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Commanderie de Saint-Marc à Orléans
Département: Loiret, Arrondissement et Canton: Orléans - 45

Domus Hospitalis Saint-Marc
Commanderie de Saint-Marc, Orléans

Et maintenant, nous pouvons rechercher la date particulière de la fondation de celle de Saint-Marc.
Pour cela, il faut commencer par rechercher en quoi consistait le domaine attribué, sous ce nom, à l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem.
Saint-Marc est une petite paroisse située dans la banlieue d'Orléans.
L'usage dans lequel on a désigné l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem ou de Malte résidant à Orléans, par le nom de cette paroisse, pourrait faire supposer qu'elle lui a été donnée en fief et qu'il y rendait la justice. Il n'en a pas été ainsi : cette paroisse était dans la mouvance de l'église d'Orléans.
Les chevaliers de Malte y possédaient un manoir, siège de la commanderie, et quelques terres en censives. Leur véritable seigneurie était dans l'intérieur de la ville ; elle était même la seule que l'ordre y eût possédée pendant longtemps ; et s'il eut ses possessions situées dans la paroisse de Saint-Marc, et si la commanderie en prit le nom, ce ne fut, ainsi qu'on le démontrera bientôt, qu'après l'extinction de l'ordre des Templiers, auquel ces possessions avaient d'abord appartenu.

Cette seigneurie ou fief consista exclusivement, d'abord, dans la chapelle appelée Saint-Sauveur, dont le territoire s'étendait entre la partie de la rue Bourgogne qui en prit le nom, et qui est encore appelée rue Bourgogne-Saint-Sauveur, la rue de la Véronique (5) ou du Battoir-Vert, la rue de Semoi ou de la Truie-qui-File, et la rue du Bœul-Sainte-Croix ou Caquetoire, ou encore du Port-Sanglier, ou enfin encore de Saint-Martin-du-Chenet.
5. Vera iconica.

La Saussaye et les autres annalistes Orléanais attribuent à l'évêque Manassès Ier l'expulsion des juifs habitant la ville d'Orléans, et la destruction de leur synagogue, située dans le quartier qui vient d'être décrit, et cela par suite d'un édit de Philippe-Auguste, rendu au mois d'avril de l'année 1182.
Cum vero reperiamus Manassem adhuc sedisse anno 1184, haud dubium est eum etiam operam suant commodasse judæis è civitate Aurelianensi exigendis, nam cum Philippus Augustus, rex Francorum, ob nefanda judæorum facinora eos regno decedere perpulisset, edicto dato anno 1182, mense aprili, eorumque synagogas, in ecclesias converti, cives Aurelianenses regem suum imitari cupientes, in ecclesia quæ quondam Aurelianensis fuerat synagoga, præbendas perpetuo instituernnt.
Puisque nous trouvons encore en l'année 1184 Manassès occupant le siège épiscopal, il n'est pas douteux qu'il a rendu ce service de chasser les juifs de la ville d'Orléans, car lorsque Philippe-Auguste fut décidé à les chasser à cause de leurs crimes horribles, par un édit donné au mois d'avril de l'année 1182, et à convertir leurs synagogues en églises, les citoyens d'Orléans, désireux d'imiter leur roi, instituèrent à perpétuité des prébendes dans l'église qui autrefois avait été leur synagogue.

Ici déjà se manifeste un doute sur l'époque à laquelle la synagogue avait servi au culte hébraïque : le mot quondam exprime la pensée d'un fait déjà ancien ; mais ce qui suit ajoute à ce doute : Quæ sint hœc præbendæ, et in qua ecclesia primum fuerint institutœ, non habemus pro comperto, solum conjicinius eam esse ecclesiam Sancti Salvatoris nuncupatam quæ fuit quondam synagoga judæorum, quam postea Philippus Augustus donavit Fratribus Hospitalariis (ut patet ex instrumenta dato Loriaci anno 1200), et est hodie æquitum ordinis Sancti Johannis Hierosolymitani qui Meliienses dicuntur

Quelles ont été ces prébendes ? Dans quelle église furent-elles instituées ? Nous n'avons rien de certain à cet égard ; nous conjecturons seulement que cette église fut celle appelée de Saint-Sauveur, (6) qui fut autrefois une synagogue des juifs que dans la suite Philippe-Auguste donna aux Frères-Hospitaliers, ainsi qu'il apparaît de l'acte donné à Lorris en l'année 1200, et aujourd'hui appelés chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem ou de Malte.
6. Veraiconica.

Si à cette forme hésitante nous ajoutons ce que dit Symphorien Guy on, que « plusieurs tiennent pour certain que cette église appartint d'abord aux Templiers, et qu'elle ne tomba qu'après la confiscation des biens de cet ordre, détruit par Philippe-le-Bel en 1312, dans le domaine des chevaliers de Saint-Jean, » nous arrivons à une grande incertitude, non seulement sur le titulaire primitif de ce fief religieux et militaire, mais encore sur l'époque à laquelle le droit de justice y fut exercé par cet ordre qui en resta détenteur.

Nous sommes, heureusement, en mesure de faire cesser tous ces doutes, et de fixer l'époque à laquelle la chapelle Saint-Sauveur lui a été donnée, et de déterminer quel fut celui qui, le premier, la posséda.
Nous n'avons plus, il est vrai, les titres originaux, même en expédition ; mais il existe encore trois registres dont le premier porte cet intitulé : « Inventaire général des titres et pièces de la commanderie de Saint-Marc d'Orléans et de tous ses membres, de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, au grand prieuré de France. »

Ce registre, comme tous les autres, est précédé d'une table « de son contenu des titres de la commanderie de Saint-Marc, dont est titulaire M. le chevalier de Blancbuisson en l'année 1756, » et une note placée elle-même en tête de cet intitulé nous apprend que « cet inventaire a été déposé entre les mains de M. Meiliand, fondé de la procuration de M. le commandeur de la Rue de Neuville, commandeur d'Orléans en 1766. »
On remarque au premier recto de la première feuille de l'inventaire l'énumération de tous les biens possédés par la commanderie ; mais avant d'entrer dans ce détail, il faut établir l'époque à laquelle l'ordre a été investi de son fief, celle à laquelle il y a rendu justice, dans quelle circonscription il l'exerçait à l'intérieur de la ville, dans la banlieue et sur les territoires du diocèse d'Orléans.

Au folio 4 de l'inventaire, nous rencontrons la mention suivante : « 1199. Charte de Philippe II, dit Auguste, portant donation par lui faite aux frères de l'hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem de l'église de Saint-Sauveur d'Orléans, où les juifs avaient tenu leur synagogue, tout ainsi qu'il l'avait donnée aux chantre et chanoines de ladite église, pour la tenir à toujours par lesdits Hospitaliers avec la même liberté qui avait été accordée auxdits chanoines par ledit don, c'est-à-dire que lesdits frères la tiendront ce après le décès ou l'abandonnement d'ycelle dudit chantre ; ladite charte donnée à Salien, en l'année de l'Incarnation de N.-S. 1199, et scellée du grand scel royal en cire verte sur lacs de soie rouge. »

Cette analyse de la charte met fin à tous les doutes : en premier lieu elle atteste son existence ; le grand scel royal en cire verte, les lacs de soie rouge, et jusqu'à la faute commise dans l'indication de Salien, comme étant la ville où elle a été donnée lorsqu'il fallait dire Sully, faute relevée en marge par ces mots : apud Soliacum vulgo Sully, tout démontre que le correcteur a eu la charte sous les yeux.
En second lieu, on ne peut hésiter sur le titulaire primitif du fief entre les hospitaliers de Saint-Jean et les chevaliers du Temple. On ne peut non plus hésiter sur l'église.
Ce qui seulement laisse quelque incertitude sur l'époque de la prise de possession, est la condition d'attendre l'extinction des chanoines prébendés ou leur abandonnement.
Mais l'ordre, suivant la bulle d'Anastase IV, dont à dessein on a rapporté les termes, était le maître de ses églises ; il pouvait nommer et installer ses ecclésiastiques, et il est facile de penser que la prise de possession de l'ordre fut prompte ; que les chanoines prébendés abandonnèrent la chapelle en recevant une indemnité que pouvait leur donner une compagnie puissante et riche, dont ils devinrent sans doute les desservants dans la chapelle qui lui appartenait.

L'ordre mit ce droit en pratique jusqu'à la décadence de son institution, et jusqu'à l'époque la plus voisine de sa chute en France. Et au milieu du XVIIe siècle (1648), nous voyons portées à l'inventaire de ses titres, entre autres, des lettres de provisions de la cure de Saint-Marc accordées par le commandeur, qui prend le titre de collateur, à Me Claude Paris, prêtre du diocèse d'Orléans ; et en 1649, ce curé ayant voulu abandonner sa paroisse malgré l'opposition du commandeur de l'ordre, qui alla jusqu'à consulter un avocat au parlement pour savoir si le curé avait cette faculté, le commandeur donna de nouvelles provisions à un autre prêtre, Me Julien Pouret, du diocèse de Sens.

Jusqu'ici nous ne connaissons que l'origine du fief de la chapelle Saint-Sauveur, et nous n'avons pas abordé ce qui concerne l'origine du domaine de Saint-Marc, qui a donné son nom à la commanderie, jouissant du privilège de rendre la justice dans l'intérieur de la ville, comme étant en possession du fief situé dans ses murs.
Les possessions de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem dans la paroisse de Saint-Marc ne lui ont appartenu que comme ayant succédé aux Templiers. On trouve à l'inventaire de 1756, au folio 7 du premier registre, cette mention : « Décembre 1260. Lettres de l'official de la cour du doyen d'Orléans (7), portant donation faite par Etienne Le Maréchal et Thifaine, sa femme, aux maître et frères de la chevalerie du Temple, de 5 sous parisis de rente par an, sur trois quartiers de vigne qu'ils avaient aux Bordes, près le pressoir de Perrin de Besilly, pour en jouir, lesdits Templiers, paisiblement à toujours, à la charge de célébrer l'anniversaire desdits donateurs tous les ans, en leur église de Saint-Marc, près Orléans ; plus, ils veulent et accordent qu'après leur décès, les dits trois quartiers de vignes appartiennent auxdits Templiers. »
7. C'est ainsi qu'on désignait le chapitre de la cathédrale.

Les chevaliers de Saint-Jean, ainsi que la tradition en subsistait encore au temps où Symphorien Guyon écrivait, ne furent donc en possession de l'église de Saint-Marc et de tout ce qui en dépendait que lorsqu'ils furent mis en possession des biens des Templiers, c'est-à-dire à partir de l'année 1312 (8).
8. L'inventaire donne plusieurs autres indications semblables à celle ci-dessus transcrite ; on se borne à ce qui vient d'être dit. Les autres indications se manifesteront lorsqu'on examinera les biens ayant appartenu aux deux ordres.

Cette origine bien connue, il ne reste plus qu'à déterminer les circonscriptions judiciaires ayant appartenu à l'ordre, et les droits féodaux utiles et honorifiques qui étaient attachés à ces possessions.
En ce qui concerne la juridiction urbaine, nous l'avons suffisamment fait connaître en désignant la situation de la chapelle Saint-Sauveur et ses dépendances.
Quant aux autres, comme nous ne possédons les titres de la commanderie que par voie d'analyse, nous serons obligés de suivre l'inventaire dans toutes ses divisions et dans des détails assez minutieux, en distinguant, autant que faire se pourra, le domaine originaire de l'ordre de celui qui lui fut attribué comme ayant appartenu aux chevaliers du Temple.

Nous commencerons, suivant d'ailleurs les indications des registres des inventaires, par les biens situés dans l'intérieur de la ville ; nous passerons ensuite à ceux situés dans la banlieue, et nous nous étendrons jusqu'à ceux situés dans les pays les plus éloignés.

Le premier registre, ainsi que nous l'avons dit, énumère tous les lieux, villes, bourgs, hameaux et champs dans lesquels l'ordre de Saint-Jean avait des possessions.
Il ne semble pas nécessaire de nous arrêter à ce résumé, dont nous parcourrons tous les éléments à mesure que nous avancerons dans ces recherches, et que nous découvrirons ainsi l'origine et la nature de chacun de ces biens.
Nous nous livrerons à ce travail avec d'autant plus de complaisance, qu'en ce qui concerne Orléans, nous y retrouverons l'occasion de reconstituer quelques quartiers de la ville avec les désignations les plus anciennes, et dont le souvenir a complètement disparu, et qu'en ce qui concerne la banlieue et les autres parties du territoire, cette notice concourra avec les précédentes à donner les renseignements les plus précis sur l'état de la propriété depuis les époques les plus reculées du moyen âge jusqu'à la révolution de 1789.

