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28-02-2022

Hospitaliers Nivernais

Département: Nièvre, Arrondissement et Canton: Nevers - 58
Raymond du Puy

Vers le milieu du onzième siècle, des marchands napolitains, appelés souvent par leur commerce à Jérusalem, avaient conçu le projet d'y fonder un hospice en faveur des pèlerins qui, allaient visiter les-saints Lieux ; ils, obtinrent du calife d'Egypte l'emplacement nécessaire pour bâtir une église et le pieux établissement qu'ils projetaient, et se procurèrent pour le desservir, des religieux, de l'ordre de Saint-Benoît.
Comme le nombre des pèlerins allait toujours en augmentant, on comprit la nécessité de donner de l'extension à l'établissement, et, en l'agrandissant, on y ajouta une chapelle, sous le vocable, de saint Jean-Baptiste, d'autres disent de saint Jean l'Aumônier ; Un certain Gérard, originaire de Provence, en fut le premier directeur.
Raymond du Puy, natif du Dauphiné, succéda à Gérard, et prit le premier le titre de maître. Il donna une règle spéciale à ses frères hospitaliers et la fit confirmer par les Souverains Pontifes. Cette règle avait beaucoup de rapports avec celle de Saint-Augustin ; les enfants de saint Benoît finirent par rentrer dans les maisons spéciales de leur ordre. D'ailleurs, les nouveaux engagements que devaient prendre les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ne leur eussent pas permis de continuer à remplir leurs fonctions.
En effet, l'œuvre avait progressé ; il ne s'agissait plus seulement de porter, secours à des pèlerins malades ou fatigués de la route, mais encore de les défendre contre les attaques des infidèles, qui leur faisaient subir les plus mauvais traitements.
Le grand-maître Raymond du Puy, voyant que les revenus de l'hôpital de Jérusalem surpassaient de beaucoup les besoins de ses, frères, des pèlerins et des malades, crut qu'il ne pouvait mieux faire que de consacrer l'excédent à la guerre qu'on faisait en Terre-Sainte contre les infidèles, et tout en employant ses hospitaliers à protéger les voyageurs, il s'offrit lui-même, avec ceux qui composaient sa communauté, au roi de Jérusalem.
Il est à remarquer que, pour se maintenir dans l'esprit de leur vocation, ils continuèrent à se vouer au soulagement des indigents ; le grand-maître nourrissait chaque jour douze pauvres, qu'il servait de ses propres mains.
Dans le principe, les Hospitaliers n'étaient composés que de clercs et de laïcs ; mais il les divisa en trois classes :
1° Les nobles, qu'il destina à la profession des armes pour la défense de la foi et des chrétiens.
2° Les prêtres et chapelains, pour le service divin dans l'église conventuelle.
3° Les frères servants, chargés des travaux de la maison et qui, au besoin, prenaient aussi les armes (1).
1. Nous ne parlons pas d'une quatrième classe qu'on pourrait nommer chevaliers honoraires et qui n'étaient pas obligés de garder le célibat.

