps, déposa Antoine Vernède, prêtre et religieux de l’ordre de Malte et collégial de la maison de Saint-Jean, « dans ladite maison et les jardins de l’entour d’icelle plusieurs insolences, soit pour avoir esté dérobez plusieurs meubles, mangé et empoché les denrées qui y estoient ; mesme ledit de Pondres avoir faict emporter quantité de bled qu’estoit en ladite maison à la sienne aux Sommières ; ayant aussi les soldats de ladite compagnie pendant ledit temps bruslé grande quantité de boys, rompu et ruiné ladite maison en plusieurs endroits, couppé plusieurs arbres desdits jardins et autres plantes y croissants, qui fust cause, joinct les menaces qu’on faisait au depposant et autres domestiques de ladite maison qu’ils quittassent icelle. »

— La même enquête porta sur un fait plus récent du même genre et constata que, dans la nuit du jeudi au vendredi, 27 octobre 1621, environ trois cents hommes de la religion prétendue réformée attaquèrent et enfoncèrent la porte de la maison de Saint-Jean ; ils étaient conduits par les capitaines Turc et Bousanquet de Calvisson. Ces bandits ayant pénétré dans l’intérieur, soumirent la maison à un nouveau pillage, et dérobèrent tout ce qui s’y trouva jusqu’aux pelles de fer et autres menus meubles. Le collégial Vernède, pour lors dangereusement malade, fut dépouillé de ses habits, ainsi que le prêtre infirmier, Pierre Barthélemy, qui était également malade ; on ne leur laissa que la chemise et on contraignit Vernède, en se moquant de lui et posant sur son front la bouche d’un pistolet « de prier Dieu en la forme de ladite religion prétendue réformée. »

— Un autre témoin ajouta que les soldats huguenots avaient pillé l’église de Saint-Jean, rompu les croix, jeté l’eau du bénitier dans la basse-cour et poussé le bénitier avec les pieds dans le même lieu, le faisant rouler dans tous les coins de cette cour ; qu’ils avaient pris et emporté une partie des ornements après avoir fracturé la porte de l’armoire qui les renfermait. La garnison du fort qui survint ensuite emporta jusqu’aux serrures et aux gonds des portes, ainsi que les clés de l’église.

— Un troisième déposa en outre que les huguenots avaient brisé le tabernacle et en avaient emporté les pavillons et que sur la plainte qui fut faite à Pascal, commandant du fort, des ravages commis par ses hommes, celui-ci répondit : « Qu’il estoit bien marry quand il n’avoit mandé plustot sesdits soldats en ladite maison pour faire ce qu’ils y avoient faict, car aussi, disoit-il, il falloit que le bien de ladite maison s’en allast à touts les diables. »

— Trois autres témoins confirmèrent la vérité de ces attentats et l’infirmier Pierre Barthélemy ajouta que le lendemain de ces faits, craignant pour sa vie, il se fit transporter en Camargue.

— Antoine de Paule de Calmont prit possession du grand Prieuré en 1620 ; trois ans après, il fut élu au grand Magistère de l’Ordre qu’il conserva treize ans, de 1623 à 1636.