Dans la ville d'Orléans et en dehors, la petite seigneurie de la chapelle Saint-Sauveur n'était accompagnée que d'une censive, c'est-à-dire de dépendances d'immeubles roturiers tenus à titre de redevance censuelle (9).
9. « Pour créer censive, ou Lieu pour avoir droit de cens, est besoin que l'héritage ait été baillé par un seigneur de fief, lequel de son domaine muable en fait un immuable, et que l'héritage baillé à censive ait été noble et féodal pour le regard du bailleur, et roturier pour le regard du preneur. » (BACQUET, Du droit des francs fiefs, vol. II, page 258, II.)

Ces dépendances, au moment même de l'établissement de l'ordre des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem à Orléans, étaient peu considérables dans l'intérieur de la ville, dans son plus prochain voisinage et dans la banlieue ; elles se sont singulièrement agrandies par la suppression de l'ordre des chevaliers du Temple, dont les biens ont été partagés entre le roi, qui en prit une grande partie, et l'ordre des hospitaliers de Saint-Jean, au moins dans la ville d'Orléans et ses environs.
Il s'agit ici de faire cette distinction, d'abord pour la ville et ensuite pour la banlieue, et enfin pour les autres territoires du diocèse, entre ce que les Templiers et l'ordre de Saint-Jean y possédaient.
Nous devons, en première ligne, insister sur ce point capital, qu'originairement la commanderie de Saint-Marc appartenait aux Templiers, et qu'ainsi, à l'époque de leur prise de possession, si les hospitaliers de Saint-Jean avaient une commanderie à Orléans, elle ne portait pas ce nom, et que, dans ce cas, elle devait un avoir un tout autre qui ne nous a pas été conservé.
L'inventaire que nous pouvons consulter contient, à cet égard, de précieux enseignements.
Le premier chapitre, qui est intitulé : Orléans et Melleville, et qui commence par la relation de la charte de Philippe-Auguste de 1199, investissant l'ordre de la chapelle Saint-Sauveur, continue en nous donnant la nomenclature des biens ayant appartenu aux Templiers.

En premier lieu, il mentionne un domaine qui, à la vérité, n'est pas situé dans l'intérieur de la ville, « mais ait été noble et féodal pour le regard, du bailleur, et roturier pour le regard du preneur. » (Bacquet, Du droit des francs fiefs, volume Il, page 258.) qui n'est pas sans importance : c'est la censive de Saint-Gondom.
Une tradition locale attribue le nom de ce village à la guerre des Anglais et à leur juron national, goddem. La Pucelle, dit-on, les appelait les Gondoms ; et dans son trajet d'Orléans à Gien, elle aurait eu l'occasion de placer ce mot en passant au lieu où se trouve aujourd'hui le bourg de Gondom mot qu'on a fait précéder de celui de Saint, peut-être pour rendre le juron plus complet ; de là, dit-on, la dénomination que depuis et jusqu'à nos jours, a porté et porte encore cette localité.

L'inventaire du terrier de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem lui donne une origine plus sérieuse : il reporte à l'année 1214 des lettres d'Archambault de Saint-Gondoulphe, chevalier, par lesquelles, du consentement de ses enfants, il fait don aux frères de la chevalerie du Temple de la terre franche et exempte de toutes coutumes que le nommé Seguier (10) tenait de lui, assise sur la Loire, sous les conditions néanmoins que lesdits Templiers ne pourront envoyer ni mettre en ladite terre qu'un seul hôte.
10. Ce nom célèbre et respecté se manifeste ici dans son antiquité. Les Seguier possèdent encore le château de Saint-Brisson, près Saint-Gondom, et près le temple de Gien.

Cette désignation est suivie de plusieurs autres concernant des censives de peu de valeur, sur lesquelles nous reviendrons bientôt. Cependant, quelques-unes de ces énonciations méritent une attention particulière, parce qu'elles nous donnent la pensée d'une promiscuité primitive entre les biens des deux ordres ; c'est ainsi que, si nous y voyons figurer des biens de peu de valeur ayant appartenu originairement à l'ordre de Saint-Jean, nous y voyons aussi cette mention : « 1148. Registre cartulaire des chartes, lettres et autres titres contenant les dons et acquisitions faits de différents seigneurs et autres notables personnages par les frères de la chevalerie du Temple et les frères de l'hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem, des terres, domaines, justices et autres biens qui composent l'ancien domaine de la commanderie d'Orléans, lesdits chartes et titres datés depuis l'an 1148 jusques et y compris 1411. » (Folio recto 8 du premier registre)

On obtient deux résultats importants de ce passage de l'inventaire : il démontre, dès avant le retour de Louis VII de la croisade, l'existence à Orléans d'une certaine quantité de chevaliers du Temple et de Saint-Jean-de-Jérusalem, puisqu'en l'année 1148 (11), ces deux ordres, peut-être alors encore réunis, faisaient des acquisitions et recevaient des donations, et il semble qu'il n'y ait eu qu'une seule commanderie pour les deux ordres, se complétant l'un par l'autre, au moins dans les premiers temps.
11. Cette date de 1148 se représente souvent ; l'inventaire porte, dans son intitulé, qu'il est distribué par ordre de matières et de fiefs depuis l'an 1448 jusqu'en 1747.
Et nous voyons au folio 403 du deuxième registre de cet acte que, dès l'année 1148, Maurice, évêque d'Orléans, constatait la donation faite aux frères de la chevalerie du Temple de la dîme du lieu appelé Pourpry.


En outre, cette partie de l'inventaire nous révèle aussi quelques usages qui, par leur bizarrerie, méritent d'être mentionnés.
On ne se bornait pas à donner des biens, à les affecter et charger de redevances censives, à donner son esclave : on se donnait soi-même corps et biens.
Nous voyons en effet qu'en 1194, Michel, archevêque de Sens, constate que par des lettres passées devant lui, le chevalier Geoffroy de Gronges fait don aux chevaliers du Temple de la personne de Guyard de la Ferté, son homme de corps et de servile condition, ledit don confirmé par Odon de Chauvet, son frère, aussi chevalier, duquel ledit Geoffroy tenait ledit homme.

Et qu'en février 1294, par lettres de l'official de la cour d'Orléans, Me Denis de Saunière, prêtre du diocèse de Chartres, fait donation de sa personne et de tous ses biens, meubles et immeubles, présents et à venir, avec tout le domaine, droit de propriété d'iceux, en quelque lieu qu'ils soient, pour, par lesdits Templiers, en jouir paisiblement et à toujours.

Jusqu'ici nous n'avons rien vu de ce que les deux ordres possédaient dans la ville : tout se concentre sur la banlieue ; mais bientôt l'inventaire nous entraîne sur une question de dîme léguée aux chevaliers de Saint-Jean, des terres sises à Melleville, paroisse de Neubourg, et à Bonneval. Sans s'arrêter plus longtemps à ces détails, il faut continuer à dégager les biens du doute de leur première origine ; et au chapitre intitulé : Grande rue Porte-Bourgogne, nous rencontrons la mention de quelques actes assez curieux, et qui démontrent que si les deux ordres du Temple et des Hospitaliers avaient été unis et confondus dans l'origine, ils n'avaient pas tardé, ainsi que d'ailleurs leur histoire l'enseigne, à se diviser.

On trouve donc à ce chapitre cette mention : « 1163. Charte de Louis VII, dit le Jeune, roi de France, portant don et concession par lui fait, à la prière de Pierre de Valgrand d'Etampes, son familier, à un de ses serviteurs nommé Roger, du mur de la ville d'Orléans, pour y bâtir une maison où il avait dessein de demeurer, avec pouvoir de la bâtir tant près dudit mur que sur icelui, sans pouvoir y être troublé, ni lui ni ses héritiers. Ladite charte donnée à Châteauneuf-sur-Loire. »

Cette maison était tombée dans le domaine des chevaliers du Temple, et en même temps dans la censive de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean ; et comme telle, elle était chargée à leur égard d'une reconnaissance censuelle de vingt et un deniers par chaque année et du droit de relevaison à plaisir.

Une difficulté survint entre les deux ordres au cours de l'année 1273. Mais bientôt, par une transaction, il fut convenu que les chevaliers du Temple posséderaient à toujours la maison en mainmorte, à la charge de fournir vicaires pour le droit de relevaison, dont le droit serait de douze deniers parisis à chaque mort de vicaire, par chaque denier de censives ; l'ordre des Templiers paya en effet à l'ordre de Saint-Jean quarante sous parisis, le cas de la relevaison ayant lieu à ce moment.

Et comme il fallait, en vertu de la convention, un vicaire ou homme vivant et mourant, ce fut le roi lui-même, Philippe-le-Hardi, qui fut nommé à cette qualité. A cette époque, le roi était âgé de dix-neuf ans ; et comme on ne prenait pour remplir la mission de vicaire que de tout jeunes gens, il était bien dans la condition du contrat (13).
13. Le contrat pouvait avoir lieu à l'insu de celui sur la tête duquel il était formé.

Ce serait bien le lieu d'expliquer cette espèce de contrat ; nous l'avons déjà fait dans la notice de la justice du chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier (page 69 du tome IV des Mémoires de la Société archéologique). Nous pensons n'avoir que peu de mots à ajouter.
Les gens d'église faisant mainmorte, c'est-à-dire ne mourant jamais, parce qu'ils se renouvellent toujours, et qu'ils sont censés être toujours les mêmes, ne pouvaient produire aucune mutation par mort, de sorte qu'il y avait danger, lorsqu'ils possédaient des biens accensés, et que par conséquent ils devaient foi et hommage au seigneur censier, que cette redevance, qui devait se renouveler à chaque mutation du détenteur censitaire, ne le fût jamais, et qu'ainsi la terre censive, ou le fief, sortit, après une longue possession, de la directe du seigneur. Il y avait un autre intérêt : à chaque mutation de détenteur, le seigneur pouvait faire saisir le fief ou la terre acensée et les rapproprier à sa table et domaine, c'est-à-dire en reprendre la possession, ce qui eût été impossible à l'égard des institutions qui, comme un chapitre ou un ordre religieux et militaire, ne meurent jamais.

Enfin, à chaque mutation de terre accensée par la mort du détenteur, il était dû un droit de rachat par ses héritiers, consistant en une somme représentant le revenu d'une année, et ce droit de rachat n'aurait pu être payé.
Tout ceci ne concerne que les détenteurs de mainmorte ; mais pour les autres qui pouvaient disposer du fief ou de l'accensement par vente ou bail à rente, équivalant à vente, ils devaient dans ce cas le droit de lods et vente, et il fallait aussi, pour ces cas, et lorsque les domaines étaient tenus, suivant l'usage, pendant de longues périodes, un moyen de maintenir le seigneur direct ou censier dans les avantages que lui assuraient les institutions féodales, sans lesquels il eût été, par la concession du fief ou de l'accensement, dépouillé de sa terre et privé de ses revenus. Alors on avait recours à une fiction : on donnait un vicaire (14), un homme qui vivait et mourait pour le détenteur, en ce sens que tant que ce vicaire vivait, le détenteur ne payait rien au seigneur, comme si le détenteur lui-même vivait, mais dont la mort donnait ouverture à ces droits, comme l'aurait donné la mort du détenteur lui-même.
14. Vice agere.

Ce droit de relief ou de relevaison était qualifié de relevaison à plaisir, parce que dans les premiers temps la reprise du fief ou de la terre accensée par la mort des détenteurs n'étant pas réglée, il dépendait du seigneur de les rapproprier à sa table et domaine à chaque mutation ; il ne renouvelait le fief et le sens à l'héritier qu'à son plaisir ou à sa volonté, d'où la qualification de placitum donnée à ces actes, ou de plaît à merci
Dans la suite, il est vrai, ces formalités de la concession des fiefs et des terres censives ayant été réglées, les choses ont cessé d'être ce qu'elles avaient été ; mais les mots sont restés, et celui de relevaison à plaisir a prévalu, et s'est maintenu dans la langue du droit et des contrats.

En continuant, nous rencontrons le 5 août 1491 un bail emphytéose à titre de rente foncière, par frère Nicole Le Bahy, licencié en décret, c'est-à-dire en droit canon (15), commandeur d'Orléans, d'une maison assise sur la grande rue Bourgogne, paroisse Saint-Liphard, pour en jouir par le preneur pendant les vies de lui, de sa femme et de leurs enfants, et le survivant d'eux, et cinquante-neuf ans en suivant le décès dudit survivant, moyennant la somme de 16 livres tournois de rente annuelle.
15. Licencié, renvoyé des écoles, ayant la licence de n'y plus revenir, comme suffisamment instruit.

Un titre nouveau de 1546, de la reconnaissance de 2 deniers parisis de cens, et de 4 livres 10 sous pour le droit de relevaison et 9 deniers de rente annuelle dont est chargée envers l'ordre une maison dite des Créneaux ou des Carnaux, située près l'église Saint-Sauveur, paroisse de Saint-Germain.