Avant ces modifications dans la règle primitive, Godefroy de Bouillon, qui s'était emparé de la ville de Jérusalem le 15 juillet 1099, avait été édifié de la charité des Hospitaliers et leur avait abandonné, pour leurs œuvres, quelques domaines qu'il possédait en France ; d'autres personnes charitables imitèrent son exemple, et les revenus de cet établissement augmentèrent d'une manière considérable.
Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem furent connus aussi sous le nom de chevaliers de Rhodes lorsqu'ils eurent conquis cette île, et encore sous celui de chevaliers de Malte quand, en 1530, l'empereur Charles V, leur abandonna cette place importante. Ils ne pouvaient pas négliger le soin des propriétés qui leur avaient été concédées dans les pays étrangers, et surtout en France. Ils avaient d'ailleurs à y exercer leurs fonctions, soit en y offrant un asile aux pèlerins, soit en les protégeant contre les attaques de gens sans aveu qui ravageaient souvent le pays et détroussaient les voyageurs.
Telle fut l'origine des établissements qu'ils fondèrent en Europe sous le nom de commanderies. Dans la circonscription formant le diocèse actuel de Nevers on comptait six commanderies :
1° Trois dans l'ancien diocèse de Nevers.
2° Trois dans la partie de l'ancien diocèse d'Auxerre réunie à celui de Nevers depuis le rétablissement de ce dernier siège.
Dans la première catégorie, nous comptons les commanderies de Biches, de Feuilloux et de Tourny.
Dans la seconde étaient les commanderies de Villemoison, du Piessis d'Arbourse et de Saint-Jean Davien ou Darien.
Malgré les recherches que nous avons faites pour découvrir l'époque précise de la fondation de ces établissements, nous n'avons pu obtenir aucun document écrit à ce sujet. Nous pouvons toutefois assurer, sans crainte de nous tromper, qu'ils doivent ; remonter au douzième siècle ; les constructions qui en restent et même certains objets qui en proviennent accusent cette époque. Ce que nous disons relativement à la fondation peut s'étendre à l'histoire de chacune de ces maisons, dont on ignore les détails. Nous sommes donc forcé de nous en tenir aux quelques renseignements que nous avons butinés.
Sources: Crosnier, Augustin-Joseph. Les congrégations religieuses dans le diocèse de Nevers. Volume I, page 466 et suivantes. Nevers 1877-1881. - BNF
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28-02-2022

Biches, Nivernais

Département: Nièvre, Arrondissement: Château-Chinon (Ville), Commune: Biches - 58
Commanderie de Biches

— Tout près du prieuré dépendant de Notre-Dame de La Charité, que nous avons indiqué en écrivant l'histoire de ce célèbre monastère, avait été fondée, peut-être à la même époque, une commanderie des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

On ne pouvait obtenir une commanderie si on n'avait pas fait quatre caravanes sur mer, et après un séjour de cinq ans dans l'île (1). Il paraît que pour Biches on exigeait cinq caravanes ; les prêtres de l'ordre n'étaient tenus qu'à deux. Nous avons dit que, les prêtres et les clercs attachés à l'ordre étaient chargés de l'office divin ; cependant, s'il faut s'en rapporter à une notice relative à la commanderie qui nous occupe, ils oubliaient parfois la maxime : Ecclesia abhorret a sanguine ; les commandeurs prêtres disaient la messe bottés et éperonnés, et portaient l'épée au côté ; deux pistolets étaient placés aux deux côtés de l'autel pour indiquer, dit le chroniqueur, que, même en officiant, ils étaient prêts à défendre la religion et precibus et gladio (2).
1. Cette île était primitivement celle de Rhodes et plus tard celle de Malte.
2. Copie de cette notice nous a été communiquée par M. Bétiaux, curé actuel de Biches.


Les bâtiments de l'ancienne commanderie sont relativement récents, ils datent du dernier siècle, sauf quelques substructions d'une époque plus reculée. La chapelle, qui ne présente rien d'intéressant, a conservé deux petites fenêtres romanes et une crédence cintrée engagée dans la muraille.

On a conservé les noms de cinq commandeurs du siècle dernier. En 1737, on trouve sur les registres de la paroisse un commandeur du nom de Lefebure, parrain par procureur d'un enfant de la famille de Bréchard. Il avait envoyé à cet effet sa procuration notariée d'Abbeville, où il se trouvait alors.
La notice fait mention de quatre autres commandeurs, dont deux étaient honorés du sacerdoce : MM. Cabeuil et Desmarais, l'un et l'autre prêtre. Ce dernier instituait en 1781 M. Gondier de Gérigny comme receveur général de la commanderie de Biches ; il délivrait à cette époque une procuration dont la teneur présente un certain intérêt ; on y lit : « Nous, frère Louis-Etienne Desmarais, prêtre conventuel de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ancien chancelier du grand-prieur de France, chanoine de Saint-Jean de Latran à Paris, commandeur de la commanderie de Biches en Nivernais, avons institué et instituons, etc. » Il vivait encore en 1787.
M. Desmarais aurait eu pour successeur un M. Jourdain qui ne jouit pas longtemps de cette charge, car on voit paraître en 1789 sur les registres de la paroisse M. Antoine-Etienne de Tonsard d'Olbec, capitaine du corps royal du génie, qui prenait le titre de commandeur de Biches et du Sauzay (3).
3. On comptait donc encore une autre commanderie au Sauzay ; elle devait être peu importante et son histoire est demeurée inconnue.