Son successeur, à Saint-Gilles, fut :
— Gaspard de Barras.
A celui-ci succédèrent, l’un, après l’autre dans le courant de l’année 1631 :
— Bertrand de Lupé de Garané.
— Jacques de Mauléon.
— Claude d’Urre de Venturol ; ce dernier mourut à Arles, en 1637 ; ses héritiers, par acte du 5 août de la même année, fondèrent dans l’église priorale une messe haute de requiem avec assistants et absoute ensuite sur le tombeau du défunt, une fois chaque mois, plus, deux messes basses de requiem par semaine, le lundi et le vendredi, avec la même absoute. Dans ce but, ils donnèrent une somme capitale de 1.500 livres qui furent placées, dès le lendemain, sur le Chapitre d’Arles et servirent, en 1643, à établir une roubine et une martillière qui amenaient les eaux du Rhône dans les palus et étangs de Comte.
A partir de ce moment nous ne trouvons plus rien de remarquable à signaler dans l’histoire du grand prieuré de Saint-Gilles Jusqu’à la Révolution.
Voici la liste des titulaires qui l’eurent en possession pendant cet intervalle d’un siècle et demi, avec les dates de leur nomination :
1637, Honoré de Quiqueran-Beaujeu.
1643, Guillaume Vincent de Sabolhian, alias de Sarmalhan.
1644, Paul Albert de Forbin, il obtint, par arrêt de la Cour des Aides, que Ribeirès ne serait pas imposé aux tailles de Vauvert, comme le prétendaient les consuls de ce lieu.
1666, Jean d’Arrajon.
1672, Claude de Glandèves.
1678, Bertrand de Moretton de Chabrillan.
1691, Jacques d’Ancésune de Caderoussse.
1695, François de Mourgues (Morges) de Ventaven.
1705, Christophe de Bauoxcelly-Javon.
? 1716, Joseph Félix de la Renarde.
1719, Richard de Sade.
1727, De Foresta-Collongue.
1742, Vincent Sauveur de Gaillard d’Agoult.
1746, Octave de Galéan de Gadagne.
1750, Pierre d’Albertas.
1752, Jean François de Piolenc.
? 1764, François de Jarente.
1774, Honoré Augustin de Rolland de Réauville.
1781, Charles Félix de Galéan-Gadagne.
1783, Joseph Guillaume François Gabriel de Lestang-Parade.
1786, Louis de Franc de Mongey.
28 avril 1788, Louis Gaspard de Tulle de Villefranche.

En 1790, la collégiale de Saint-Jean se composait de six prêtres qui continuèrent leur service, alors même que déjà la paroisse de Saint-Gilles était entre les mains des intrus ; mais bientôt, sous l’influence de la terreur qu’on parvint à leur inspirer, ils cessèrent l’office divin et se dispersèrent.

C’étaient :
1° Jacques-Barthélemy Planchut de la Cassagne, né le 30 juillet 1758 ; il fut porté sur la liste officielle des émigrés, à la date du 1er brumaire an II (20 octobre 1793), avec la mention reclus ; il fut, en effet, par trois fois, écroué dans la citadelle de Nîmes, où il passa les mauvais jours de la Terreur. Plus tard, il sacrifia en partie à l’esprit du temps et le 5 complémentaire, an V (21 septembre 1797), il demanda à la municipalité de Saint-Gilles la permission de remplir les fonctions ecclésiastiques et fit serment de haine à la royauté et de fidélité à la république et à la constitution de l’an III. Apres la révolution, M. de la Cassagne fut vicaire de Saint-Gilles, puis curé de Générac et d’Alzon.
2° Rouvier, il émigra et mourut, sous l’empire, attaché à une paroisse de Marseille.
3° Jean-Joseph Gontard, sur lequel nous ne possédons aucun renseignement.
4° Ange Terras, qui mourut au fort de Nîmes où il était détenu.
5° Jean Malle, ancien secrétaire de Mgr de Becdelièvre, ancien prieur d’Aubord ; il fut incarcéré dans le fort de Nîmes, y tomba dans un pénible état d’enfance et mourut à l’hôpital général, à l’Age de 96 ou 97 ans.
6° Villaret qui fut aussi détenu dans la citadelle de Nîmes et mourut à Beaucaire, où il était prêtre habitué.

Le séquestre avait été mis, en 1793, sur les biens de l’Ordre de Malte ; la maison et l’église furent démolies à Saint-Gilles, en 1796 ; elles avaient été vendues ainsi que le parterre et les champs qui en dépendaient à Isaac Deferre et autres pour la somme de 510,000 francs. Cette vente avait été consentie, le 4 fructidor, an III (21 août 1795).

Nous terminerons cette courte notice par quelques renseignements que nous a fournis la France ecclésiastique de 1764.
Le grand prieuré de Saint-Gilles faisait partie de la langue de Provence ; il valait 13,000 livres de vente et avait sous sa dépendance le bailliage capitulaire de Manosque dont le revenu annuel était de 3,500 livres et 51 commanderies dont nous donnons ici la liste alphabétique, avec leur revenu et la contrée où elles étaient situées.