Cette mention nous révèle ainsi qu'il n'y avait pas que la maison devenue le musée qui portât ce nom. Un bail à ferme d'une maison dite du Domaine, et située près l'hôtel seigneurial, c'est-à-dire rue Bourgogne, paroisse Saint-Germain. Une autre d'une maison située près le prétoire de la commanderie.
Enfin, un bail de 1692, concernant l'hôtel des Carnaux, rue Courgogne, avec les mêmes conditions que celui dont il a été parlé plus haut, et à l'occasion duquel il est fait remarquer que cette maison, vendue par l'ordre pour obéir à l'édit de Charles IX, portant qu'il serait aliéné des biens des gens d'église jusqu'à concurrence de cent mille écus, était rentrée dans le domaine de l'ordre de Saint-Jean.

Ici nous abordons la partie des redevances censives existant dans la ville, et nous quittons la propriété directe et les actes qui lui appartiennent, pour ne considérer que les droits du seigneur censier et ses rapports avec les domaines accensés et les détenteurs censitaires. Après la mention sans intérêt de la vente d'une maison dite Saint-Hubert, située rue Rose ou des Pastureaux, près celle de Saint-Laurent, l'inventaire revient sur un immeuble déjà mentionné sous le nom de Maison du Domaine, près l'hôtel seigneurial, et révèle cette singularité que cet hôtel seigneurial était dans la censive du chapitre de Sainl-Aignan, et chargé envers lui, et à ce titre, de 4 sous 4 deniers parisis, et de 17 sous pour les relevaisons à plaisir, évaluées.
Ici se manifeste l'embarras d'expliquer comment une seigneurie du premier ordre féodal a pu être détenteur d'un domaine réduit à la nature de bien roturier et payer le droit qui n'atteignait que ces sortes de possessions ; il faut croire que le chapitre de Saint-Aignan, qui possédait la paroisse Saint-Germain (voir la notice de la justice du chapitre de Saint-Aignan), avait accensé le terrain sur lequel a été depuis élevé l'hôtel seigneurial des chevaliers de Saint-Jean, et que l'hôtel lui a passé avec toutes ses charges ; cette interprétation est évidente lorsqu'on voit trois maisons groupées autour de cet hôtel comprises dans la dette de cette redevance.

Vient ensuite le dépouillement d'autres titres concernant, en premier lieu, une maison sise rue du Bœuf, ou Saint-Martin-du-Chenet ; nous avons vu que cette rue était désignée aussi sous le nom de Porc-Sanglier et de Caquetoire. Le Porc-Sanglier était sans doute une enseigne désignant un lieu de débauche, et dont cette petite rue, destinée à ce qu'il paraît à être de toute éternité très-mal habitée, a pris le nom. Quant au mot Caquetoire, il est un dérivé du mot cagneux, caquins, espèce d'hommes, dit un glossateur, qui étaient regardés et traités comme juifs en Bretagne, et qui seraient arrivés jusqu'à Orléans en se modifiant un peu ; et en effet, la rue Caquetoire était la limite, du côté de l'est, du territoire où était placée à Orléans la synagogue des juifs, qui étaient aussi alors désignés par le mot de Cagoti, dont se rapprochaient les mots cagneux et caquins.

Rien de particulier ne s'attache à la mention intéressant cette maison ; il n'en est pas ainsi de l'acte qui concerne une autre maison située dans la même rue.
Le 29 avril 1553, on transigeait sur l'exécution d'un bail qui en avait été consenti le 20 mai 1513, moyennant la somme de 5 livres parisis. Les enfants du preneur revenaient sur l'engagement qu'avaient pris leur père, et qui leur paraissait tellement exorbitant, qu'ils le transformaient, du consentement du commandeur de l'ordre, en une jouissance de trois cents ans, moyennant une somme de 12 sous parisis de cens annuel, à peine de 5 sous parisis d'amende en cas de non-paiement de 20 livres tournois de relief ou de relevaison à plaisir ; et enfin moyennant une rente annuelle de 15 livres pendant les trois cents ans.

La différence entre le premier et le second contrat est grande : les locataires deviennent débiteurs d'une rente réelle dont l'immeuble est grevé, mais restent quittes d'un bail et d'une jouissance qu'ils peuvent abandonner, sous la réserve de l'exécution des nouvelles charges consenties sur l'immeuble.
Il est regrettable de ne pas connaître la durée et les conditions du bail de 1513 ; il est probable qu'elles étaient très-longues et très-onéreuses, et que le chef de la famille étant mort, les héritiers ont voulu se décharger, même au prix d'un engagement de trois siècles, de celui qui l'avait précédé.
Cette durée triplement séculaire, qui, sans la révolution de 1789, ne se serait éteinte qu'en 1813, est cependant assez remarquable et caractérise bien les institutions de ces temps.

L'inventaire mentionne ensuite un bail à rente du 24 avril 1523, fait pour toujours, d'une maison sise rue de la Véronique ou du Battoir-Vert ; une emphytéose du 4 décembre 1474, d'une maison dite de la Pucelle, située au carrefour de l'Hôtel-de-Ville, aussi pour la vie du preneur, de sa femme, de ses enfants et, après le décès du dernier survivant, jusqu'à cinquante-neuf ans en suivant, à la charge, outre le cens et la somme de 4 livres 10 sous tournois de rente, celle d'exhausser, par le preneur ou ses hoirs, ledit hôtel d'un étage.
Il est inutile de s'arrêter à cette maison, dont le nom n'est dû qu'à une enseigne sous laquelle elle était placée, suivant l'usage de ces temps, et non au séjour de Jeanne d'Arc, ainsi que son nom et son voisinage de l'Hôtel-de-Ville auraient pu le faire espérer.

Maison rue de la Rose ou des Pastureaux
Il faut passer rapidement sur un assez grand nombre de mentions d'emphytéoses de maisons situées dans différents quartiers de la ville, et ne parler que d'une d'entre elles située rue de la Rose ou des Pastureaux, qu'il ne faut pas confondre avec celle des Pastoureaux, aussi appelée jadis rue de la Rose, l'une située, ainsi que nous l'avons dit, sur la paroisse Saint-Laurent, l'autre au cœur même de la ville ; l'une étant dans les temps primitifs près des paturaux de la ville, l'autre tenant son nom du massacre des Pastoureaux, arrivé au XIIIe siècle ; d'une autre encore située faubourg de la porte Bannière, sur le grand chemin pavé d'Orléans à Paris, parce que cette désignation révèle le véritable nom et sa signification de la porte où était placée la bannière du roi ou du duc d'Orléans, et parce qu'elle révèle aussi que cette route était pavée dès l'année 1470.

D'une autre située rue de la Bouerie, appelée aussi rue des Trois-Voisins, et portant cette désignation remarquable : assise dans la ruelle qui va de la rue de la Bretonnerie à la Bouerie.
Mais ce qu'on ne peut passer sous silence est la mention des lettres de Manassès de 1174, confirmant une donation que son homme et serviteur du nom de Gohier avait faite à l'ordre des hospitaliers de la moitié d'une maison qu'il possédait près de l'église Saint-Michel, c'est-à-dire, près l'Etape au vin, comme aussi, dit l'acte, d'une bruyère et de plusieurs places joignant ladite maison, le donateur vendant l'autre moitié pour le prix de 50 livres et ajoutant le don d'une chambre qu'il possédait en la ville du côté de Saint-Germain avec une bruyère vis-à-vis d'icelle, jusqu'au fossé, vers les vignes, à laquelle donation l'évêque ajoute lui-même, à perpétuité, l'église de Saint-Lazare-du-Martroi d'Orléans.

Cette désignation, comme on le voit, nous donne une idée assez curieuse de la ville à la fin du XIIe siècle ; elle justifie ce que nous disions dans la notice de la justice de Saint-Pierre-le-Puellier, que ce quartier était une petite cité placée près de la ville, proposition consacrée par l'auteur de la vie de saint Eueher, disant à ce sujet : juxta urbem Aurelianensem ; et enfin nous y voyons indiquée comme existant sur le Martroi une église placée sous le vocable de Saint-Lazare qui aurait été très-convenablement remise entre les mains d'un ordre faisant profession de soigner les lépreux, spécialement protégés par saint Lazare.
Toutefois, il faut dire que cette église a dû bientôt être détruite, car on ne sait au juste quel emplacement elle occupait, et l'inventaire constate, par une note datée de 1784, que les officiers de l'ordre chargés de l'administration de ses biens ne connaissaient ni la maison ni l'église données en 1174.
L'inventaire mentionne ensuite un cens de 60 sous paris à prendre sur les étaux de la porte Lunoise ; c'était là le marché au pain de la ville, comme l'Etape était son marché au vin, et Saint-Aignan son marché à la viande.
Il mentionne aussi, de 1261 à 1271, quatre parts d'une maison située à la barre Saint-Avit, c'est-à-dire dans un endroit où des travaux stratégiques appelés barre, parce qu'ils étaient peu considérables, protégeaient la petite église de Saint-Avit et plusieurs maisons situées dans différentes rues.
Rien n'indique que tous ces biens, excepté ceux dont il est parlé au commencement de cette analyse de l'inventaire, aient appartenu à l'ordre du Temple. Quelques-uns, au contraire, sont désignés comme ayant appartenu d'origine à l'ordre de Saint-Jean ; il n'en est pas ainsi du four banal qui fut l'occasion par Louis VII, en 1156, de ratifier une donation faite aux chevaliers du Temple d'une place sur le Vieux-Marché pour y rebâtir ce four, et d'une maison rue Saint-Donatien donnée à cet ordre en 1526, à condition de célébrer l'anniversaire du donateur, dans son église de Saint-Marc.

C'est ainsi que nous arrivons, en négligeant quelques possessions urbaines auxquelles il ne se rattache rien qui puisse éclairer sur l'état et les anciennes dénominations de la ville, aux possessions de la banlieue et à celles qui s'étendaient au loin.
Nous rencontrons en premier lieu un chapitre intitulé : Saint-Marc d'Orléans et Ormes.

Il ne constate que l'existence de quelques parcelles de terre et maisons frappées de redevance censuelle, ou données à baux emphytéotiques et dont le détail serait sans intérêt, toutes situées dans le territoire de la paroisse de Saint-Marc et d'Ormes. On ne s'y arrêtera donc pas, et on ne fera à ce sujet qu'une observation.
De tous ces détails transmis par le premier registre de l'inventaire, il résulte que presque tous les biens possédés dans la ville par l'ordre de Malte lui ont été donnés directement, et que tout ce qu'il possédait dans la banlieue lui provenait de la suppression de l'ordre du Temple, et que l'ordre de Malte ne rendait la justice que dans la petite circonscription de la chapelle Saint-Sauveur.
Cette proposition ne peut, il est vrai, être prise que comme la désignation de la circonscription principale de la juridiction de la commanderie ; elle exerçait, en effet, le droit de justice dans quelques autres lieux, et, par exemple, dans la paroisse de Notre-Dame-du-Chemin, dont elle partageait le territoire avec le chapitre de Saint-Aignan, et cela dans une proportion tellement restreinte, qu'on n'en parle ici que pour observer une rigoureuse exactitude.

Elle l'exerçait encore dans la paroisse Saint-Marc, en partage aussi avec une autre institution religieuse, le chapitre de Sainte-Croix. Ce partage était cependant tout à l'avantage de la commanderie, ainsi que cela résulte d'un procès-verbal d'assises trouvé dans les papiers du greffe de la prévôté d'Orléans, où nous lisons ces détails : « Assises tenues en l'hôtel seigneurial de la commanderie à Orléans, paroisse Saint-Germain, par nous, Pierre Doulceron, licencié ès-lois, avocat en parlement, aux bailliage, prévôté et siège présidial d'Orléans, bailli, juge ordinaire civil et criminel de la haute, moyenne et basse justice de la commanderie de Saint-Marc d'Orléans et membres en dépendant, par religieux et illustre seigneur Messire Charles-Anthoine de Poussemothe de Thursanville, chevalier de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, commandeur de ladite commanderie de Saint-Marc d'Orléans. »
« Aujourd'hui mardi 25 août 1722, ont été tenues lesdites assises et ont été appelés les officiers, savoir : le procureur fiscal et le greffier, les voyers qui prêtent serment de bien et fidèlement vacquer à leurs fonctions. »
(Suivent les noms des justiciables, dont la première série est composée de treize personnes qui semblent avoir leur domicile dans la ville.)