Quand la Révolution éclata ; le commandeur de Tonsard d'Olbec dut abandonner ce pays. Il passait à cheval, armé et équipé devant l'église un dimanche, au moment où on lisait des proclamations devant le portail, et où on délibérait sur les affaires de la commune.
Des menaces et des paroles outrageantes à son adresse partirent du groupe. Le commandeur, blessé de ces procédés, fit ses adieux à quelques citoyens notables et on ne le vit plus.
Cependant, on le trouve encore au service de la France : il assistait avec Napoléon Ier au siège de Malte ; il mourut colonel d'artillerie.
Sources: Crosnier, Augustin-Joseph. Les congrégations religieuses dans le diocèse de Nevers. Volume I, page 466 et suivantes. Nevers 1877-1881. - BNF
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28-02-2022

Feuilloux, Nivernais

Département: Nièvre, Arrondissement: Nevers, Canton: Decize - 58
Commanderie de Feuilloux

— Au milieu des bois qui s'étendent entre Neuville-les-Decize et Avril-sur-Loire on rencontre une vieille chapelle qui n'est pas sans intérêt : elle avait appartenu à l'établissement des Hospitelliertz de Feuillot, placé dans la circonscription de cette dernière paroisse ; on le connaissait plus tard sous le nom de l'Hospital de Feuloux Cette chapelle existe encore au milieu des, restes de l'ancienne commanderie. A défaut de documents historiques, le portail suffirait pour nous prouver qu'elle a dû appartenir à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Son frontispice présente un aspect sévère ; une porte carrée est surmontée d'un tympan timbré d'une, croix grecque potencée avec l'alpha et l'oméga. On y lit cette inscription en lettres majuscules : Pax huic domvi — Bene fundata firmam petram domus Domini

L'abside, en hémicycle, est seule voûtée. On remarque dans cette partie un étage ajouté, postérieurement comme travaux de défense, disposition insolite dans notre contrée. M. de Soultfait, d'accord, avec nous sur ces, détails, ajoute : « A l'ouest, les bâtiments d'habitation du treizième siècle et du quinzième ; écu aux armes de Bourgogne-Nevers et de l'ordre de Malte ; base d'une tour du treizième siècle à l'angle nord-est, réunie à l'abside de la chapelle par une courtine épaisse de 1 mètre 30 centimètres, (1). »
1. Répertoire archéologique.

L'abbé, de Marolles fait mention, d'une « transaction, passée en 1379 entre ; Isabeau, dame de La Ferté-Chaudron, et les religieux hommes, le maître et les frères de la maison de Feu-Loup, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, sur la justice et la juridiction de ladite maison, Pierre de Lespinasse étant précepteur (commandeur) de ladite maison (2). »
2. Inventaire des titres.
Sources: Crosnier, Augustin-Joseph. Les congrégations religieuses dans le diocèse de Nevers. Volume I, page 466 et suivantes. Nevers 1877-1881. - BNF
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28-02-2022

Villemoison, Nivernais

Département: Nièvre, Arrondissement: Cosne-Cours-sur-Loire, Canton: Saint-Père - 58
Commanderie de Villemoison

— Cette commanderie importante était située dans la paroisse de Nuzy, actuellement Saint-Père, près Cosne. Au milieu de constructions du dix-septième siècle, nous y avons vu avec plaisir la chapelle, remontant probablement à l'époque de la fondation (douzième siècle), mais malheureusement tronquée, car il ne reste plus que l'abside, ornée de peintures de l'époque que nous indiquons. La voûte présente le Sauveur dans une gloire ovoïde, accompagné de deux anges.

Le Plessis d'Arbouse
Département: Nièvre, Arrondissement: Cosne-Cours-sur-Loire, Canton: La Charité-sur-Loire - 58
— A quelque distance, d'Arbourse, une ancienne, habitation porte le nom d'Hôpitot ; c'était, le siège de la commanderie, dont l'histoire demeurera probablement encore longtemps inconnue. Il est question de cette maison dans un acte de 1245 : Plesseium juxta Arbusam (1).
1. Gallia christiana, tome XII, inter instrumenta, page 161.