Commanderies
1 — Aix, 10.000 livres. Département: Bouches-du-Rhône, Arrondissement et Canton: Aix-en-Provence, 13 - Provence.
2 — Argence (grange), 3.000 livres. Département: Gard, Arrondissement: Nîmes, Canton: Beaucaire - 30 - Languedoc.
3 — Astros, 7.000 livres. Astros - Provence.
4 — Avignon, 9.000 livres. Avignon - Comtat Venaissin.
5 — Barbentane, 3.000 livres. Barbentane - Provence.
6 — Bastide (La), 7.000 livres. Labastide-Murat - Quercy.
7 — Beaulieu, 6.000 livres. Beaulieu - Provence.
8 — Béziers, 9.000 livres. Béziers - Languedoc.
9 — Cannabière, 6.000 livres. Cannabière - Rouergue.
10 — La Capelle, 14.000 livres. Lacapelle-Livron - Quercy.
11 — Capette, 8.000 livres. La Capette - Languedoc.
12 — Cavalès, 3.000 livres. Cavalès - Languedoc.
13 — Comps (Fréjus), 7.000 livres. Comps - Provence.
14 — Durbans, 8.000 livres. Durbans - Quercy.
15 — Douzens, 5.000 livres. Douzens - Languedoc.
16 — Espalion, 8.000 livres. Espalion - Rouergue.
17 — Espinas, 1.500 livres. Espinas - Rouergue.
18 — Favillane, 300 livres. Favillane ou Favouillane - Provence.
19 — François, 8.000 livres. Gap-Francès - Gévaudan.
20 — Gap, 5.000 livres. Gap - Dauphiné.
21 — Garidech, 5.000 livres. - Albigeois.
22 — Grézans, 7.000 livres. Grézans - Languedoc.
23 — Homps, 7.000 livres. Homps - Languedoc.
24 — Jallès, 8.000 livres. Jalès - Languedoc.
25 — Joucas, 3.000 livres. Joucas - Provence.
26 — Laverne, 4.000 livres. (?) - Provence.
27 — Lugan, 3.000 livres. Lugan - Languedoc.
28 — Marseille, 12.000 livres. Marseille - Provence.
29 — Millau, 6.000 livres. Millau - Rouergue.
30 — Montfrin, 5.000 livres. Montfrin - Languedoc.
31 — Montpellier, 10.000 livres. Montpellier - Languedoc.
32 — Narbonne, 3.000 livres. Narbonne - Languedoc.
33 — Nice, 1.500 livres. Nice - Provence.
34 — Pallières, 7.000 livres. Palhers - Gévaudan.
35 — Plan de la Peyre, 3.500 livres. Plan de la Peyre - Languedoc.
30 — Pézénas, 10.000 livres. Pézénas - Languedoc.
37 — Pissohran, 4.000 livres. Puysubran ou Pexiora - Languedoc.
38 — Poët-Laval, 4.000 livres. Poët-Laval - Dauphiné.
39 — Puymoisson, 5.000 livres. Puymoisson - Provence.
40 — Raissac, 8.000 livres. Raissac - Albigeois.
41 — Saint-Christol, 8.000 livres. Saint-Christol - Languedoc.
42 — Saint-Félix, 15.000 livres. Saint-Félix - Rouergue.
43 — Sainte-Luce, 14.000 livres. Sainte-Luce - Provence.
44 — Sainte-Marguerite-de-Luzéran, 1.200 livres. (?) - Provence.
45 — Salliers, 12.000 livres. Salliers - Provence.
46 — La Selve, 8.000 livres. La Selve - Rouergue.
47 — Trinquetaille, 20.000 livres. Trinquetaille - Provence.
48 — La Tronquière, 8.000 livres. Tronquière - Quercy.
49 — Val-de-Ronce, 1.200 livres. (?) - Dauphiné.
50 — Valence, 10.000 livres. Valence - Dauphiné.
51 — Vaour, 9.000 livres. Vaour - Albigeois.
Sources : Goiffon, Étienne (Abbé). Saint-Gilles : son abbaye, sa paroisse, son grand-prieuré : d’après les documents originaux. Nîmes 1882. BNF

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