On continue ainsi : « L'église presbytérale et le cimetière de la paroisse Saint-Marc, M. le curé seul :
1° le quartier de l'église, quatre justiciables.
2° quartier de Villiers, dix-neuf justiciables.
3° quartier des Prateaux et Petit-Champ-de-l'Echo, vingt-six justiciables.
4° quartier de la Corne-de-Cerf, vingt-sept justiciables.
6° quartier de Sémoy, un seul justiciable, »
Toutes les maisons du hameau étant alors transformées en granges.

Ce privilège en dehors du fief de Saint-Sauveur n'était pour l'ordre qu'une exception ; il résulte, il est vrai, d'un assez grand nombre de documents qu'il serait trop long et absolument inutile d'analyser, que la commanderie rendait la justice dans tous les lieux où elle possédait non-seulement des fiefs, mais même des terres censives ; mais alors les territoires soumis à la justice étaient tellement restreints, multiples et épars, qu'il serait impossible de les signaler sans se livrer à d'interminables longueurs et sans courir le risque de tomber dans une inextricable confusion.

Ce droit, appliqué à des parcelles de terre ou à l'enceinte d'un domaine, ou même à une maison, ne nuisait pas à l'exercice du privilège par le seigneur du fief dont quelques-unes des parties appartenaient à un autre justicier ; seulement, ces fractionnements à l'infini de la propriété et du droit de justice, sans avoir les avantages du morcellement moderne, avaient de graves inconvénients : à celui de la mainmorte ils ajoutaient celui de l'incertitude dans les rapports résultant de la rivalité des seigneurs, dont les mouvances étaient ainsi rapprochées et mélangées.
Cette observation nous permet d'entrer dans l'examen du second registre : nous y trouvons en première ligne la mention des possessions de l'ordre situées dans le bourg d'Olivet.
Mais avant de quitter l'enceinte de la ville, il nous paraît indispensable de jeter un coup d'œil sur une de ses rues, qui rappelle la présence des chevaliers de Malte par le nom même qu'elle porte de nos jours : la rue de la Croix-de-Malte, dans laquelle on remarque encore un hôtel dont la porte est accompagnée de deux bornes sur lesquelles, en les examinant attentivement, on voit la trace de deux croix de Malle sculptées.

On est autorisé à se demander si la chevalerie de Saint-Jean n'a pas possédé les hôtels, d'ailleurs remarquables par le caractère de leur architecture et leur voisinage, et même leur évidente réunion dans les temps passés, possédés aujourd'hui par une congrégation religieuse et par M. de Givès, et à rechercher les rapports qui ont pu exister entre cet ordre, cette désignation spéciale et ces signes particuliers. Cédant à ce désir, nous avons interrogé les seuls documents que nous puissions consulter aujourd'hui, et nous n'avons pas rencontré la moindre mention de ces domaines dans la mouvance de l'ordre, s'arrêtant aux époques les plus rapprochées de la révolution de 1789. D'où il paraît nécessaire de conclure que le nom de la rue et les signes remarqués sur les bornes placées à la porte de l'hôtel ont une toute autre origine, et que ces demeures n'ont jamais appartenu à l'ordre de Malte dont l'hôtel seigneurial est indiqué, au contraire, comme touchant à la chapelle Saint-Sauveur.

C'est ainsi qu'il nous est permis de revenir au quartier d'Olivet.
Les mentions de cette partie de l'inventaire nous apprennent qu'anciennement on divisait ce territoire en deux parties, savoir : Saint-Martin-sur-Loiret et Olivet.
Saint-Martin-sur-Loiret était un hameau au milieu duquel était placée l'église ; Olivet, un hameau situé, comme aujourd'hui, sur la crête du coteau, et qui, avec le temps, se réunissant au premier, lui a donné son nom.
Le territoire d'Olivet s'étendait, à cette époque comme il s'étend aujourd'hui, en deçà de la rivière du Loiret, un peu plus loin que l'Orme-Grenier.

L'ordre du Temple y possédait quelques terres éparses et quelques maisons, entre autres celles suivantes : l'Archet, consistant, en l'année 1607, en une maison, pressoir couvert en tuiles, cour, jardin et dépendances, époque à laquelle ce domaine produisait 8 sous parisis de cens et une rente de 32 sous de la même monnaie.
Le clos du Temple, ainsi désigné en 1647 : deux maisons, pressoir, cour, verger, vignes et terres, le tout contenant cinq quartiers en une pièce chargée de 40 sous parisis de rente foncière.
Le Lièvre-d'Or, quoique situé paroisse Saint-Marceau, de la contenance, en 1546 et 1649, d'un arpent de vignes en deux pièces près la Croix-où-le-Mort-tua-le-Vif, chargé de 6 sous 6 deniers parisis de rente (16).
16. On dit aussi le livre d'or, et M. Vergnaud dit : la livre d'or.

Il passe ensuite aux possessions situées à Chécy et Saint-Loup-des-Vignes, dans la paroisse de Saint-Vincent-des Vignes et dans celle de Notre-Dame-du-Chemin, et fait figurer, en ce qui concerne ces derniers territoires, un dossier composé de cinquante-neuf pièces, dont la première, à la date du 26 octobre 1475, est un bail perpétuel à cens, consenti par les chevaliers du Temple, d'un clos de vignes au lieu de la Chaude-Tuile ; et à la date du 7 juin 1658, un bail d'un arpent et demi de vignes situé au clos de Maupot, paroisse de Notre-Dame-du-Chemin, et c'est là ce qui donnait lieu à l'exercice de la justice par l'ordre de Malte sur cette partie de cette paroisse.

Et immédiatement après, l'inventaire passe à celles situées à Saint-Cyr-en-Val, Loisellerie et Loisellière, et le Buisson, en mentionnant la dîme de Saint-Cyr ; ensuite il nous conduit de Saint-Cyr à Janville, d'où il revient à Saint-Privé et à la Gabillière, située paroisse de La Chapelle-Saint-Mesmin, chargée d'une rente de 40 sous tournois, ainsi qu'il résulte de lettres passées le jeudi après le dimanche que l'on chante le Misericordias Domini, en l'année 1274.
En 1646, ce domaine était affermé moyennant une rente de 18 livres tournois, et désigné ainsi : maison, cour, colombier à pied, c'est-à-dire seigneurial, ayant boulins et paniers pour les pigeons, depuis le rez-de-chaussée jusqu'au haut, par opposition aux autres colombiers nommés volets, volières ou fuies, bâtis sur piliers et sur solives, avec cellier au-dessous.

Il mentionne ensuite les terres de Saran, Chugy, autrement dit l'Hopitau.
Ce dernier domaine, suivant lettres de Manassès, premier évêque d'Orléans et du chapitre de Sainte-Croix, de 1183, a été donné par Hugues le Bouteillier et sa femme, à Dieu et à la Bienheureuse vierge Marie, entre les mains de l'évêque d'Orléans, pour le salut de leurs âmes et de celles de leurs parents, tant en plaine que bois, à condition d'y faire célébrer à perpétuité l'office divin en l'honneur de notre Sauveur et de sa sainte Mère, sans que ledit lieu puisse être transféré par donation ou autrement à aucune maison religieuse, sauf la volonté des fils donateur nommé Allegrain, chanoine de Sainte-Croix (17).
17. On peut être surpris de trouver ces mots dans La Saussaye, parlant des chevaliers de l'ordre : « crucem in humero viridis coloris gerunt » ; mais cet étonnement cesse lorsqu'on voit plus haut qu'il confond l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem avec l'ordre de Saint-Lazare. Cette confusion de ces deux ordres distincts, et qui tient à l'absence de tout sentiment critique chez les écrivains de ce temps, se manifeste dans les œuvres de La Saussaye et de Guyon avec la plus entière persistance. Ils semblent ne pas même se douter qu'il y ait eu la moindre séparation, à une époque quelconque, entre l'ordre de Saint-Jean et l'ordre de Saint-Lazare ; ils les confondent de la manière la plus absolue, et tous les deux leur prêtent la couleur verte. Symphorien Guyon dit à ce sujet : « Ils portaient la croix verte sur l'épaule pour faire dépit aux Turcs ennemis du nom chrétien, parmi lesquels il n'y a que les descendants de Mahomet et les Othman qui puissent porter cette couleur. » Nous ne pouvons que renvoyer, sur ce point, à ce que nous avons dit en commençant.

Dès 1184, cet ecclésiastique avait transféré ce domaine aux frères de l'hôpital, et l'évêque Manassès, par une charte spéciale, ratifiait ce don au cours de cette même année (18).
18. Il est remarquable que cette donation coïncide avec celle faite par Philippe-Auguste de l'ancienne synagogue des juifs dans les mêmes termes, c'est-à-dire et à la vierge Marie, desservie par des ecclésiastiques prébendes, et qui passa bientôt à l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, ainsi que nous l'avons dit plus haut.

Le domaine de Saran avait été donné à cet ordre par un seigneur nommé Geoffroy en l'année 1226, avec le droit de justice. Les frères de l'hôpital changèrent le nom de Chugy en celui de l'Hopitau, et en l'année 1372, ils firent juger qu'ils avaient la justice haute, moyenne et basse sur ce domaine et ses dépendances, et se firent rendre deux accusés de vol qu'un sergent du duc d'Orléans avait incarcérés dans les prisons du Châtelet de cette ville.
En l'année 1667, la justice de l'ordre condamnait un nommé Taureau, pour vol et blasphème contre Dieu, à payer au commandeur le prix d'un quart de vin blanc et 48 sous parisis d'amende envers la confrérie du Saint-Sacrement établie à Saran, avec défense de ne plus jurer et blasphémer. Ces domaines s'étendaient jusqu'au quartier dit la Croix-de-la-Montjoie.

Il résulte de l'examen de ce chapitre que les deux ordres avaient été simultanément détenteurs de domaines assez importants dans la ville et les faubourgs de la ville de Meung-sur-Loire. Celui d'entre eux qui était le plus important avait appartenu à l'ordre des Hospitaliers : on l'appelait la Croix-Blanche. L'ordre portait une robe noire, sur laquelle était placée une croix à huit pointes en laine blanche ; les Templiers portaient une robe blanche sur laquelle était, à l'endroit du cœur, une croix en laine rouge, origine des décorations, qui toutes, à quelque époque qu'elles aient appartenu, à de rares exceptions près, et jusqu'à celle de la Légion-d'Honneur, se sont appelées, comme leurs sœurs aînées, des croix. 1. On peut être surpris de trouver ces mots dans La Saussaye, parlant des chevaliers de l'ordre : « crucem in humero viridis coloris gerunt » ; mais cet étonnement cesse lorsqu'on voit plus haut qu'il confond l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem avec l'ordre de Saint-Lazare. Cette confusion de ces deux ordres distincts, et qui tient à l'absence de tout sentiment critique chez les écrivains de ce temps, se manifeste dans les œuvres de La Saussaye et de Guyon avec la plus entière persistance. Ils semblent ne pas même se douter qu'il y ait eu la moindre séparation, à une époque quelconque, entre l'ordre de Saint-Jean et l'ordre de Saint-Lazare ; ils les confondent de la manière la plus absolue, et tous les deux leur prêtent la couleur verte. Symphorien Guyon dit à ce sujet : « Ils portaient la croix verte sur l'épaule pour faire dépit aux Turcs ennemis du nom chrétien, parmi lesquels il n'y a que les descendants de Mahomet et les Othman qui puissent porter cette couleur. » Nous ne pouvons que renvoyer, sur ce point, à ce que nous avons dit en commençant.

Et on peut être sûr que tous les manoirs, aujourd'hui transformés en fermes ou hôtelleries appelées la Croix-Blanche ou la Croix-Rouge, ont appartenu, les premiers à l'ordre des Hospitaliers, les autres à celui des Templiers.
La maison de la Croix-Blanche était affermée, par bail du 3 avril 1457, pour six ans, ensemble les droits de franchise et de liberté de ladite maison, le droit de mesure à vin et de blé, c'est-à-dire le droit de mesurer ces denrées, sans avoir égard à la mesure coutumière du lieu, et de contraindre les habitants d'user, pour en vendre et en acheter, de la mesure à l'usage de la maison.
Il en dépendait encore un étal de boucher et une tuerie appelée l'étal Saint-Marc, et qui, à raison de leur banalité, étaient affermés, en 1635, moyennant la somme de 36 livres.
L'ordre prétendait, en outre, que cette maison avait le droit de cuire tout le pain nécessaire pour l'usage de ses hôtes, et même d'en vendre et exposer en vente à une fenêtre de l'hôtel, sans commettre d'abus, aussi bien que des viandes, sans payer aucun droit.

Mais l'évêque et le chapitre de Sainte-Croix, seigneurs chacun pour moitié du four banal de Meung-sur-Loire-sur-Loire, contestèrent cette prétention et demandèrent la condamnation contre le fermier du four de la Croix-Blanche à une somme de 14 deniers tournois, pour droit de pâte de chaque mine de blé en nature.
Les parties transigèrent : la Croix-Blanche garda son four pour la consommation de ses hôtes ; et si parmi eux il y en avait un qui fût boulanger, il pouvait seul, et à une seule fenêtre, vendre du pain.