Saint-Jean-Darien ou Davien
Département: Nièvre, Arrondissement: Cosne-Cours-sur-Loire, Canton: Varennes-les-Narcy - 58
— Cette commanderie devait être double, c'est-à-dire composée de deux maisons peut-être indépendantes l'une de l'autre ; l'auteur de la notice sur les monastères du diocèse d'Auxerre les nommé Le Grand et le Petit-Saint-Jean. Ce sont les seuls renseignements qu'il nous fournisse ; Cette commanderie faisait partie de la paroisse de Varennes-les-Narcy, près La Charité.

Nous possédons une petite clé en bronze suspendue à une chaîne de même métal d'une patine admirable ; elle a été trouvée au milieu des ruines du Grand-Saint-Jean
L'anneau de cette clé est formé de deux lions ; elle a probablement appartenu à un commandeur ou au moins au caissier de rétablissement ; nous l'attribuons au douzième siècle.
Saint-Jean (Le Petit)
— Hameau commune de Varennes-les-Narcy.
— Ancien membre de la commanderie de Villemoison, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
— Præceptoria Sancti-Johannis dicta Darien, 1535, (Pouillé d'Auxerre)
— Saint-Jean-Davin, 1536, (Archives de l'Yonne, inventaire de Villemoison)
— Chapelle de Saint-Jean-Davin, membre de Villemouson, 1605 (Ibidem)
— Grand et Petit Saint-Jean (Cassini)
Dictionnaire Topographique du département de la Nièvre. Par Georges de Soultrait. Paris Imprimerie Impériale. M. DCCC. LXV.
Sources: Crosnier, Augustin-Joseph. Les congrégations religieuses dans le diocèse de Nevers. Volume I, page 466 et suivantes. Nevers 1877-1881. - BNF
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11-03-2022

Hôpital de Quittay

Département: Mayenne, Arrondissement et Canton: Mayenne, Commune: Saint-Georges-Buttavent - 53
Hôpital de Quittay

Comment vivaient et étaient soignés les lépreux ?
Saint Louis, très averti sur cette question, favorisa en France les membres des deux ordres qui traitaient les malades en Palestine : les chevaliers de Saint-Jean et ceux de Saint-Lazare de Jérusalem. Quelques-uns de ces religieux, appelés par des seigneurs croisés du Maine, établirent deux commanderies, l'une à Thévalles, près la léproserie Saint-Nicolas d'Avénières, l'autre à Quittay, voisine de la léproserie Saint-Jacques.