L'ordre de Saint-Jean possédait aussi, dans les environs de Meung-sur-Loire, la ferme de la Bouerie ou Boverie.
Le Temple possédait, de son côté, des droits féodaux assez importants à Beaugency ; en 1227, il eut à se défendre contre le seigneur de cette ville, qui voulait le contraindre à payer le droit de botage et de tavernage. Cette contestation fut apaisée à l'avantage des Templiers.
Ces deux droits étaient inséparables : qui avait le botage avait le tavernage. Le premier s'exprimait par ces mots : botagium, butta, butis, buza, cupa, dolium, vas vinarium, lagena major, et s'appliquait, dans la pratique, au droit de déterminer la mesure de la vente du vin en détail, à table ou à emporter ; le second, par le mot unique : tavemagium, et exprimait le droit de donner, moyennant finance, celui de vendre vin et de tenir une taverne dans laquelle on vendait le vin à la mesure et au taux fixés par le seigneur. Laurière nous apprend qu'on appelait aussi tavernage l'amende que paie le débiteur pour avoir vendu le vin au-dessus du taux ainsi fixé.
Les Templiers conservèrent, par l'effet de la transaction, ces trois prérogatives, en tous cas et certainement les deux premières.
Ils prétendaient aussi avoir le droit de festage exprimé par les mots : festagium vestigale, ou tributum quod domino villæ aut fundi penditur, pro facultate habendi aut extruendi domum in villa, tribut qui appartient au seigneur d'un domaine pour la faculté qu'il a concédée de posséder ou de construire une maison sur ce domaine, résumé par Laurière, en ce mot : fouage, affouage, affouagement. On exprimait aussi le mot fasiagium par celui d'hostelage, ou d'ostise, ou de fournage à cause de fourneau ou cheminée qui était la conséquence de posséder une petite maison ou chaumière.

Ce droit, ce tribut se percevait en général par chaque feu. Ici il se résout en une perception prédiale (19), tout en tirant son origine de la concession ci-dessus exprimée. Le Temple avait en effet le droit de prendre deux charretées de foin attelées de six bœufs, par chacun an, sur les prés du seigneur de Baugency, plus vingt-cinq mines de froment à la petite mesure sur son moulin de Choizeau, et 5 sous parisis sur son péage de la Loire.
19. En droit, une servitude est l'obligation pour le propriétaire d'un terrain de tolérer ou de s'abstenir de faire quelque chose à l'avantage d'un autre terrain (mais jamais l'obligation de faire quelque chose). Il s'agit d'un concept remontant au droit romain.

Une transaction réduisit ces droits à 55 sous parisis de rente pour le festage et aux vingt-cinq mines de blé sur les moulins.
Enfin ils possédaient le temple de Beaugency, sans valeur et déjà en ruines dès l'année 1533.

Il faut passer sur ses possessions de Mareau-aux-Prés, Viabon, Baule et Dry, et ne s'arrêter qu'un instant sur celles de Sandillon, de Bou, de Mardié et de Donnery.
Les frères de l'hôpital prétendaient avoir en commun, avec les enfants de Philippe de Villereau, à cause d'une maison ayant appartenu à un seigneur nommé Arnold Dupuy ou de Puteaux, en la paroisse de Saint-Aignan de Sandillon, le droit de justice.
Cependant, comme cette terre était dans la mouvance de l'évêché, ils accordèrent devant l'official d'Orléans, au mois de septembre 1285, que Monseigneur l'évêque avait pu faire pendre un homme du nom de Guillaume de Bole, et couper l'oreille à un nommé Jean Thierri, et autres exploits de justice.
Ils avaient d'ailleurs la dîme de cette paroisse, affermée, en 1531, 75 livres 10 sous tournois.
Il n'est d'ailleurs pas autrement question de Bou, de Mardié et de Donnery, excepté qu'il y est dit que les Templiers, seigneurs censiers de Bou, y avaient toute justice.

Nous ne parlons de Gravant, du Mont, de la Villette et de Champarault, que parce qu'ils nous permettent de les considérer comme ayant, dès l'origine, appartenu aux Templiers, et qu'ils nous conduisent à découvrir que l'ordre possédait le lieu vulgairement appelé Mer, depuis la ville de Mer, près Blois, qui en 1239 n'était encore qu'un territoire sans construction et sans habitants, et qu'ils avaient la haute, moyenne et basse justice sur ce territoire (20), mais certainement en partage avec le chapitre de Sainte-Croix.
20. Voir les actes du greffe de la justice de la commanderie de Saint-Marc.

Il faut passer rapidement sur les possessions dans la paroisse de Tavers ; sur celles appelées Villiers-le-Temple et Villiers-le-Gast (21), la première portant avec elle le signe de son origine, et la seconde n'étant qu'une dépendance de la première, et surtout sur un domaine du nom de Marasson, que les Templiers possédaient dans la paroisse de Loigny-en-Beauce (23), et sur l'hopitau des Guenières (22), situé paroisse de Viabon, détruit dans les guerres de l'année 1562, pour nous arrêter un instant sur le domaine d'Orgères (24) et celui appelé le temple d'Artenay.
21. Villiers le Gast : 45130 Epieds-en-Beauce
22. Peut-être de nos jours : Loigny-la-Bataille (28)
23. La ferme, autrement dit l'Hôpital de Guenières, à Viabon, située sur le chemin de Fontenay à Liouville, démolie pour cause de vétusté en 1670.
24. Orgères-en-Beauce


L'inventaire constate, au sujet d'Orgères, qu'en 1280 le seigneur du Puiset reconnut tout droit de justice aux Templiers sur ce territoire et sur ses habitants, de quelque sorte qu'ils soient ; qu'à une époque qui n'est pas déterminée, les Hospitaliers, successeurs des Templiers, établirent une maladrerie à Orgères, mais que ce domaine était dans la mouvance du duc d'Orléans, auquel l'ordre rendait foi et hommage pour ce fief, et payait 50 livres de rente, et enfin que les Hospitaliers devinrent possesseurs du temple d'Artenay, composé de trois fermes situées paroisse de Bussy-le-Roi, qu'ils affermaient, dès l'année 1455, moyennant une rente de 40 sous parisis, par l'espace de trente-six ans, et encore à la charge pour les preneurs de faire bâtir une grange dans les douze années les plus prochaines.

L'examen de ce deuxième registre se clôt par la mention du domaine de Chaumont-les-Aschères, en la paroisse de Trinay (25), ayant appartenu au Temple, et qui en 1316 appartenait à l'ordre des Hospitaliers, où il y exerçait toute justice, et par celle des domaines de Millouart et de Pourpry, dont il avait les dîmes, ayant appartenu aux Templiers, et celui de Châtillon-le-Roi en Beauce, dont l'origine est incertaine.
25. Département: Loiret, Arrondissement: Orléans, Canton: Gidy - 45

C'est ainsi que nous arrivons au troisième registre de l'inventaire, où nous rencontrons un grand nombre de riches possessions dans les territoires de Neufvi, Guilleville, le Boulet, Acqueboville, ayant ce dernier appartenu originairement au Temple ; de l'Engellerie ou l'Engennerie, de Rouvray-Sainte-Croix et de la Picardière ; de la Motte-Boutavilliers ou la Rousse, Saint-Martin-d'Abbat, dont l'origine est incertaine.

Mais ce qui mérite ici une attention particulière est le domaine de Monlpipeau, tenu en fief encore au cours de l'année 1160. De l'évêché d'Orléans il a passé, avec ses dépendances, en vertu de la donation qui lui en a été faite par Bouchard de Meung-sur-Loire, homme-lige de l'évêque, et avec l'approbation de celui-ci, dans le domaine de Saint-Jean-de-Jérusalem.
Cette donation est énoncée dans l'inventaire comme étant faite du fief de l'évêque appelé Coulmiers, de Rozières et de Montpipeau, à la condition d'une réserve de bois, de faire bâtir un village sur les soixante arpents de ladite terre, et de défendre ses habitants comme leurs sujets et justiciables, tant en paix qu'en guerre, et en se réservant la moitié des profits des fours, des moulins et étangs qui seraient faits audit lieu, les censives d'une masure, quatre charrues de terre et les trois-quarts de la dîme.

De l'Hopitau et de Montpipeau, l'inventaire nous conduit à Chantosme, à la Chaussée-Saint-Victor, près Blois, et à la Collemelle, paroisse de Saint-Péravy-la-Colombe.
Il fait connaître, avec quelques détails, une poursuite exercée par le commandeur de l'ordre contre la dame Esther de Rochefort, veuve de Pierre Sallin, sieur de Chantosme, pour obtenir paiement des arrérages d'une rente de six mines de froment et six mines d'avoine à la mesure de Marchenoir, ces redevances à prendre sur la terre et seigneurie de Chantosme.
Ces poursuites, fondées sur un titre remontant à l'année 1270, avaient donné lieu à la saisie de la seigneurie et à une contestation vidée par un arrêt du parlement du 19 janvier 1608.
Il mentionne aussi, à la date du 19 juin 1477, une saisie brandon assise, à la diligence du grand prieur de l'ordre, sur une pièce de terre située à la Chaussée-Saint-Victor, chargée de quelques droits et devoirs envers la chevalerie de Saint-Jean, et enfin le don fait aux chevaliers du Temple, au mois de juin 1226, par Hervé, dit Malemort, d'un muids d'avoine et d'un muids d'hibernage, à prendre sur le champart de Collemelle et à la mesure de ce lieu, hibernagium blatum hiemale, blé d'hiver ou blé méteil, servanl exclusivement à la composition du pain pendant l'hiver, le pain de blé froment n'étant alors en usage qu'en été, et une vente de quelques pièces de terres situées en ce lieu, à la date du 6 novembre 1506.

Ensuite on rencontre l'hopitau de Bonneville, près Jouy-le-Pothier, aujourd'hui Bonneville-sans-Pain, le temple de Samberon, paroisse de Saint-Cyr-de-Semblecy, et la Cormerie.
L'hopitau de Bonneville, dont le nom indique qu'il était un domaine ayant appartenu à l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean, comme celui du domaine du Temple de Semblecy indique ainsi son origine des Templiers, était en 1471 ainsi désigné : maison, métairie, terres labourables et non labourables, prés, pâtures, défauts (ou amendes faute de paiement, sanction introduite dans les baux à rente), vente, terrage, four à ban (banal), étang devant l'hopitau dudit lieu, et exploits (ou exercice de la justice).

Puis viennent des possessions désignées sous les noms de Saugirard, Selles, Rougeou, Villeloup, Buffault, Chemardois, la Beyle, Azery, Pruniers, Rochoreau, Villerviers, Gy, Lassai, Bastarde et Ary.
Ces biens appartenaient aux Templiers par donations remontant à l'année 1177, excepté Rougeou, donné aux frères de l'Hôpital par Guillaume, évêque d'Orléans en 1247, moyennant une rente d'un muid d'avoine.
Cette donation comprend les pâturages de la terre et les fourchereres en bois, c'est-à-dire les fourches patibulaires ou les justices, indication du droit de justice dont ces instruments de supplice prenaient assez indûment la qualification.

Les chevaliers de Saint-Jean prétendaient au droit de justice sur les terres de Rougeou ; il leur fut disputé par le comte d'Auxerre. Ce seigneur possédait la terre de Selles-sur-Cher, et ses officiers faisaient des entreprises sur la justice haute, moyenne et basse de l'ordre. Le seigneur de Selles lui-même prétendait contraindre, et cela par l'emprisonnement, les habitants de Rougeou d'aller travailler aux réparations et fortifications de son château de Selles, quoique ces habitants fussent tenus de contribuer aux fortifications du château et murailles de la ville d'Orléans.

Pour faire cesser de pareilles entreprises, Charles, duc d'Orléans, le 7 août 1353, publia des lettres adressées au bailli de Bourges, par lesquelles il maintient les frères de l'Hôpilal dans leur droit de justice sur Rougeou.
Cet ordre était si bien justicier en ce lieu, qu'en l'année 1424, il faisait, avec le comte de Tonnerre, le partage des hommes de corps et de serviles conditions qui habitaient leurs terres respectives. Il était même exempt de la justice spirituelle de l'évêque et franc, à cause de ce domaine, du paiement de toute coutume.

A ces renseignements, il faut ajouter ceux que l'inventaire nous donne sur le château de Lassai, près Romorantin, qui existe encore aujourd'hui avec tout son caractère antique et féodal, que les révolutions et les mœurs nouvelles semblent avoir respecté pour nous conserver le type des manoirs de ces temps reculés, dans lequel ses illustres hôtes pourraient s'installer aujourd'hui comme ils le faisaient jadis, sans s'apercevoir des changements opérés autour de lui.
Ce château était un domaine de l'ordre des Hospitaliers.