Déjà entre 1186 et 1210, Guy VI, d'après un acte rédigé en la chapelle de Notre-Dame de son château de Laval, autorise la donation faite par un frère condonné de Thévalles.
Les seigneurs de Mayenne octroyèrent aux frères hospitaliers de Quittay tous les privilèges d'une châtellenie ordinaire : droit de scel, institution de notaires, juridiction contentieuse siégeant d'abord en un auditoire particulier, puis à la barre ducale de Mayenne, et ressortissant directement à la cour du Mans ou, pour les cas de l'édit, au présidial de Château-Gontier. Cette commanderie, moins importante que celle de Thévalles, était desservie particulièrement par des frères servants. Plusieurs maisons dépendant de la mouvance de la commanderie étaient surmontées d'une croix, suivant la coutume primitive de l'ordre du Temple : signum Crucis super habitationem sub custodia fratrum Templi eorumque deferent intersigna secundum conventionem Templi
Quelques-unes de ces croix de Malte subsistent encore dans les environs de Quittay.
Quel fut le rôle médical de ces religieux ? On ne saurait le préciser en raison de la pauvreté des archives concernant ces premières formations hospitalières au point de vue sanitaire. Si on prend comme exemple la commanderie de Quittay, on constate qu'en 1262, elle est occupée par les « fratres militie de Templi de Quitteyo » ; qu'après l'expulsion des Templiers, elle passe aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem dont le grand maître se qualifie commandeur de l'hôpital de Quittay ; enfin, qu'au XVIe siècle, elle est désignée sous le nom de « sacrée infirmerie » par le prieur Jean Bodin.
Un mortier de granit indique bien que la « sacrée infirmerie » était dotée d'une apothicairerie et, par suite, avait des infirmiers. La mission de ces auxiliaires était établie par le chapitre général de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Mais il est fort probable que cette réglementation, celle de Malte surtout, ne fut pas appliquée dans des établissements de moindre importance tels que Quittay et Thévalles.
Les chevaliers ou frères servants eurent pour mission de protéger les pèlerins se rendant au Mont Saint-Michel et de coordonner l'action secourable des personnes préposées à la lutte contre la lèpre dans les léproseries voisines de leur commanderie, c'est-à-dire les chirurgiens. Nous les retrouvons mandatés par le procureur syndic de la communauté des habitants pour dépister les malades justiciables d'un internement dans la léproserie.
Ces experts devaient reconnaître les 28 signes de la lèpre, dont dix à la tête. Si deux barbiers chirurgiens n'apportaient pas un rapport concluant, on en appelait à un troisième pour départager les avis ; si enfin le désaccord persistait, on recourait à deux autres épreuves. Ou bien on faisait, comme de nos jours, une prise de sang qu'on divisait en trois parties pour être passées à travers un linge mélangées à du sel et à de l'urine de jeune garçon ; suivant certaines réactions, l'épreuve était positive ou négative. Quelquefois, on conduisait la personne suspecte au Mans, rue Dorée, où une table de marbre avait la puissance de révéler la nature de la maladie.
Cette expérience souveraine coûtait 5 à 20 sols tournois et était faite en présence des barbiers, de clercs d'office, d'appariteurs et d'un greffier. Les chirurgiens étaient payés pour l'examen des lépreux (1).
1. « Item, fait visiter ledit Guérencière la femme de Jehan Constant par deux sergehiens et fut visité au lieu de la Blutière (Assé-le-Riboul) et paya XX sols. »

Voilà les moyens d'investigation primitifs dont nos anciens chirurgiens disposaient avant la bactériologie et la radiologie modernes. Leur rôle était de dépister, diagnostiquer la maladie contagieuse ; ils ne pensaient pas à médicamenter les lépreux, malades incurables, qu'ils considéraient comme leurs frères en Jésus-Christ, placés sous sa protection divine, dignes d'une sollicitude plus chrétienne que thérapeutique. Ils indiquaient aux pouvoirs publics, comme mesure préventive, l'isolement du lépreux. Ambroise Paré recommande une prophylaxie de sa façon : « Il faut faire séparer les ladres de la conversation et de la compagnie des sains, d'autant que ce mal est contagieux quasi comme la peste et que l'air ambiant ou environnant, lequel nous inspirons et attirons dans nos corps, peut être infecté de leur haleine et de l'exhalation qui sort de leurs ulcères ; . . . ce qui ne répugne point aux Sainctes Ecritures, car il est escript que le Seigneur fit séparer les lépreux hors de l'ost des enfants d'Israël »
A Quittay, subsistent la chapelle et la maison du prieur ; on peut voir, au sommet du pignon d'un bâtiment de service, un calice en pierre sauvé des ruines par l'intuition respectueuse d'un maçon, alors que des vestiges du plus haut intérêt au point de vue religieux, historique et artistique, étaient livrés à vil prix à des antiquaires avertis de leur valeur.

On remarquait, il y a quelques années, l'emplacement de la prison, témoignage lapidaire de l'origine militaire de l'ordre ; un calice et une hostie en granit, une statue de Saint-Jean, patron des chevaliers, indiquaient le caractère également religieux de l'institution. Une remarquable statue de la Vierge allaitant l'enfant Jésus qui soutenait de la main les mamelles virginales, nourricières du nourricier de l'Univers, aumônières de l'Univers, aumônières de l'Indigence et de la pauvreté de Dieu, évoquait la charité des chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean et de Saint-Lazare de Jérusalem.
Depuis plus de quatre siècles, les chevaliers de Quittay et de Thévalles n'avaient plus à prendre part à la lutte anti-lépreuse. A la fin du XVIIe siècle, le chevalier Gabriel de la Ferté, commandeur de Thévalles, écrivait à sa belle-sœur, Françoise d'Andigné de Maineuf : « Il y a des chevaliers qui ont abandonné des gouvernements en France pour donner leurs soins et tous leurs biens aux pauvres de l'hôpital de Malte, et même qui portent les morts en terre. »
Devenu commandeur de Thévalles, il fut, dit l'abbé Angot, l'édification et la providence du pays, assistant les pauvres, visitant les malades. Pendant une année de chômage où la plus grande partie des tisserands était sans travail, il acheta des toiles au plus vil prix et en fit confectionner des vêtements pour les malheureux.
Lorsqu'il fut pris d'une fièvre maligne, par respect pour les sacrements, il descendit de son grenier où il couchait sur deux fagots de sarments et se fit mettre sur le lit d'honneur qu'il n'occupait jamais. Il continua vis-à-vis des malades ordinaires les œuvres de charité et de miséricorde, réservées autrefois aux lépreux par ses ancêtres de l'ordre.
Pour les autres chevaliers, la commanderie ne constitua plus qu'un bénéfice, un domaine affermé. Le titre de chevalier ou de frère servant de Saint-Jean ou Saint-Lazare de Jérusalem n'était plus qu'un titre qui perpétuait le souvenir de l'ordre : il était décerné à certaines personnalités distinguées.
La lettre de réception de Pierre Bouessay, lieutenant général de Mayenne, comme frère servant d'armes de l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem et de N.-D. du Mont-Carmel (22 juin 1722), par le duc de Chartres, premier prince du sang, donne bien au récipiendaire des droits honorifiques : fonctions, libertés, droits et privilèges accordés par les Souverains Pontifes, Empereurs et Rois chrétiens ; droit de tenir rang parmi les frères servants d'armes de l'ordre, de posséder des commanderies, porter la croix dudit ordre en médaille, attachée à une chaîne d'or sans ruban ; devoir de se rendre au service du Roi, toutes et quantes fois qu'il en sera requis ; mais rien n'est spécifié pour le service matériel ou médical des lépreux (1).
1. Lettres de réception de frère servant d'armes dans les ordres royaux, militaires et hospitaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem pour Pierre Bouessay de la Morinière :
« Louis d'Orléans, duc de Chartres, premier prince du sang, pair de France, colonel général de l'infanterie, gouverneur et lieutenant général pour le Roy de la province du Dauphiné, grand-maître général tant au spirituel qu'au temporel des Ordres royaux.


Quand l'Assemblée Constituante abolit l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem et de Notre-Dame du Mont-Carmel, les biens de la commanderie de Quittay furent nationalisés. Le dernier commandeur, Alexandre Lenormand, avait fait sculpter sur le porche de son habitation 1 des croix de Malte encore visibles. Ces insignes ont été conservés alors que, sur le pilastre de la maison d'en face 2, les trois fleurs de lys, panonceau d'un locataire, sergent ou notaire royal, furent effacées pendant la tourmente révolutionnaire ; l'écusson, aujourd'hui, est fruste.
1. Celle-ci est occupée actuellement par Me Rocher, notaire, 40, Grand-Rue.
2. N° 45 de la même rue.


A cette époque, à Mayenne, apparaissent simultanément les Frères hospitaliers de l'Ordre de Malte de Quittay et les Frères hospitaliers de la Maison-Dieu du Saint-Esprit.

Assistance Médicale
Il n'y avait pas que des miséreux à secourir ; des pauvres malades devaient aussi être soignés. Au moyen âge, si un pèlerin tombait malade à l'Aumônerie, on appelait un chirurgien. Les médecins n'apparaissent qu'au XVIe siècle. L'aumônerie cesse d'être une hôtellerie pour les pauvres passagers, « passans et repassans » Elle devient un hôpital.
Antérieurement, au moyen âge, il existait une pharmacopée rudimentaire. Trois établissements, la léproserie Saint-Jacques, la commanderie de Quittay, l'aumônerie du Saint-Esprit, disposaient de quelques recettes que les chevaliers de Malte connaissaient par les statuts du très vieil hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Et, dit un de ces statuts, « solloit les mièges tenir que les malades eussent cure et qui s'y feyssent le sirob des malades et que pourveyssent les choses qui furent nécessaires »
Sources : Morisset, Martial. Voyage autour de la mairie de Mayenne. Tome 1. Laval 1931 - BNF

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