En quittant ces lieux, l'inventaire nous ramène à Millencay ; les Templiers y possédaient la dîme des récoltes et celle des agneaux ; ils possédaient aussi la dîme du moulin Morneau, situé à Menestreau-en-Villette.

Il nous ramène aussi à Villeneuve-sur-Beuvron, Villandry, Villerviers, les Granges, Vernou, où les Hospitaliers avaient des droits censuels et des possessions ; à Bauzy, dont ils avaient la dîme, et dans la paroisse de Nouan-le-Fusellier, à la Souve, paroisse de Vernou, à Coulon, où ils possédaient des rentes sur quelques héritages.
On peut suivre l'ordre de l'hôpital en parcourant la lande de Saint-Laurent-des-Eaux, le domaine de Montmoron et du Petit-Trochet, en la paroisse de Saint-Aubin, aller de là à Châtillon-sur-Loing, où il possédait un moulin échangé au XVIIe siècle pour le quart de la dîme de la paroisse de Courterat, et enfin, en revenant, dans la paroisse de Marcilly-en-Gault.

On parcourt aussi les possessions des Templiers qui avaient, en vertu d'une reconnaissance de 1240, la grande dîme de la paroisse de Montbouy, la directe sur le domaine du Tertre, pour lequel on rendait foi et hommage aux chevaliers de Saint-Jean en 1372.
Ils possédaient le temple de Montbouy, et à cause de ce domaine l'ordre de Saint-Jean revendiquait en 1483 une pièce de terre de vingt-huit arpents située en la paroisse d'Amilly, qu'il prétendait lui avoir été enlevée par un de ses habitants ; il possédait encore les biens des Maseriers, paroisse de Dampierre ; la Huardière, la Bodonnière, le Champ-du-Chêne, celui dit des Quatre-Croix, et autres sans importance, et aussi le moulin de Montbouy, et quatorze pièces de la contenance de cinquante-cinq arpents, aux finages de la paroisse de la Barre et autres lieux.
Les chevaliers du Temple, et après eux les chevaliers de Saint-Jean, affermaient les droits moyennant lesquels ils accordaient celui de bourgeoisie à Montbouy, et l'exemption de cuire pain au four banal.

Enfin ils avaient le droit de toute justice, tant sur le territoire de Montbouy que sur celui de Courjanvier, situé paroisse de la Chapelle-Boismorant.
En 1494, les chevaliers de Saint-Jean transigeaient avec Eléonore de Courcelles, veuve de Jean de Coligny, seigneur de Châtillon, sur les limites de leurs justices respectives. L'inventaire ne donne pas les indications de ces limites ; mais il nous apprend que la dame de Châtillon conserva la justice sur Courjanvier.
L'ordre possédait, avec la grande dîme de Montbouy, les rivières, étangs et cours d'eau ; et en 1507 il affermait le droit de huche dans la rivière. Le revenu de ce domaine était affermé, en 1517, moyennant la somme de 200 livres tournois, à la charge de payer les gages du bailli de la justice, et de 60 sous tournois en plus.

Il affermait encore, en 1541, le revenu de Montbouy et le temple de Gien, consistant, dit l'inventaire, en maison, étable, colombier, grange, cour, jardin, terres, prés, bois, vignes, rivières, étangs, cens, deffauls et amendes, et le droit de justice haute, moyenne et basse, avec quelques réserves, et particulièrement celles intéressant l'exercice des droits féodaux honorifiques.

L'inventaire nous conduit au domaine du Grand-Marois, paroisse de Nogent, à Montretout, à Saint-Firmin, dans la paroisse de la Chapelle-sur-Aveyron ; et à cause de Montbouy, à Aillant-sur-Milleron, où il avait des terres affermées par beaux emphytéotiques ; et particulièrement à Aillant, siège d'une maladrerie, et à Montargis, où il percevait un droit de trois setiers d'avoine sur les revenus de l'hôpital de cette ville.

Il avait aussi le domaine et seigneurie de Chambeugle, qu'il tenait de l'ordre des Templiers, et où ces derniers avaient eu une commanderie, et consistant, en 1658, en une maison et une grange, et en cent vingt arpents de terres labourables, sept arpents de pré en une pièce, en bois taillis et de haute futaie, en censives, dîmes et autres droits seigneuriaux, et enfin en un moulin dit le Moulin-Rouge, situé sur la rivière d'Ouanne, d'où dépendaient huit arpents de terre et deux arpents de bois taillis, le tout affermé à cette époque moyennant 450 livres.

Il possédait aussi quelques domaines à Montcorbon, à Champignelles et à Senan, aux Aulnois, à Douchy, à Triguères, à Dammarie et à Châteaurenard, et dans les paroisses de Poilly et de Dampierre.
Il possédait le temple de Saint-Romain, domaine situé paroisse de Gien, qui semble avoir été indépendant de celui appelé le temple de Gien, et celui appelé Dominus, situé paroisse de Saint-Gondom, et aussi le Viverat, paroisse de Montereau, et des redevances censuelles à Lorris en Gâtinais.
Enfin, si nous voulions suivre l'inventaire, il faudrait parcourir les environs de Lorris, où, entre autres domaines, l'ordre de Saint-Jean possédait le village du Best, et une hotte y située, donnés aux chevaliers du Temple par l'évêque d'Orléans en 1254, pour leur servir de refuge et aux pauvres, lieu dont la situation n'est pas désignée, et qu'il nous a été impossible de retrouver ; et plus près d'Orléans, il faudrait revenir à Chevilly, au Moulinet, au lieu appelé la Fontaine du Mystère, Soilly, Longueligne et Hermeville.
Mais nous en avons dit assez pour qu'on puisse se rendre un compte exact de l'origine, de l'étendue et de la situation des biens ayant appartenu d'abord aux deux chevaleries du Temple et de Saint-Jean-de-Jérusalem, et ensuite à cette dernière, dans la ville d'Orléans, dans ses environs et même dans la province de l'Orléanais, au moins en ce qui concerne la commanderie de Saint-Marc, dont nous avions seulement à nous occuper.

Nous avons vu les deux ordres marchant parallèlement, et même nous avons pu concevoir la pensée d'un mélange momentané, et leur attribuer une origine commune dans notre contrée, se diviser ensuite, et l'une absorber l'autre et la remplacer à peu près partout.
Il ne nous reste plus qu'à signaler les droits seigneuriaux et régaliens que l'un et l'autre ordre ont possédés.
Nous avons parlé déjà des dîmes des récoltes, et de celles du lainage et du charnage ; du droit de relevaison à plaisir que nous avons défini ; de celui de lods et ventes ; de la banalité pour la cuisson et la vente du pain, se transformant en une perception d'argent, pour octroi du droit de pâte et de four, pour l'abattage des bestiaux et la mise en vente de la viande de boucherie, par la possession des étaux au pain et à la viande, et le privilège particulier à quelques maisons de leur mouvance de cuire le pain à domicile. Nous avons parlé aussi de la possession des cours d'eau et du droit de huche, par conséquent du droit exclusif de pêcher et de vendre le poisson ; du droit de botage et de forage à vin, et de festage ; nous pouvons ajouter du droit de champart.
Il en est d'autres encore que les deux ordres ont possédés, qu'il est impossible de négliger et qui doivent être ajoutés à ceux qui précèdent, comme résultant de l'inventaire analysé.
Le premier est l'amortissement des biens.
Dans le sens féodal, ce mot signifie l'extinction de la propriété immobilière elle-même.
L'amortissement était donc une fiction du droit féodal au moyen, de laquelle tout un territoire était considéré comme n'existant plus, comme étant mort ; et comme on ne peut exiger quoi que ce soit d'un être matériel ou intellectuel lorsqu'il n'existe plus, ainsi ne pouvait-on exiger d'un domaine, considéré comme n'existant plus, aucune redevance et aucun droit quelconque !

L'amortissement était donc l'affranchissement absolu de toute participation aux charges publiques, de quelque nature qu'elles fussent.
Cependant, pour que l'amortissement créât cette pleine franchise, il fallait que le domaine relevât nuement du roi ; sinon il pouvait être soumis à quelques redevances envers le seigneur direct, car l'amortissement avait toujours lieu sauf les droits des tiers, et c'est ce qui fait que nous avons vu les deux ordres du Temple et des Hospitaliers soumis à quelques redevances censuelles ; mais la plus grande partie de leurs possessions étaient tenues en franchise, en force et vertu de l'amortissement.
C'est ce qui résulte d'un nombre considérable de chartes octroyées aux deux chevaleries par les rois de France depuis l'an 1194 jusqu'à l'année 1605, et particulièrement par Philippe-le-Bel, en 1304, qui amortit tous les biens de l'ordre des Templiers, la veille, pour ainsi dire, de sa destruction, puisqu'elle eut lieu huit ans après.
En vertu de ces chartes, personne ne pouvait contraindre les détenteurs de ces biens à les mettre hors de leur domaine, ni à la charge d'aucune finance ; ils pouvaient faire d'autres acquisitions dans leurs fiefs et censives ; les officiers royaux ne pouvaient exercer leurs offices sur leurs terres ; ils pouvaient s'opposer à leur juridiction. S'ils étaient ecclésiastiques ou ordre religieux, ils ne pouvaient être contraints de plaider en cour séculière.
Et ces chartes en particulier veulent que les aveux et nouvelles reconnaissances qui seront faites au roi par les sujets des Templiers ne soient admis ni reçus dans ces cours ; que les chevaliers ne puissent être punis pour les délits de leurs frères, serviteurs ou domestiques. Elles leur permettent de prendre et arrêter avec armes leurs frères vaguant ; et enfin elles prescrivent que si aucuns des chevaliers est appelé à la cour du parlement omisso medio, c'est-à-dire directement, qu'il soit renvoyé au juge-des appellations de l'ordre.
Il ne paraît pas que la chevalerie de Saint-Jean ait joui dans l'origine de cette immunité : c'est que probablement elle ne relevait pas nuement du roi pour ses possessions de première origine ; mais elle en a joui pour tous les biens qu'elle a possédés à la suppression des Templiers. Ces privilèges lui ont été reconnus dès le XIVe siècle, et cette reconnaissance par les rois qui se sont succédé depuis cette époque lui a été continuée jusqu'en l'année 1714.

Charles VII confirmait en 1423 les privilèges accordés à la chevalerie de Saint-Jean-de-Jérusalem par Philippe V, Philippe VI et Charles VI.
L'ordre était même affranchi, dans des temps plus récents, de ce qu'on appelait le don gratuit, véritable emprunt forcé fait annuellement par les rois au clergé.
L'inventaire mentionne un vidimus du garde de la prévôté de Paris, constatant qu'en l'année 1542, François Ier donnait commission au premier sergent, sur ce requis, de faire commandement aux évêques et à leurs receveurs de rendre et rembourser aux grands-prieurs, commandeurs, religieux, frères et curés tant séculiers que religieux de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, les sommes et deniers qu'ils auraient indûment exigées d'eux à l'occasion du don gratuit, équivalant à 3 décimes, que le clergé de France avait accordé audit seigneur roi.
Henri II reconnaissait en 1553 qu'en recevant de l'ordre la somme de 37,857 livres tournois pour subvenir à ses affaires pressantes, il n'a entendu et n'entend en rien préjudicier aux droits, franchises et privilèges de celui-ci, et fait défense aux archevêques, évêques, et autres leurs commis et députés, de cotiser les commanderies et bénéfices par les décimes ou dons gratuits que le clergé lui accordait. Henri III, en 1586, lui faisait remise de la somme de 25.000 écus, à laquelle il avait été taxé dans celle de 50.000 écus de rente aliénés du temporel du clergé, en vertu d'une bulle du pape de cette année.
Henri IV, en 1592, le prend sous sa protection et sauvegarde spéciale, et confirme tous ses privilèges et immunités, à la charge de ne pouvoir porter les armes contre son service, et de n'aider ni favoriser le parti des rebelles.
Avec ces franchises, qui maintenaient cet ordre dans une indépendance absolue, plus grande même que celle du clergé régulier, et garantissaient sa fortune, il jouissait du droit appelé l'an-du-vacani ou mortuaire, expression que les auteurs qui ont eu la prétention de nous enseigner la nomenclature des droits particuliers à l'ère féodale ont passée sous silence.
Ce droit se comprendra mieux par la citation du passage qui le fait connaître que par son analyse ; on trouve à la page 46 du premier registre ces mots : « 1er février 1578. Bail à ferme de l'an-du-vacani de la commanderie d'Orléans, arrivé par le décès du sieur de la Rouère, dernier pourvu d'icelle, fait par frère Georges de Renier-Guerchy, chevalier, commandeur de Coulommiers en Brie, procureur et receveur du commun trésor dudit ordre au grand-prieuré de France, à M. Charles Prieur, comme au plus offrant et dernier enchérisseur, moyennant la somme de 2,430 livres tournois de ferme pour ladite année. »

Il résulte bien clairement de ces énonciations que le revenu du commandeur qui venait de mourir entrait pendant une année dans la caisse générale de l'ordre, et qu'il venait ainsi tourner au profit de chacun de ses membres prélevant une part sur les revenus ; et comme les commanderies pouvaient se renouveler souvent par les décès ou désunions, que plusieurs pouvaient devenir vacantes en même temps, ce droit n'était pas sans importance.

Et en effet, Henri IV, en l'année 1610, donnait des lettres en faveur des grand-maître, prieurs, bailli, commandeur, chevaliers et religieux de l'ordre de Saint-Jean, par lesquels le roi évoque à lui tous les procès et différents non contestés mus et à mouvoir de la valeur par estimation de plus de 200 livres une fois payées, esquels il sera question de l'intérêt desdits chevaliers et du commun trésor dudit ordre, comme de responsions, impositions et autres charges annuelles dues audit commun trésor, mortuaire vacant et dépouilles des commandeurs et chevaliers.
Ainsi on attachait une telle importance à ce droit, qui semble avoir appartenu exclusivement à l'ordre de Malte, que le roi se chargeait de juger en son conseil toutes les difficultés auxquelles sa mise en pratique pouvait donner lieu.

L'ordre de Saint-Jean jouissait du privilège appelé committimus (26), en vertu de lettres de Louis XI, datées de mars 1474, et de garde gardienne, privilège que nous avons expliqué dans les notices précédentes, et qui consistait, en cas de procès devant la justice régulière et royale, à assigner le défendeur devant le juge commis pour juger les contestations du demandeur, privilège qui lui a été renouvelé, en 1709 et en 1714, pour suppléer aux titres primordiaux que l'ordre ne pouvait représenter, et satisfaire ainsi à l'article 18 de l'ordonnance 1669.
26. Le committimus (lettre de) désigne un privilège accordé par le roi, en France sous l'Ancien Régime.

Enfin, il avait droit à une redevance censuelle assise sur la terre de Montmoron, située paroisse de Saint-Aubin, en Sologne.
Il est dit au verso de la page 229 du premier registre, au chapitre des censives dus sur tous les membres ou domaines de la commanderie des Templiers, aux lieux y désignés, qu'il est dû, par les hôtes et habitants de Montmoron, un repas au commandeur, qui peut y aller avec quatre chevaux, et mener avec lui un frère, un clerc, un écuyer, un chien et un oiseau gentil (un épervier sans doute, le mot gentil correspondant au mot noble), s'il lui plaît ; et il doit avoir, comme il est accoutumé de tout temps, trois mets, soit chair ou poisson, et ses chevaux grande foison de foin et d'avoine. Il doit être honorablement logé, lui et ses gens, et son clerc doit avoir une mine de blé, et l'écuyer autant, à la mesure de La Ferté, et son oiseau une poule, et son chien un pain, s'il les mène audit lieu en allant recevoir les censives qui lui sont dus à La Ferté-Saint-Aubin, le 1er mars ; et si le clerc ou l'écuyer dudit commandeur achètent les viandes, les hôtes dudit lieu les doivent payer.

L'inventaire qualifie cette redevance de remarquable ; elle n'est autre, cependant, que celle appelée au temps féodal gistum, procuratio, cœnaticum, comestio, partus prandium, définie dans la notice de Notre-Dame-des-Forges, et consistant dans le droit appartenant au suzerain d'être reçu et logé, à des époques déterminées et convenues, statis et condictis vicibus, dans la maison de son vassal.

Ici le droit prend un accroissement assez considérable, et la galanterie qui faisait donner une poule à l'oiseau du commandeur nous apparaît pour la première fois.
Et enfin il avait, pour ses terres et leurs habitants, le droit de pâturage et d'usage dans les forêts, consistant : en droit de passage ou de glandée, c'est-à-dire de faire paître des pourceaux dans les bois ; en droit de chauffage, c'est-à-dire de prise de bois nécessaire pour l'hiver, aboli, il est vrai, par l'ordonnance des eaux et forêts de Louis XIV, mais moyennant indemnité.
C'est ainsi que s'est établie la commanderie de Saint-Marc, et qu'elle s'est maintenue dans ses droits seigneuriaux et de haut justicier qu'elle a exercés dans la ville et dans ses alentours jusqu'à la révolution de 1789, qui l'a fait disparaître nomme dans toutes les autres parties de la monarchie, sa grande maîtrise continuant à exister jusqu'à l'année 1798, époque à laquelle le général Bonaparte, en prenant l'ile de Malte, a mis fin à cet ordre, qui ne s'est plus relevé, malgré quelques essais tentés sous la Restauration pour le reconstituer.

Introduction
Justice de Saint-Sauveur ou de la commanderie de Saint-Marc, par M. Eugène BIMBENET, membre titulaire résidant.

La commanderie de Saint-Marc était un démembrement de l'ordre, tout à la fois religieux et militaire, connu dans l'histoire sous les noms successifs de Frères-Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, de chevaliers de Rhodes et de chevaliers de Malte, suivant les épreuves qu'il a subies.
Bien qu'il ne puisse s'agir ici d'écrire l'histoire de cette institution toute nationale, puisqu'elle appartient exclusivement à la langue des Francs, pour employer l'expression à l'aide de laquelle on désignait les différentes catégories de l'ordre des Frères-Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, il est indispensable, pour fixer les dates primordiales, de jeter un coup d'œil sur son origine en Orient, et plus particulièrement sur son origine en France, et cela avec d'autant plus de raison que le territoire Orléanais, même à ce dernier point de vue, doit être considéré, si on en croit nos annalistes, comme ayant été le siège du premier établissement de cette chevalerie dans le royaume.

La tradition religieuse, attestée par Fleury, attribue, d'après saint Grégoire de Nazianze, l'institution des Frères-Hospitaliers de l'Orient à saint Bazile-le-Grand.
On dit que ce saint personnage organisa à Jérusalem, au IVe siècle, et le premier, un hospice pour les pauvres malades ; qu'il les soignait, les nourrissait, les logeait ; d'où on a conclu que quand l'armée des croisés s'est emparée de la ville sainte, elle n'a eu qu'à continuer une œuvre déjà, et depuis des siècles, commencée.

Mais cette origine ne peut être adoptée (1) ; lorsqu'au milieu du XIIe siècle, les musulmans eurent conquis sur l'empire d'Orient toutes ses possessions dans la Syrie et dans la Palestine, toutes les institutions du christianisme y furent détruites et renversées.
1. Voir l'Histoire des chevaliers de Malle, de l'abbé Vertot.

Ce ne fut que plus tard, et sous le règne de Charlemagne, que, grâce à la haute renommée de ce prince, les chrétiens obtinrent de rentrer à Jérusalem et d'y ouvrir une habitation aux pèlerins.
Cette faveur leur fut bientôt enlevée et ne leur fut rendue qu'en l'année 1048, au cours de laquelle des marchands de la ville d'Amalphi, à force de sacrifices et de présents, obtinrent la permission de fonder un hospice auprès du Saint-Sépulcre.
Ils parvinrent même à obtenir la permission de construire une chapelle dédiée à Sainte-Marie-Latine, dans laquelle on célébrait l'office divin selon le rite romain, par opposition au rit grec.

On construisit alors deux hospices pour y recevoir séparément les pèlerins des deux sexes ; chacun de ces hospices eut, avec le temps, sa chapelle : celle destinée aux hommes, dédiée à Saint-Jean-Laumosnier : celle destinée aux femmes, à Sainte-Madeleine. (2)
2. Voir l'Histoire des chevaliers de Malle, de l'abbé Vertot.

La conquête des musulmans leur fut disputée par les Turcomans, qui leur enlevèrent Jérusalem en l'année 1065.
L'hospice des chrétiens allait être détruit une seconde fois, lorsque le nouveau vainqueur comprit le parti qu'il pouvait tirer de la piété des fidèles qui venaient visiter les saints lieux : on augmenta les tributs qu'on exigeait d'eux, et on conserva les établissements que la religion chrétienne avait fondés.
Cependant les cruautés de ces peuples étaient telles, qu'elles excitèrent le désir, chez les peuples de l'Occident, de reconquérir la Palestine ; la première croisade s'organisa en l'année 1093, et en l'année 1099, l'armée des princes confédérés assiégeait Jérusalem.
Les deux institutions des généreux marchands italiens subsistaient - encore : l'une administrée par un Français nommé François Gérard, l'autre par une dame romaine nommée Agnès, persécutés et incarcérés par le gouverneur de la ville pendant le siège des croisés, dont la victoire les rendit à la liberté (3).
3. Voir l'Histoire des chevaliers de Malle, de l'abbé Vertot.

Un grand nombre de jeunes nobles croisés, touchés de la charité qui avait présidé à l'organisation et à l'administration de ces établissements, se consacrèrent à continuer l'œuvre de Gérard ; d'autres ; leur firent de riches oblations, et l'ordre des Frères Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem fut fondé.
Le pape Pascal II, quelques années après, l'autorisa et lui donna des privilèges et des immunités considérables, singulièrement augmentés en 1153 par Anastase IV ; et comme ce que ce pape a fait pour cet ordre explique quelques circonstances qui seront bientôt signalées, on doit rapporter ici une partie de ces privilèges.
Il lui permit de bâtir des églises et des cimetières dans toutes ses terres et seigneuries ; d'y enterrer, avec toutes les cérémonies de l'église, les frères décédés, nonobstant tout interdit des ordinaires ; de recevoir des prêtres et des clercs, tant dans la maison principale de Jérusalem que dans les autres obédiences qui en dépendent ; et « si les évêques et les ordinaires, dit le Souverain-Pontife en s'adressant aux Frères-Hospitaliers, dans sa bulle, s'y opposent, vous pourrez toujours, par l'autorité du Saint-Siège, admettre ceux dont vous aurez reçu bon témoignage ; et même ces prêtres et ces clercs seront absolument exempts de la juridiction des évêques et des ordinaires, et ne seront soumis qu'au Saint-Siège et à votre chapitre. »

L'institution prit donc une extension rapide et ne fit que prospérer ; les constructions s'augmentèrent; une église magnifique fut édifiée, et bientôt l'association passa les mers et fonda des hospices dans les principaux ports de l'Occident.
On comprit que les guerriers et les pèlerins, les uns blessés dans les combats, les autres accablés par les fatigues du voyage, auraient besoin de secours pour le retour, comme ils en avaient eu besoin après leur première traversée, pour les soutenir dans les épreuves de leur séjour sous un ciel étranger, et les rendre à leur patrie.
Ce fut cette pensée qui inspira l'escorte pour amener du port ces caravanes d'une nouvelle espèce et pour les y reconduire, les vaisseaux pour les transporter, les maisons de refuge pour les recueillir au rivage, et qui donna lieu bientôt à l'organisation de l'ordre des chevaliers du Temple.
L'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean avait été jusque-là purement religieux ; la situation des croisés, malgré leur conquête, le rendit militaire, et en l'année 1118, il s'organisa en armée permanente pour la défense des saints lieux ; et en effet, à partir de cette époque, les Frères-Hospitaliers furent les soutiens les plus actifs et les plus courageux de l'autorité toujours chancelante des princes qui s'étaient partagé les possessions conquises dans ces contrées.

Il est inutile d'insister davantage sur ce point ; il suffit de déterminer la position religieuse de cet ordre : ses membres étaient soumis à trois serments solennels. La Saussaye les résume très-bien dans ce peu de mots : Milites tribus votis obstringuntur : charitate excipiendi et nutriendi leprosos ; castitate libéra (ut si velint possint inire conjugium, sed tamen, in eo castitaiem sub voto servent ; obedientia erga magnum magistrum et magistratus ordinis
Les chevaliers sont liés par trois vœux : recueillir avec charité et nourrir les lépreux ; garder une chasteté absolue même dans l'état du mariage qu'il leur est libre de contracter sous l'observance de ce vœu, et obéir au grand-maître et aux chefs de l'ordre.

L'exemple de dévouement, de bravoure et de charité donné par ces religieux armés inspira une autre association, ainsi qu'on l'a dit ; les affiliés à l'ordre des Hospitaliers eurent la pensée de se réunir pour protéger plus spécialement par la force des armes les convois de pèlerins sans défense qui venaient de toutes parts visiter le saint sépulcre ; et comme ils habitaient une maison proche du Temple, ils en prirent la dénomination de Templiers ou de chevaliers du Temple. Cet ordre date de l'année 1118, c'est-à-dire de celle où l'ordre de Saint-Jean s'arma pour la défense de la conquête, sans cesse attaquée.
Enfin une troisième association se forma ; ce furent les chevaliers de Saint-Lazare. L'institution de cet ordre est à peu près contemporaine de celle du Temple ; le séjour prolongé sous le ciel de l'Orient avait fait contracter aux croisés et aux pèlerins la maladie de la lèpre. D'abord soignés par les Frères-Hospitaliers, on se vit obligé de créer des établissements nouveaux pour tenir éloignés les blessés et les malades ordinaires de ceux qui en étaient atteints, et soumettre ces derniers à un régime particulier. L'ordre des Lazaristes fut constitué en l'année 1119.

Ce rapprochement était nécessaire ici, parce que l'ordre des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem fut mis en possession des biens des Templiers après leur destruction et le supplice de Jacques de Molay, leur dernier grand-maître, en 1312 ; parce que l'ordre de Saint-Lazare est venu se fondre dans celui de Saint-Jean-de-Jérusalem en l'année 1490 ; et enfin parce que, malgré l'opposition des chevaliers de Saint-Lazare à cette fusion, la commanderie de Saint-Marc ajouta au titre de son ordre celui de Saint-Lazare.

Cependant ces deux désignations et les commanderies des deux ordres, sous l'autorité du grand-maître Aymard de Chattes, furent et demeurèrent définitivement séparées, et Henri IV institua alors l'ordre du Mont-Carmel, qu'il réunit à celui de Saint-Lazare (4)
4. On voit aussi les commandeurs de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem être qualifiés de commandeurs de l'ordre de Saint-Jean-de-Latran ; mais dans les chartes et les historiens de l'ordre, on ne voit pas la cause du cumul du premier de ces titres et du second, ce qui d'ailleurs est indifférent ici.

Mais cette mesure tardive s'emble n'avoir eu aucune suite ; l'usage se perpétua de confondre les deux ordres de Saint-Lazare et de Malte. Ces explications, sans lesquelles on aurait pu craindre quelque obscurité dans les désignations différentes ayant appartenu à des ordres d'idées différents, quoique venant de la même origine, nous permettent de nous séparer de l'histoire générale pour entrer dans l'histoire particulière de la très modeste et cependant très riche commanderie orléanaise, composée des biens de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem et de ceux de l'ordre des Templiers que tous les deux ont possédé dans la ville d'Orléans, dans sa banlieue et dans ses environs.
Notre premier soin doit être de déterminer l'époque de l'introduction de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem en France et particulièrement dans l'Orléanais, et enfin dans la ville d'Orléans.

Si on en croit nos annalistes, l'époque de l'établissement de la chevalerie de Saint-Jean dans l'Orléanais marque celle de son établissement en France.
A cet égard, les enseignements de l'histoire ne sont pas plus précis que les assertions de notre tradition locale ne sont exactes. Nous devons d'abord examiner cette tradition et la comparer aux documents dont nous indiquerons bientôt la nature.

On assure donc qu'à son retour de la Terre-Sainte, c'est-à-dire en Tannée 1154, Louis-le-Jeune, touché des services rendus à l'humanité et à la religion par les Frères-Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, en amena douze avec lui, et qu'il leur donna Boigny, près Orléans, qui devint la demeure du grand-maître et le chef-lieu de l'ordre, où tous les trois ans se tenait le chapitre des princes et commandeurs de cet ordre établi en France, en Italie, en Sicile, en Angleterre, en Allemagne et en Espagne, et le point d'où se répandirent en France les membres de cette célèbre institution.

Cette version est assez universellement adoptée ; le dictionnaire de Trévoux admet la donation de la terre de Boigny, terram Boigniacam dedit, et La Saussaye s'exprime ainsi à ce sujet : Discimus sub idem quoque tempus (Manassis) ordinem militum Sancti Lazari Hierosolymitani introductum in Franciam ad annum 1154 quo Ludovicus junior domum Boigniaci eis donavit, ut esset caput et conventualis domus illorum militum Nous disons qu'à cette époque (sous l'épiscopat de Manassès Ier), et au cours de l'année 1154, l'ordre des chevaliers de Saint-Lazare-de-Jérusalem fut introduit en France, et que Louis-le-Jeune leur donna le château de Boigny pour être la maison conventuelle de cet ordre.

Mais cette tradition manque d'exactitude en trois points importants :
D'abord en confondant les chevaliers Lazaristes avec les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, à une époque où ils étaient parfaitement distincts et séparés.
En fixant la date de la donation à l'année 1154.
Et enfin en disant que la grande maîtrise avait son siège à Boigny, devenu la maison conventuelle de l'ordre où se tenaient ses chapitres, c'est-à-dire ses réunions, dans lesquelles se prenaient les mesures les plus importantes.
Ce qu'il y a de certain, c'est que l'ordre de Saint-Lazare, dont l'institution doit être contemporaine, ou à peu près, de celle de l'ordre de Saint-Jean, n'a été réuni à ce dernier qu'en 1490, ainsi qu'on l'a dit, malgré l'opposition des membres du premier de ces ordres, et on doit ajouter même qu'il est très-probable qu'un arrêt du parlement de Paris maintint cette séparation.

Nous avons signalé les causes sur lesquelles il ne faut pas revenir: de la distinction des deux ordres, dont la réunion ne put s'opérer que quand le double but de leur institution vint à manquer, les guerres de l'Orient et les croisades ayant cessé, et la lèpre ayant disparu de l'Occident. Les écrivains qui disent que Louis VII, en 1154, donna Boigny aux Lazaristes de Jérusalem, commettent donc une grave erreur, surtout s'ils les confondent, dès cette époque, avec les hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem.

A cet égard, il règne la plus grande incertitude, même chez les écrivains qui enseignent que cette donation remonte à l'année 1154, La Saussaye étant obligé de mettre en note cette rectification : Andreas Favinus auctor hutoriœ Navarræ refert ad annum 1254, iempore sancti Ludovici
Cette dernière hypothèse n'est pas plus admissible que la première ; et cependant elle a un caractère de probabilité que l'autre n'a pas.
Louis VII, à son retour de la Terre-Sainte (1149), a bien pu amener avec lui, en France, quelques chevaliers du Temple, et même de Saint-Lazare ; mais les immenses services que ces ordres rendaient alors en Orient s'opposent à ce qu'une installation définitive et considérable, qui les eût détournés du but principal de leur institution, leur ait été donnée en Occident, tandis qu'en 1254, rien ne se serait opposé à ce qu'un certain nombre des membres de l'ordre fussent possessionnés en France, tout étant perdu pour le christianisme militant en Orient.

Et ce qui est plus probable encore, c'est que si, dès l'année 1154, presque contemporaine de la création de ces ordres tout à la fois militaires, religieux et hospitaliers, l'un ou l'autre d'entre eux a été possessionné en France, c'est qu'on y recrutait déjà dans la noblesse des remplaçants à ceux que leur vie militante exposait au double danger de la guerre et du contact de l'horrible maladie de la lèpre; mais cette possession n'a pu consister, à celte époque, dans l'importante concession du domaine de Boigny.

Enfin, les écrivains commettent une erreur plus inexplicable encore, lorsqu'ils représentent la maison de Boigny comme la demeure du grand-maître de l'ordre el comme la maison conventuelle et le siège des chapitres qu'il tenait assez fréquemment.
Les grands-maîtres n'ont jamais quitté Jérusalem jusqu'au moment où cette ville a été reprise par les infidèles, en l'année 1188 ; et après la perte de la bataille de Tibériade, les grands-maîtres quittèrent Jérusalem et se rendirent à Acre en l'année 1191. En 1198, ils prirent possession de l'île de Chypre, qu'ils gardèrent en qualité de gouverneurs jusqu'en l'année 1281, époque à laquelle ils firent la conquête de Rhodes, où ils restèrent jusqu'en 1523, les musulmans s'en étant emparés de nouveau.
Et enfin ils occupèrent l'île de Malte, d'abord à titre de résidence, de 1523 à 1530, et ensuite à titre de fief relevant de l'empire d'Allemagne, depuis cette dernière année à laquelle Charles-Quint la leur donna, jusqu'en l'année 1798, où le général Bonaparte commença son expédition d'Egypte en la leur enlevant au profit de la République, conquête qui mit fin à l'ordre de Malte, depuis longtemps inutile et en pleine voie de décadence ; et il n'est pas besoin d'ajouter que jamais ses chapitres ne furent tenus à Boigny.

Le silence absolu que l'historien des chevaliers de Malte (l'abbé Vertot) garde sur cette prétendue introduction de quelques chevaliers, par Louis VII, dans les environs d'Orléans, et sur la donation d'un domaine chef-lieu et maison conventuelle de cet ordre, démontre que l'esprit de localité seul a pu inspirer ces exagérations.

Encore bien que la commanderie de Saint-Marc soit distincte de celle de Boigny, il fallait bien, à l'occasion d'une question d'origine, rechercher celle de l'établissement dans l'Orléanais de la maison-mère, dont celle de Saint-Marc n'aurait été qu'une sorte de dépendance, et cela avec d'autant plus de raison, que tous les documents relatifs à cette maison de Boigny nous manquent ; qu'ils ont succombé sous les coups du vandalisme révolutionnaire; que nous en sommes réduits à un seul acte considérable, il est vrai, dont il a méconnu la valeur et que, dans son ignorance, il nous a conservé, mais seulement relatif à la commanderie de Saint-Marc, et que tout ce qui peut être connu du premier de ces deux sièges de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean dans l'Orléanais et dans la ville d'Orléans elle-même, résulte exclusivement de cet acte.

Ce qui précède nous apprend que la commanderie de Boigny doit être réduite à la condition de toutes celles qui furent répandues en France par suite de l'extension et de l'accroissement des richesses de l'ordre et de la propagation, dans nos contrées, de la maladie de la lèpre, surtout si on considère que les deux institutions, celle des Hospitaliers de Saint-Jean et celle des Lazaristes, ont été réunies et confondues.

Et il est non moins certain que si Louis VII a introduit dans la ville d'Orléans ou ses environs l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, il y a introduit en même temps, sinon même avant, l'ordre des Templiers.
Nous rencontrons en effet dans le premier des registres dont nous parlerons bientôt, contenant l'inventaire des titres de l'ordre de Saint-Jean ou de Malte, cette mention : « 1156. Charte de Louis VII portant confirmation et amortissement du don que Payen de Gisdi avait fait aux frères de la chevalerie du Temple, de certaine place qu'il avait au marché d'Orléans pour rebâtir le four qui y était auparavant mention qui nous donne l'idée d'une possession antérieure à la date du petit événement dont elle parle. »

Cependant, dès l'année 1199, il existait des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem à Orléans ; et si Boigny leur a été donné, c'est une erreur de reporter la date de l'acte qui les en a investis à l'année 1254, comme le fait Andréas Favinus dans son Histoire de Navarre. Nous en trouvons la preuve dans des documents- précieux concernant la commanderie de Saint-Marc, la seule sur laquelle nous devions concentrer notre attention. Mais avant d'entrer dans cette démonstration, il semble indispensable de définir le sens du mot commanderie.

Les premières maisons qui aient eu cette qualification étaient placées sous la direction et les ordres du grand-maître. Ces délégués, d'abord appelés précepteurs, prirent dans la suite le nom de commandeurs, parce que les ordres qui leur étaient adressés commençaient toujours par ce mot : « commandamus. »

Avec le temps, on créa aussi des prieurés dans la circonscription desquels étaient les commanderies, et au déclin de l'ordre et par chaque royaume ou chaque langue, comme on disait alors, un grand-prieur qui correspondait directement avec le grand-maître.
Le prieur de chaque prieuré avait l'inspection de chaque commanderie de sa circonscription, et il envoyait au siège de l'ordre la part contributive, appelée alors responsions, de chacune de ces commanderies.
La promiscuité entre toutes était la règle primitive ; mais dans la suite les biens furent divisés et attribués d'abord à chaque langue ou chaque nation, et enfin à chaque prieuré, et même à chaque commanderie.

Nota. — Voir tome IV des Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais, Justice du chapitre et de l'église collégiale de Saint-Pierre-Empont, page 29 ; Justice de Saint-Pierre-le-Puellier, page 57 ; Justice de Saint-Aignan, page 79. — Tome V, Justice de la paroisse de Notre-Dame-des Forges ou de Notre-Dame-des-Ormes-Saint-Victor, page 53 ; Recherches sur la justice de Saint-Euverte, page 81.
Sources : M. Eugène BIMBENET. Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais, page 316 à 371, tome VI. Orléans, Paris 1863 - BNF

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